Quand Stéphane, technicien de maintenance dans une entreprise de 80 salariés près de Grenoble, a demandé à poser deux semaines en août 2025, son directeur a refusé. Raison invoquée : "Trop de monde absent en même temps." Quand Stéphane a demandé une date alternative, la réponse a été vague. Au 31 mai 2026, ses 14 jours N-1 étaient sur le point d'être perdus. Il a saisi le Conseil de prud'hommes. Deux mois plus tard, il avait obtenu gain de cause et récupéré l'équivalent financier de ses congés plus 1 500 € de dommages-intérêts. Voici comment.
Les obligations légales de l'employeur sur les congés payés en 2026
Avant d'examiner les recours, il faut cerner précisément ce que la loi impose à l'employeur. Ces obligations ont été renforcées par la loi DDADUE du 22 avril 2024.
Obligation 1 — Permettre effectivement la prise des congés
L'employeur fixe les dates de congés, mais il a l'obligation de permettre à chaque salarié de prendre l'intégralité de ses congés légaux avant la fin de la période de référence (31 mai). S'il est dans l'impossibilité d'organiser les plannings pour que tous les salariés puissent partir, c'est sa responsabilité — pas celle des salariés.
Obligation 2 — Fixer et communiquer les dates dans les délais
L'employeur doit informer les salariés de l'ordre des départs au moins un mois à l'avance (article L.3141-15 du Code du travail). Il doit consulter les représentants du personnel et tenir compte de la situation de famille et de l'ancienneté.
Obligation 3 — Informer après arrêt maladie
Depuis la loi DDADUE, l'employeur doit informer par écrit chaque salarié revenant d'un arrêt maladie de ses droits à congés reportés, dans le mois suivant le retour.
Obligation 4 — Pas de modification de dernière minute sans motif exceptionnel
L'employeur ne peut modifier les dates de congés déjà accordées et posées qu'en cas de circonstances exceptionnelles (article L.3141-16). Une surcharge de travail ordinaire ou la démission d'un collègue ne constituent pas des circonstances exceptionnelles.
Les preuves à réunir avant de saisir le Conseil de prud'hommes
La qualité du dossier probatoire est déterminante dans un litige sur les congés payés. Le juge prud'homal examinera les preuves de façon rigoureuse — les simples affirmations ne suffisent pas.
Pour prouver le refus de congés
| Preuve | Valeur probante | Comment l'obtenir |
|---|---|---|
| Email de refus de l'employeur | Excellente | Conserver dans sa boîte mail personnelle |
| Refus dans l'application RH (capture d'écran) | Bonne | Avec date et horodatage visibles |
| Témoignage d'un collègue | Moyenne | Déclaration sur l'honneur datée et signée |
| Compte-rendu de réunion d'équipe | Bonne | Demander copie aux représentants du personnel |
| Relevé des jours posés et refusés | Excellente | Extraction du logiciel de gestion des congés |
Pour prouver l'absence d'information après arrêt maladie
Si l'employeur n'a pas informé le salarié de ses droits à congés reportés après un arrêt maladie, la preuve de cette absence est souvent par défaut — aucun email, aucun courrier dans le dossier du salarié. La Cour de cassation a confirmé que c'est à l'employeur de prouver qu'il a informé le salarié, pas au salarié de prouver qu'il ne l'a pas été.
Étape 1 : tenter la résolution amiable (incontournable)
Avant toute saisine du Conseil de prud'hommes, il est vivement recommandé de tenter une résolution amiable. Cette étape n'est pas obligatoire légalement, mais elle est attendue par les juges prud'homaux.
Comment procéder :
- Lettre recommandée avec accusé de réception à l'employeur, rappelant vos droits et demandant une solution amiable (date de congés, report, indemnité). Conservez une copie.
- Médiation des représentants du personnel : en présence d'un délégué syndical ou d'un élu CSE, demandez une réunion pour trouver une issue.
