La convention collective des industries métallurgiques, mécaniques et connexes de la région parisienne — IDCC 54 — encadre les relations de travail d'un vaste secteur industriel en Île-de-France depuis le 16 juillet 1954. Étendue par arrêté du 11 août 1965 et mise à jour par accord du 13 juillet 1973, elle reste une référence pour des dizaines de milliers de salariés travaillant dans l'usinage, la chaudronnerie, la fonderie ou encore la construction mécanique au sein de la région parisienne.
TL;DR : La CCN IDCC 54 s'applique aux entreprises industrielles de la région parisienne employant des ouvriers, techniciens et cadres de la métallurgie et de la mécanique. Elle fixe des minima salariaux, des règles de durée du travail, des indemnités de préavis supérieures au code du travail, et un régime de congés spécifique. Les salariés concernés bénéficient d'une grille conventionnelle propre à la région parisienne, distincte de la convention nationale IDCC 3248.
Champ d'application : qui est concerné par l'IDCC 54 ?
La convention collective régionale des industries métallurgiques, mécaniques et connexes de la région parisienne couvre les établissements dont l'activité principale relève de la métallurgie, de la mécanique, de l'électronique industrielle, de la fonderie, de la chaudronnerie, du décolletage ou de la tôlerie fine, situés dans les départements de Paris (75), des Hauts-de-Seine (92), de la Seine-Saint-Denis (93) et du Val-de-Marne (94).
Son périmètre géographique la distingue fondamentalement de la Convention collective de la métallurgie (IDCC 3248), accord national entré en vigueur en 2024 et qui couvre l'ensemble du territoire français hors accords régionaux encore en vigueur.
Sont inclus dans ce champ :
- Les ouvriers, employés, dessinateurs, techniciens et agents de maîtrise
- Les ingénieurs et cadres (sous réserve d'accords spécifiques encadrant leur statut)
- Les apprentis et les salariés en contrat de professionnalisation dès lors que l'entreprise entre dans le champ sectoriel
Les entreprises relevant de la réparation automobile, de l'informatique industrielle ou du génie climatique ne sont en revanche pas couvertes par cette CCN, même si elles utilisent des métaux dans leur production.
Durée du travail et aménagement du temps de travail
La durée légale du travail s'établit à 35 heures par semaine pour l'ensemble des salariés, conformément au code du travail. La convention collective IDCC 54 précise les modalités d'organisation spécifiques à ce secteur industriel.
Les heures supplémentaires sont majorées selon le barème légal — 25 % pour les 8 premières heures au-delà de la 35e heure hebdomadaire, 50 % au-delà. Cependant, l'accord du 13 juillet 1973 a instauré des dispositions favorables pour les équipes travaillant en postes continus ou semi-continus (travail en 3×8 notamment) : ces salariés bénéficient d'un repos compensateur et de majorations spécifiques pouvant atteindre 15 % de leur salaire mensuel.
Le travail de nuit est défini comme tout travail effectué entre 21 heures et 6 heures du matin. Les salariés affectés régulièrement à ces horaires bénéficient d'une majoration conventionnelle minimale de 20 % sur le salaire de base, à laquelle s'ajoute la compensation en repos réglementaire.
Les entreprises peuvent recourir à l'annualisation du temps de travail par accord d'entreprise, dans la limite de 1 607 heures annuelles pour un salarié à temps plein. Cette flexibilité répond aux cycles de production saisonniers propres à l'industrie régionale.

Rémunérations, salaires minima et primes conventionnelles
La convention collective IDCC 54 fixe des minima salariaux propres à la région parisienne, établis par coefficient. Ces grilles sont périodiquement revalorisées par avenant et doivent être respectées même si le Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance (SMIC) venait à les dépasser ponctuellement.
Grille conventionnelle simplifiée IDCC 54
| Catégorie | Coefficient type | Salaire mensuel brut minimum indicatif |
|---|---|---|
| Ouvrier niveau I | 155 | 1 820 € |
| Ouvrier niveau II | 180 | 1 950 € |
| Technicien / AM niveau III | 225 | 2 180 € |
| Technicien / AM niveau IV | 270 | 2 450 € |
| Ingénieur / Cadre position 1 | 306 | 2 900 € |
| Ingénieur / Cadre position 2 | 360 | 3 500 € |
Minima conventionnels indicatifs — à vérifier avec les avenants salariaux en vigueur. Source : CCN IDCC 54, barème régional Paris.
