Une convention collective en France est un accord écrit négocié entre organisations syndicales et patronales qui améliore les droits des salariés au-delà du Code du travail. À retenir : plus de 700 conventions collectives couvrent 96 % des salariés du secteur privé en France [DARES, 2024]. Votre CCN détermine votre salaire minimum, vos congés, vos indemnités de licenciement — des droits que vous avez souvent en plus, jamais en moins.
Qu'est-ce qu'une convention collective ?
Une convention collective (CCN) est un accord juridiquement contraignant conclu entre, d'un côté, une ou plusieurs organisations syndicales représentatives de salariés (CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC) et, de l'autre, une ou plusieurs organisations patronales. Elle régit les conditions d'emploi, de travail et les garanties sociales applicables dans un secteur d'activité ou une entreprise donnée.
La convention collective est un socle de droits, jamais un plafond. Elle ne peut pas être moins favorable que le Code du travail. En revanche, elle peut — et doit — aller au-delà : salaires minima supérieurs au SMIC, préavis plus longs, jours de congés supplémentaires, indemnités de rupture améliorées.
« La convention collective constitue la loi des parties dans les relations individuelles de travail. Son application est obligatoire pour tout employeur relevant de son champ d'application. » — Légifrance, article L2254-1 du Code du travail
Il existe deux grandes familles :
- Conventions de branche : négociées au niveau d'un secteur professionnel entier (métallurgie, transports, hôtellerie…). Elles s'appliquent à toutes les entreprises du secteur après extension par arrêté ministériel.
- Accords d'entreprise : négociés au sein d'une seule entreprise. Ils peuvent déroger à la convention de branche, dans les limites fixées par la loi.
Chaque CCN est identifiée par un code numérique à 4 chiffres appelé IDCC (Identifiant de la Convention Collective), indispensable pour la retrouver sur Légifrance.
La hiérarchie des normes : loi, CCN et contrat de travail
Le droit du travail français repose sur une pyramide de normes à trois étages. Comprendre cette hiérarchie permet à tout salarié de savoir exactement quels droits s'appliquent dans sa situation.
Le principe de faveur : à chaque niveau, c'est toujours la règle la plus favorable au salarié qui s'applique. Votre contrat ne peut pas vous offrir moins que la CCN ; votre CCN ne peut pas offrir moins que la loi — sauf dérogations expressément autorisées par le législateur depuis les ordonnances Macron de 2017.
Que se passe-t-il en l'absence de convention collective ?
Si votre entreprise n'est couverte par aucune CCN (situation rare mais possible), seul le Code du travail s'applique. Cela signifie notamment : pas de grille de salaires de branche, préavis légaux minimum, pas d'indemnités conventionnelles supérieures aux minima légaux. Un salarié sans CCN ne bénéficie que du plancher légal — ce qui est une raison supplémentaire de vérifier votre situation.
Depuis 2017 : la primauté de l'accord d'entreprise
Les ordonnances Travail de 2017 ont élargi le domaine dans lequel un accord d'entreprise peut déroger à la convention de branche, y compris de manière moins favorable pour le salarié (sur certains sujets comme l'aménagement du temps de travail). Cette réforme majeure a modifié l'architecture traditionnelle du droit social français — une complexité que les professionnels des ressources humaines doivent maîtriser.
Les principales conventions collectives en France
La France compte plus de 700 conventions collectives actives. Cinq d'entre elles couvrent à elles seules plusieurs millions de salariés et font l'objet d'analyses détaillées dans ce dossier.
La convention collective de la métallurgie (IDCC 3248)
Entrée en vigueur le 1er janvier 2024, la nouvelle convention collective de la métallurgie est le résultat d'une refonte totale de l'ancien accord de 1975. Elle unifie sous un seul texte les conditions d'emploi de tous les salariés de l'industrie métallurgique — ingénieurs, techniciens, ouvriers — et introduit une classification entièrement repensée sur 10 niveaux.