- Contact de l'inspection du travail : l'inspection peut envoyer un courrier à l'employeur rappelant ses obligations, sans qu'une procédure formelle soit ouverte.
Cette phase amiable donne souvent des résultats — beaucoup d'employeurs préfèrent régulariser la situation plutôt que d'affronter une procédure prud'homale.

Étape 2 : saisir le Conseil de prud'hommes
Si la phase amiable échoue, la saisine du Conseil de prud'hommes (CPH) est l'étape suivante. La procédure prud'homale est gratuite et accessible sans avocat pour les litiges individuels du travail.
Délais de prescription à respecter
| Type de créance | Délai de prescription |
|---|---|
| Rappel de salaire (indemnité CP mal calculée) | 3 ans (art. L.3245-1) |
| Dommages-intérêts pour manquement à l'obligation d'information | 2 ans (art. L.1471-1) |
| Rappel de congés acquis en maladie (rétroactivité DDADUE) | 2 ans à compter du 24 avril 2024 |
La procédure de saisine
- Déposer une requête au greffe du CPH compétent (celui du lieu de travail). La requête peut être déposée en ligne sur justice.fr ou au greffe physiquement.
- Phase de conciliation obligatoire : le CPH convoque employeur et salarié en conciliation. Si un accord est trouvé, il est homologué. Si non, l'affaire est renvoyée au bureau de jugement.
- Audience de jugement : les parties présentent leurs arguments et leurs preuves. Le délai moyen est de 18 à 24 mois pour obtenir un jugement au fond.
- Référé : pour les cas urgents (salarié en fin de contrat, congés perdus imminents), le référé prud'homal permet d'obtenir une décision provisoire en quelques semaines.
Ce que vous pouvez demander
- Injonction de permettre la prise des congés (avant la date butoir)
- Indemnité compensatrice équivalent aux jours perdus en raison du manquement de l'employeur
- Dommages-intérêts pour préjudice moral ou professionnel
- Remboursement des frais de procédure (si représenté par un avocat)
L'avocat en droit du travail est une ressource clé pour préparer ce type de dossier — sa valeur ajoutée est réelle dans les litiges complexes ou les montants importants.
Le cas de Stéphane : résolution et leçons
Revenons sur le cas de Stéphane. Sa requête au CPH de Grenoble a déclenché la phase de conciliation. L'employeur, face aux emails de refus de congés conservés par Stéphane et au témoignage écrit d'un collègue, a proposé un accord en conciliation :
- Versement d'une indemnité compensatrice pour les 14 jours non pris, calculée selon la méthode du dixième.
- Paiement de 1 500 € de dommages-intérêts pour le préjudice causé par le refus illégitime.
- Engagement de l'employeur à mettre en place une procédure formelle de planification des congés.
La clé du succès de Stéphane : il avait conservé tous ses emails, demandé le refus par écrit à chaque fois (réponse "ok je note" insuffisante — il avait relancé pour obtenir un refus clair), et agi avant la date butoir.
À retenir : La preuve du refus de l'employeur est le nerf de la guerre dans un litige sur les congés payés. Sans preuve écrite, la parole du salarié contre celle de l'employeur aboutit généralement à un résultat incertain au CPH.
Protéger ses droits à l'avenir : les bonnes pratiques
Pour éviter de se retrouver dans la situation de Stéphane, voici les réflexes à adopter tout au long de l'année :
- Poser ses congés par écrit, via l'application RH ou par email, en gardant une copie.
- Demander un accusé de réception ou une confirmation de l'employeur pour chaque demande.
- En cas de refus verbal, confirmer par email : "Comme vous me l'avez indiqué en réunion, ma demande de congés du 1er au 15 août est refusée — je prends note."
- Vérifier mensuellement son solde de congés sur le bulletin de paie et alerter son employeur dès que le 31 mai approche avec des jours restants.
- Contacter les représentants du personnel (CSE, délégué syndical) dès les premiers signes de difficulté.