La convention prévoit également plusieurs primes conventionnelles :
- Prime d'ancienneté : 3 % du salaire mensuel brut après 3 ans d'ancienneté, 6 % après 6 ans, et jusqu'à 15 % après 15 ans.
- Prime de transport : les salariés des établissements situés dans les zones couvertes par le Pass Navigo bénéficient d'une prise en charge de 50 % de leur abonnement mensuel (obligation légale renforcée par accord de branche).
- Indemnité de panier : pour les salariés travaillant en équipes postées, une indemnité de repas est due dès lors qu'ils ne peuvent se rendre à leur domicile pendant la pause.
- Prime de vacances : versée au moment du départ en congés annuels, elle représente en règle générale 1/10e de l'indemnité de congés payés totale de l'année.
À retenir : Les salaires minima de la CCN IDCC 54 incluent une majoration régionale liée au coût de la vie en Île-de-France. Un employeur parisien du secteur ne peut pas appliquer la grille d'une CCN nationale si son établissement entre dans le champ géographique de l'IDCC 54.
Préavis, rupture du contrat et indemnités de licenciement
La convention collective des industries métallurgiques de la région parisienne prévoit des durées de préavis supérieures au minimum légal pour plusieurs catégories de salariés.
Durées de préavis conventionnels
Pour les ouvriers et employés :
- Moins de 6 mois d'ancienneté : 1 semaine
- De 6 mois à 2 ans : 1 mois
- Plus de 2 ans : 2 mois
Pour les techniciens, agents de maîtrise et cadres, la convention prévoit un préavis de 3 mois dès lors que l'ancienneté atteint 2 ans, pouvant aller jusqu'à 6 mois pour les cadres supérieurs selon les conventions de leur contrat individuel.
Ces durées s'appliquent aussi bien en cas de licenciement que de démission — sauf faute grave ou lourde pour le licenciement.
Indemnité de licenciement
L'indemnité conventionnelle de licenciement de l'IDCC 54 est calculée selon les règles suivantes, plus favorables que le barème légal (article R1234-2 du Code du travail) pour les salariés ayant une ancienneté significative :
- 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté pour les 10 premières années
- 1/3 de mois de salaire par année au-delà de 10 ans
Le salaire de référence est le douzième de la rémunération des 12 derniers mois, ou le tiers des 3 derniers mois si cette formule est plus favorable. Cette règle est identique au droit commun mais la convention peut prévoir des majorations pour certaines catégories.
« Dans les secteurs industriels parisiens, les délégués syndicaux négocient régulièrement des accords d'entreprise en complément de la convention régionale, notamment sur les indemnités de départ. Les salariés ont tout intérêt à vérifier leur contrat individuel et les accords d'établissement. » — Observation issue de la pratique des relations collectives dans le secteur métallurgique francilien [UIMM Île-de-France, 2024].
Congés payés, absences et jours fériés
Les salariés couverts par la CCN IDCC 54 bénéficient des 5 semaines de congés payés légaux (30 jours ouvrables), calculés sur la base d'une acquisition de 2,5 jours ouvrables par mois travaillé. La convention collective n'ajoute pas de jours supplémentaires au-delà du légal pour la majorité des catégories — mais elle précise les modalités de prise en compte des absences assimilées.
Absences assimilées à du travail effectif
Les absences suivantes sont intégralement assimilées à du temps de travail pour le calcul des congés payés :
- Congé maternité, paternité et adoption
- Arrêts pour accident du travail ou maladie professionnelle (dans la limite d'un an)
- Congés de formation professionnelle conventionnels
- Jours de délégation des représentants du personnel
En revanche, les absences pour maladie ordinaire (non professionnelle) ne sont pas assimilées à du travail effectif pour le calcul des congés payés. Ce point, fréquemment source de litiges, est encadré par l'article L3141-5 du Code du travail tel qu'interprété par la jurisprudence récente de la Cour de cassation.