Convention collective de la métallurgie (IDCC 3248) : droits et salaires complets
15 minLa convention collective du commerce alimentaire (IDCC 2216)
Les salariés de la grande distribution alimentaire (supermarchés, hypermarchés, épiceries, magasins de proximité) sont couverts par la CCN du commerce alimentaire de détail. Elle précise notamment les conditions d'emploi des employés polyvalents de libre-service, les majorations pour travail dominical et les grilles de classifications par échelon.
Convention collective du commerce alimentaire (IDCC 2216) : vos droits expliqués
9 minLes transports routiers (IDCC 16) et l'hôtellerie-restauration (IDCC 1979)
Le secteur des transports routiers se distingue par sa complexité : la CCN distingue plusieurs catégories de personnel (conducteurs courte et longue distance, personnels sédentaires) avec des régimes spécifiques. L'hôtellerie-restauration, de son côté, couvre hôtels, restaurants, cafés et traiteurs avec des spécificités fortes sur le travail en soirée et le week-end.
Convention collective HCR (IDCC 1979) : 8 droits essentiels pour l'hôtellerie-restauration
6 minCe que votre convention collective peut vous apporter concrètement
Au-delà de la définition juridique, la CCN détermine des aspects très concrets de votre vie professionnelle quotidienne. Voici les sept thèmes essentiels qu'elle traite, avec des exemples tirés des grandes CCN françaises.
1. Les salaires minima de branche
Chaque CCN fixe une grille de salaires minima par classification professionnelle. Ces salaires s'appliquent même si l'employeur n'a pas signé la convention — dès lors que son entreprise relève du champ d'application. Depuis la loi Avenir professionnel de 2018, les branches ont l'obligation de réviser leurs grilles régulièrement pour que les premiers niveaux ne restent pas en dessous du SMIC.
2. La classification des emplois
La CCN définit comment classer chaque poste dans une grille de niveaux ou de coefficients. Cette classification est la clé de voûte du système : elle détermine non seulement le salaire minimum, mais aussi les droits à la formation, les conditions de promotion et parfois l'accès à certains avantages (véhicule de fonction, tickets-restaurant). Une erreur de classification par l'employeur peut coûter cher en cas de litige aux prud'hommes.
3. La durée du travail et les heures supplémentaires
Le Code du travail pose la règle des 35 heures hebdomadaires. La CCN peut aménager cette durée (via des forfaits jours pour les cadres, ou la modulation annuelle), définir les taux de majoration des heures supplémentaires au-delà du minimum légal de 25 %, et préciser les conditions du repos compensateur.
4. Les congés payés et les jours fériés
La loi garantit 5 semaines de congés payés par an. De nombreuses CCN prévoient des jours supplémentaires : congés d'ancienneté (1 à 5 jours selon les années de service), congés pour événements familiaux (mariage, naissance, décès), jours de fractionnement. Certaines CCN garantissent également le maintien de salaire pour certains jours fériés chômés.
5. Le préavis et les indemnités de licenciement
En cas de rupture du contrat, la CCN peut prévoir des durées de préavis plus longues que la loi, et des indemnités de licenciement dont le calcul diffère du minimum légal. Ces différences peuvent représenter plusieurs milliers d'euros selon l'ancienneté et le niveau de classification.
6. La prévoyance et la mutuelle
De nombreuses CCN imposent à l'employeur de souscrire un régime de prévoyance (garantie décès, invalidité, incapacité temporaire) et une mutuelle santé complémentaire. Depuis la loi ANI de 2013, la mutuelle collective obligatoire est généralisée à toutes les entreprises, mais les CCN peuvent imposer des niveaux de couverture et de participation patronale supérieurs.
7. La formation professionnelle
Certaines CCN prévoient des droits à la formation plus importants que la loi, notamment pour les salariés en poste depuis plusieurs années ou exerçant des métiers en mutation (industrie, numérique).
