Lori Chavez-DeRemer, secrétaire au Travail du gouvernement Trump, a démissionné le 21 avril 2026 au terme d'une enquête interne menée par l'inspecteur général du département du Travail des États-Unis. La ministre était visée par des allégations de "fraud de voyage" impliquant deux de ses proches collaborateurs, une plainte formelle pour relation inappropriée avec un subordonné, et des accusations de violence sexuelle visant son mari, qui s'était vu interdire l'accès aux locaux du département. Lori Chavez-DeRemer devient ainsi la troisième membre du cabinet Trump à quitter ses fonctions depuis janvier 2025. À des milliers de kilomètres de Washington, cet épisode soulève une question très concrète pour les travailleurs suisses : que se passe-t-il quand votre supérieur hiérarchique est lui-même mis en cause pour harcèlement ?
Qu'est-ce qui a causé la chute de Chavez-DeRemer ?
Selon NBC News et CNN, publiés le 20 avril 2026, l'enquête de l'inspecteur général a porté sur plusieurs niveaux : deux directeurs du cabinet ont d'abord démissionné en mars 2026 après avoir été soupçonnés d'avoir falsifié des notes de frais de déplacement. Puis une plainte formelle a été déposée contre la secrétaire elle-même pour avoir entretenu "une relation romantique inappropriée" avec un membre de sa sécurité rapprochée — un rapport de subordination directe. Enfin, le mari de Chavez-DeRemer s'est vu interdire d'accès au siège du département après des allégations d'agression sexuelle sur une employée.
Keith Sonderling a été nommé secrétaire au Travail par intérim dans l'heure qui a suivi l'annonce de la démission.
Ce que la loi suisse garantit aux victimes de harcèlement professionnel
En Suisse, le cadre légal de protection contre le harcèlement au travail est structuré autour de plusieurs textes fondamentaux. La Loi sur le travail (LTr) impose à l'employeur une obligation de protection de la personnalité des travailleurs, codifiée à l'article 6. Le Code des obligations (CO), notamment aux articles 328 et 336, renforce cette protection en interdisant expressément tout licenciement abusif lié à une plainte de harcèlement.
Concrètement, un salarié en Suisse qui est victime de harcèlement moral (mobbing) ou sexuel au travail dispose de plusieurs droits :
- Droit de déposer une plainte interne auprès des ressources humaines ou d'un médiateur désigné, sans craindre de représailles immédiates
- Droit au soutien de l'employeur : l'entreprise est légalement tenue d'enquêter sur les plaintes et de prendre des mesures protectrices
- Droit à la protection contre le licenciement pendant la procédure et jusqu'à 180 jours après (dans certaines conditions)
- Droit à la réparation : si le harcèlement est avéré, le travailleur peut demander des dommages-intérêts et des indemnités pour tort moral
L'Office fédéral du travail SECO rappelle que le harcèlement sexuel est interdit par la Loi sur l'égalité (LEg) et que les employeurs ont une obligation de résultat, pas seulement de moyens.
La difficulté réelle : quand le harceleur est le chef
Le cas Chavez-DeRemer met en lumière un angle aveugle du droit du travail : que se passe-t-il quand l'auteur présumé du harcèlement est la personne au sommet de la hiérarchie — le PDG, le directeur général, le membre du conseil d'administration ?
C'est précisément là que le droit suisse prévoit des garde-fous spécifiques. Dans une PME suisse, le salarié peut saisir directement :
Le SECO ou l'Inspection cantonale du travail : ces autorités ont le pouvoir d'imposer des mesures à l'employeur, voire de suspendre un dirigeant pendant une enquête.
Le Tribunal des prud'hommes : compétent pour ordonner des mesures provisionnelles urgentes, notamment si le salarié craint pour son emploi ou sa sécurité.
Le médiateur cantonal : dans les cantons comme Genève, Vaud ou Zurich, des mécanismes de médiation obligatoire existent avant toute procédure judiciaire.
Et dans les entreprises de plus de 50 salariés, la présence d'un délégué à la protection de la personnalité (ou d'un responsable compliance) est de plus en plus répandue — même si elle n'est pas encore obligatoire en Suisse.
Trois erreurs à ne pas commettre si vous êtes victime
Les avocats spécialisés en droit du travail helvétique soulèvent souvent les mêmes erreurs commises par les victimes :
1. Démissionner immédiatement : c'est souvent la pire décision sur le plan légal. Une démission spontanée prive le salarié des protections liées à un licenciement et peut réduire ses droits à l'indemnité de chômage.
2. Répondre aux provocations par écrit de manière impulsive : tout email, message ou commentaire laisse une trace. Les avocats conseillent de documenter les faits de manière neutre dans un journal de bord daté, mais de ne pas répondre à chaud.
3. Attendre que "ça se passe" : en Suisse, les délais de prescription pour les actions civiles liées au harcèlement sont de trois ans à compter des faits. Mais plus le salarié attend, plus il est difficile de constituer un dossier solide. Une consultation juridique précoce est toujours préférable.
Agir avant que la situation dégénère
L'affaire Chavez-DeRemer a mis des mois à éclater publiquement — mais selon les rapports de NBC News, les signaux internes existaient depuis bien plus longtemps. C'est un schéma classique dans les enquêtes de harcèlement en entreprise.
En Suisse, la culture du silence reste forte, notamment dans les PME familiales et les secteurs traditionnels. Mais les mentalités évoluent : selon une enquête du Secrétariat d'État à l'économie (SECO) de 2024, 27 % des travailleurs suisses déclarent avoir été témoins d'une situation de harcèlement au travail au cours des deux dernières années.
Si vous vous trouvez dans une situation similaire — qu'il s'agisse de harcèlement moral, sexuel, ou de discriminations — une consultation avec un avocat spécialisé en droit du travail est la première étape. Avant de prendre toute décision (déposer une plainte, démissionner, négocier), un avis juridique professionnel vous donnera une vision claire de vos droits et de vos options en droit suisse.
Avertissement YMYL : Cet article est à visée informative et ne remplace pas un conseil juridique personnalisé. Consultez un avocat spécialisé en droit du travail pour toute situation individuelle.