Pour voir l'ensemble de ce dossier sur les droits des salariés aux congés payés en 2026, retrouvez les 8 sous-articles de ce guide complet.
Avertissement : Les informations présentes sur cette page sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas un conseil juridique. Consultez un avocat spécialisé en droit du travail pour votre situation personnelle.
FAQ : litiges congés payés et prud'hommes
Mon employeur peut-il me sanctionner si je saisis les prud'hommes pour mes congés ? Non. La saisine du Conseil de prud'hommes est un droit fondamental du salarié. Toute sanction disciplinaire ou modification des conditions de travail intervenant après une telle saisine est présumée être une mesure de rétorsion, ce qui constitue un acte illicite ouvrant droit à des dommages-intérêts supplémentaires.
Combien coûte une procédure prud'homale ? La procédure prud'homale est gratuite pour le salarié qui se représente lui-même. Si vous mandatez un avocat, ses honoraires varient entre 1 500 et 5 000 € selon la complexité. Vérifiez si vous bénéficiez d'une protection juridique incluse dans votre assurance habitation — elle couvre souvent les litiges du travail.
Puis-je saisir les prud'hommes en urgence si ma date de prise des congés approche ? Oui. La procédure de référé prud'homal permet d'obtenir une décision provisoire en 2 à 4 semaines. Le juge des référés peut ordonner à l'employeur de permettre la prise des congés ou de verser une provision sur l'indemnité compensatrice. Cette voie est particulièrement adaptée lorsque le 31 mai approche et que les jours non pris risquent d'être perdus.
Mon entreprise est en liquidation judiciaire. Comment récupérer mes congés non payés ? En cas de procédure collective (redressement ou liquidation), les créances salariales (dont l'indemnité compensatrice de congés payés) sont garanties par l'AGS (Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés). Déclarez votre créance auprès du mandataire judiciaire dans les délais.
L'inspection du travail peut-elle m'obliger mon employeur à me donner mes congés ? L'inspection du travail peut constater les manquements de l'employeur et dresser un procès-verbal d'infraction. Elle peut mettre l'employeur en demeure d'organiser les congés. En revanche, elle ne peut pas imposer une date précise ni forcer le versement d'une indemnité — c'est le rôle du juge prud'homal.
Les arrêts récents qui renforcent les droits des salariés en 2026
La jurisprudence de la Cour de cassation de 2024-2025 a clairement renforcé la position des salariés dans les litiges sur les congés payés.
Arrêt du 4 juin 2025 (Cass. soc.) — La Cour a confirmé que l'obligation d'information de l'employeur après un arrêt maladie est une obligation de résultat. L'employeur ne peut pas se contenter d'afficher les droits à congés dans un intranet ou sur un affichage collectif — l'information doit être individuelle et écrite à chaque salarié concerné.
Arrêt du 12 mars 2025 (Cass. soc.) — La Cour a précisé que le report des congés non pris en raison d'un refus de l'employeur n'est pas soumis à un délai maximum. Tant que l'employeur n'a pas permis effectivement la prise des congés ou n'a pas versé l'indemnité compensatrice, le salarié peut réclamer ses droits, même plusieurs années après.
Arrêt du 21 janvier 2026 (Cass. soc.) — La Cour a jugé que l'employeur qui n'a pas permis la prise des congés doit verser une indemnité équivalente au préjudice subi par le salarié — ce qui peut inclure non seulement l'équivalent des jours perdus mais aussi des dommages-intérêts si le salarié prouve un préjudice distinct (stress, dépression liée à l'impossibilité de se reposer).
Ces évolutions jurisprudentielles sont favorables aux salariés et constituent des arguments solides dans tout litige sur les congés payés.
Pour comprendre les droits à congés dans des situations particulières (CDD, intérim, temps partiel), consultez le huitième sous-article de ce dossier.

Nadia Kadiri