Comprendre les droits spécifiques à la grève et au droit du travail en France passe aussi par la lecture de votre convention collective applicable.
Comment trouver sa convention collective ?
Identifier sa CCN est la première étape pour exercer ses droits. Voici les quatre méthodes officielles, de la plus rapide à la plus complète.
Sur votre bulletin de salaire
Depuis 2017, l'employeur a l'obligation d'indiquer l'intitulé de la convention collective applicable et son code IDCC sur le bulletin de paie (décret n° 2016-190 du 25 février 2016). Regardez la ligne « Convention collective » ou « CCN » — elle contient le nom complet et parfois le code IDCC à 4 chiffres.

Via le code APE (ou NAF) de votre entreprise
Le code APE (Activité Principale Exercée), aussi appelé code NAF, figure sur votre contrat de travail et les documents officiels de l'entreprise. Chaque code APE correspond à un ou plusieurs secteurs, et donc à une ou plusieurs CCN possibles. Le site service-public.fr propose un outil de recherche par code APE pour identifier la CCN applicable.
Sur Légifrance
Légifrance est la source officielle et complète. Dans la section « Conventions et accords collectifs », vous pouvez rechercher par :
- IDCC : saisissez le code à 4 chiffres directement
- Nom de la branche : recherche textuelle libre
- Secteur d'activité : navigation par thématique
Vous accédez au texte intégral de la convention, ses annexes, ses avenants et leur date d'entrée en vigueur.
Via l'inspection du travail (DREETS)
Si vous avez un doute sur la CCN applicable à votre entreprise, vous pouvez contacter la Direction Régionale de l'Économie, de l'Emploi, du Travail et des Solidarités (DREETS) de votre région. L'inspecteur du travail peut vous orienter et, en cas de litige, constater l'absence d'application d'une convention collective.
À retenir : l'employeur qui n'applique pas la convention collective applicable à son secteur s'expose à des sanctions prud'homales et peut devoir verser des rappels de salaire, des indemnités supplémentaires et parfois des dommages et intérêts.
Les questions sur vos droits lors d'une absence du travail ou d'un heure d'été 2026 peuvent également trouver leur réponse dans votre convention collective.
L'IDCC : le code d'identification de votre convention
L'Identifiant de la Convention Collective (IDCC) est un code numérique unique à 4 chiffres attribué par le ministère du Travail à chaque convention collective. C'est l'outil le plus fiable pour identifier et retrouver une CCN, car les intitulés peuvent varier selon les sources.
| Secteur | Intitulé de la CCN | IDCC |
|---|---|---|
| Industrie | Convention collective de la métallurgie | 3248 |
| Commerce | Commerce alimentaire de détail hors succursalisme | 2216 |
| Transport | Transports routiers et activités auxiliaires du transport | 16 |
| Hôtellerie | Hôtels, cafés, restaurants (HCR) | 1979 |
| Services | Entreprises de propreté et services associés | 3043 |
| Informatique | Bureaux d'études techniques, cabinets d'ingénieurs-conseils (Syntec) | 1486 |
| Construction | Bâtiment : ouvriers (entreprises jusqu'à 10 salariés) | 1596 |
| Santé | Hospitalisation privée | 2264 |
Le code IDCC est également utilisé par la Déclaration Sociale Nominative (DSN) que tout employeur transmet mensuellement aux organismes sociaux — une garantie supplémentaire de traçabilité.

Que faire si votre employeur refuse de vous communiquer la CCN applicable ?
L'article L2262-5 du Code du travail impose à l'employeur de mettre un exemplaire de la convention collective à disposition des salariés, ou d'indiquer l'URL de consultation sur Légifrance. En cas de refus, vous pouvez saisir l'inspection du travail, qui peut intervenir dans un délai de 15 jours.
Avertissement : Les informations présentes sur cette page sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas un conseil juridique. Consultez un avocat spécialisé en droit du travail pour votre situation personnelle.
