En avril 2026, Pascal Schmitz, journaliste de la SRF, a révélé que Patrick Fischer, ex-sélectionneur de l'équipe nationale suisse de hockey sur glace, avait utilisé un faux certificat COVID lors des Jeux olympiques de Pékin en 2022. La Fédération suisse de hockey l'a immédiatement licencié. Cette affaire soulève des questions juridiques fondamentales que tout employé et employeur suisse devrait connaître.
Ce qui s'est passé : une confession involontaire lors d'un repas de travail
En mars 2026, Pascal Schmitz rencontrait Patrick Fischer pour le tournage d'un portrait journalistique. Lors d'un repas, Fischer a évoqué spontanément, sans qu'on lui demande, qu'il avait acquis un faux certificat de vaccination COVID en 2021 via Telegram, en payant 400 francs suisses en Bitcoin. Il avait fourni une copie de son passeport pour obtenir de fausses dates de vaccination (27 octobre et 22 novembre 2021), lui permettant de se rendre à Pékin pour les JO.
Schmitz a publié l'information. Fischer a été licencié le jour même par Swiss Ice Hockey. Le parquet de Lucerne avait déjà rendu une ordonnance pénale en 2023 condamnant Fischer à une amende de 38 910 francs suisses, selon le quotidien Blick.
Faux certificat COVID en Suisse : quelles peines encourt-on ?
En Suisse, la falsification de documents officiels est réprimée par le Code pénal fédéral. Deux articles s'appliquent directement à ce type de cas :
- Art. 251 CP (faux dans les titres) : jusqu'à 5 ans d'emprisonnement ou une peine pécuniaire. Cet article vise la falsification de tout document destiné à tromper, selon le texte de loi publié sur fedlex.admin.ch.
- Art. 252 CP (faux dans les certificats) : jusqu'à 3 ans d'emprisonnement ou une peine pécuniaire, pour les certificats trompant sur des faits personnels.
Dans le cas Fischer, l'ordonnance pénale a retenu une amende plutôt que la prison, compte tenu du caractère isolé de l'acte et de l'absence de casier judiciaire. Mais l'acte reste une infraction pénale inscrite dans le dossier du condamné.
Disclaimer YMYL : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil juridique. Consultez un avocat qualifié pour toute question relative à votre situation personnelle.
Licenciement pour infraction pénale : ce que dit le droit suisse
L'affaire Fischer illustre aussi la question du licenciement fondé sur une infraction pénale. En Suisse, le Code des obligations (CO) distingue deux types de résiliation :
La résiliation ordinaire (art. 335 CO) : l'employeur peut mettre fin au contrat moyennant le respect des délais de congé, pour autant que le motif ne soit pas abusif. Un comportement criminel avéré constitue un motif valable.
La résiliation immédiate pour justes motifs (art. 337 CO) : elle est possible lorsque les faits rendent la poursuite du rapport de travail objectivement intolérable. Une infraction pénale grave — comme la falsification de documents officiels — peut justifier un licenciement sans préavis.
Dans le cas Fischer, la Fédération suisse de hockey a choisi la résiliation immédiate. Swiss Ice Hockey a considéré que la révélation publique de la fraude rendait impossible la poursuite de la collaboration, en particulier à quelques semaines du Championnat du monde 2026 à Zurich et Fribourg.
Attention : si l'employeur choisit la résiliation immédiate de manière injustifiée, il s'expose à devoir verser jusqu'à 6 mois de salaire à titre d'indemnité (art. 337c al. 3 CO). C'est pourquoi il est essentiel de consulter un avocat avant d'agir.
Peut-on parler librement à un journaliste ?
L'affaire pose aussi une question que beaucoup de personnes n'anticipent pas : est-ce qu'une conversation informelle avec un journaliste peut être publiée ?
En Suisse, il n'existe pas de règle légale obligeant un journaliste à maintenir la confidentialité d'une conversation, à moins qu'un accord explicite off the record ait été conclu avant l'échange. La Déclaration des devoirs et droits des journalistes suisses (la "Charte") précise que l'accord de confidentialité doit être établi préalablement et clairement.
Dans le cas Fischer, Pascal Schmitz et la direction de SRF ont soutenu qu'aucun accord de confidentialité n'avait été conclu, et que Fischer avait évoqué la fraude spontanément dans un contexte professionnel. Cette position est juridiquement défendable : la protection des sources garantie par le droit suisse (art. 28a CP) protège le journaliste de l'obligation de révéler ses sources, mais ne l'empêche pas de publier des informations obtenues légalement.
Ce que cela change concrètement pour vous
Que vous soyez employé, dirigeant ou simple citoyen, cette affaire rappelle plusieurs réalités du droit suisse :
Une infraction pénale, même ancienne, peut ressurgir. Fischer avait obtenu l'ordonnance pénale en 2023, mais c'est en 2026 que l'affaire a éclaté publiquement. Les infractions pénales ne prescrivent pas instantanément (art. 97 CP : délai de prescription de 7 ans pour les délits punis d'une peine maximale de 3 ans).
Un employeur peut licencier pour faute grave liée à une infraction. Si le comportement est directement lié au poste (par exemple, un faux certificat pour exercer une profession), la résiliation immédiate est généralement justifiée.
Avant de parler, réfléchissez au contexte. Dans un cadre professionnel ou médiatique, une conversation n'est pas automatiquement "privée". En cas de doute, un avocat spécialisé en droit du travail peut vous conseiller sur vos droits et obligations avant tout entretien sensible.
Un avocat peut notamment vous aider à évaluer si un licenciement est abusif, à négocier une indemnité de départ, ou à comprendre vos droits face à une procédure pénale. Sur Expert Zoom, vous pouvez consulter un avocat spécialisé en droit du travail et obtenir une première analyse de votre situation rapidement.
Ce que les experts recommandent
Selon plusieurs avocats spécialisés en droit du travail suisse, l'affaire Fischer illustre une tendance : les infractions pénales commises dans un contexte personnel peuvent avoir des répercussions professionnelles immédiates, surtout lorsqu'elles deviennent publiques.
Si vous êtes concerné par une situation similaire — licenciement après révélation d'une infraction, doute sur la légitimité d'un congé immédiat, ou question sur vos droits en cas de poursuites pénales — ne tardez pas à consulter un professionnel. En droit du travail suisse, les délais pour agir sont courts : 30 jours pour contester un licenciement abusif (art. 336b CO) à partir de la fin du rapport de travail.

Marc Clément