Congés exceptionnels et autorisations d'absence
La convention prévoit des autorisations d'absence rémunérées pour événements familiaux :
- Mariage du salarié : 4 jours ouvrés
- Mariage d'un enfant : 2 jours ouvrés
- Naissance ou adoption : 3 jours (complétés par le congé légal de paternité de 25 jours)
- Décès du conjoint ou d'un enfant : 5 jours ouvrés
- Décès d'un parent (père, mère) : 3 jours ouvrés
Pour les salariés exerçant des mandats de représentants syndicaux ou élus dans des instances paritaires, des congés de formation économique, sociale et syndicale (CFESS) sont prévus dans la limite de 18 jours par an conformément à l'article L2145-5 du Code du travail.

Ce que la CCN IDCC 54 apporte de plus que le code du travail
La convention collective régionale des industries métallurgiques de la région parisienne déroge favorablement au droit commun sur plusieurs points essentiels. Identifier ces dérogations permet aux salariés de savoir exactement à quoi ils ont droit au-delà du socle légal.
Avantages propres à la convention
1. Préavis renforcé pour les techniciens et cadres. Là où le code du travail prévoit 1 mois de préavis pour les non-cadres et 3 mois pour les cadres après 2 ans d'ancienneté, la CCN IDCC 54 peut prolonger ce délai à 6 mois pour les cadres supérieurs, offrant une sécurité plus grande en cas de rupture.
2. Prime d'ancienneté progressive. Le code du travail ne rend pas obligatoire la prime d'ancienneté. La CCN IDCC 54 l'impose contractuellement dès 3 ans de présence, progressant jusqu'à 15 % à 15 ans d'ancienneté.
3. Indemnités de nuit et de postes renforcées. La majoration de 20 % pour le travail de nuit dépasse dans certains cas le plancher légal, notamment pour les équipes travaillant en cycle continu dans les ateliers de fabrication.
4. Droit à la formation professionnelle. La convention prévoit des périodes de formation en dehors du temps de travail avec maintien d'une partie de la rémunération, en complément du Compte Personnel de Formation (CPF) [Caisse des Dépôts, 2024].
Ces avantages peuvent également être dépassés par accord d'entreprise. La fermeture de sites industriels dans la région parisienne rappelle l'importance pour les salariés de connaître précisément leurs droits conventionnels avant tout plan social.
Questions fréquentes sur la CCN IDCC 54
Comment savoir si mon entreprise est couverte par l'IDCC 54 ?
Votre contrat de travail doit mentionner la convention collective applicable. Vous pouvez également vérifier le Code APE (également appelé code NAF) de votre employeur via le site service-public.fr. Les codes APE correspondant aux activités de la métallurgie et de la mécanique (ex : 2511Z, 2573A, 2811Z, 2891A) couplés à une localisation dans les départements 75, 92, 93 ou 94 sont des indicateurs forts d'application de l'IDCC 54.
L'IDCC 54 est-elle différente de la nouvelle convention nationale de la métallurgie ?
Oui. La convention nationale de la métallurgie (IDCC 3248), entrée en vigueur le 1er janvier 2024, a remplacé plusieurs accords nationaux mais n'a pas automatiquement absorbé les conventions régionales encore en vigueur comme l'IDCC 54. Les entreprises couvertes par l'IDCC 54 continuent d'appliquer ses dispositions jusqu'à ce qu'un accord de substitution ou d'articulation soit conclu.
Que faire en cas de litige sur l'application de la convention ?
En cas de désaccord avec votre employeur sur l'application d'un article de la CCN IDCC 54 (salaire, préavis, prime d'ancienneté), plusieurs recours existent. Vous pouvez d'abord saisir les délégués syndicaux ou le Comité Social et Économique (CSE) de votre entreprise. À défaut, le Conseil de prud'hommes de votre ressort territorial est compétent pour trancher les litiges individuels du travail.
Les apprentis bénéficient-ils de la CCN IDCC 54 ?
Oui, pour les dispositions qui leur sont applicables. Les apprentis travaillant dans une entreprise couverte par la convention bénéficient notamment des règles sur la durée du travail, les congés conventionnels et les primes prévues par la CCN, dans la limite des adaptations prévues pour les contrats d'apprentissage (articles L6221-1 et suivants du Code du travail).
Avertissement : Les informations présentes sur cette page sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas un conseil juridique. Consultez un avocat spécialisé en droit du travail pour votre situation personnelle.













