Christina Hänni, sept ans danseuse régulière de l'émission allemande Let's Dance sur RTL, ne fera pas partie du casting 2026, a annoncé la production fin février 2026 selon Blick et Filmstarts. La professionnelle de 35 ans, qui a confirmé sur Instagram « ne pas être enceinte ni en congé parental », poursuit en parallèle ses cours de danse en ligne, dont une partie dédiée aux enfants. Une activité de plus en plus visible sur les réseaux, qui pose une question concrète aux parents suisses : que dit la loi quand un mineur apparaît sur les vidéos d'un cours ou d'un atelier de danse ?
Du studio TV au cours en ligne : le droit suit l'enfant
Le départ de Hänni du programme phare de RTL met en lumière une réalité du marché : les professionnels du spectacle migrent massivement vers les formats numériques (cours filmés, masterclasses, lives Instagram, chaînes YouTube). Pour les enfants qui participent, l'environnement change — mais la protection juridique en Suisse reste la même.
Le droit à l'image d'un mineur est protégé par l'article 28 du Code civil suisse. Toute diffusion d'images d'un enfant identifiable nécessite l'accord écrit des deux parents ou du représentant légal, à chaque utilisation. Un consentement signé pour un stage présentiel ne couvre pas automatiquement une retransmission sur YouTube ou une story Instagram.
Quatre situations à risque dans les cours de danse
1. La vidéo de fin de stage publiée sans accord spécifique. De nombreux studios filment la chorégraphie finale pour la diffuser sur leur site. Si les parents ont signé un règlement intérieur évoquant vaguement « la communication », cela ne suffit pas. Le consentement doit être éclairé et porter sur des usages identifiés : page Facebook, site web, Instagram, archives de l'école.
2. Le « tag » sur Instagram. Quand un professeur publie une vidéo et identifie le compte parent par tag, l'enfant devient repérable. Si seul un parent a consenti et que l'autre s'y oppose, le retrait peut être exigé. En cas de désaccord parental, l'autorité de protection de l'enfant et de l'adulte (APEA) peut être saisie.
3. Les cours filmés en direct. Les lives où les élèves apparaissent à l'écran posent un problème particulier : le contenu peut être enregistré et rediffusé par n'importe quel spectateur. Plusieurs cantons (Genève, Vaud) ont récemment rappelé aux écoles que le streaming d'activités impliquant des mineurs doit faire l'objet d'une autorisation explicite et révocable.
4. La revente d'images à un sponsor. Si un cours de danse devient sponsorisé par une marque, l'usage des images des enfants à des fins publicitaires nécessite un second contrat distinct, généralement payant et limité dans le temps. Le consentement gratuit donné pour la communication interne ne couvre pas la publicité.
Le retrait : un droit absolu, mais à formaliser
Un parent peut retirer son consentement à tout moment, même après publication. La demande de suppression s'adresse d'abord à l'organisateur (studio, professeur, plateforme), avec mise en demeure écrite si nécessaire. Trois éléments à inclure :
- L'identification précise des contenus visés (lien, date, support).
- Le rappel du fondement juridique (art. 28 CC, art. 13 al. 2 Cst., LPD révisée 2023).
- Un délai raisonnable d'exécution (généralement 7 à 14 jours).
Sans réponse, le parent peut saisir le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT) ou engager une action civile devant le tribunal du domicile de l'enfant.
La LPD révisée change la donne depuis 2023
La nouvelle Loi fédérale sur la protection des données (LPD) entrée en vigueur le 1er septembre 2023 a renforcé les obligations des écoles de danse, associations et indépendants qui traitent des données d'enfants. Trois nouveautés clés :
- Tenir un registre des activités de traitement dès qu'un enfant figure dans une base de données.
- Notifier toute violation de données au PFPDT dans les meilleurs délais.
- Permettre l'exercice effectif des droits d'accès, de rectification et d'effacement.
Les amendes peuvent atteindre 250 000 CHF pour les responsables individuels en cas de manquement intentionnel — un seuil qui concerne aussi les professeurs indépendants, pas seulement les grandes structures.
Ce que les parents peuvent demander avant d'inscrire un enfant
Avant de signer une inscription pour un cours filmé, posez quatre questions au professeur ou au studio :
- Les images des cours sont-elles diffusées en interne, sur le site, ou sur les réseaux sociaux ?
- Existe-t-il un formulaire de consentement séparé pour chaque type de diffusion ?
- Comment puis-je retirer mon enfant des images existantes ?
- Quel sponsor ou partenaire peut accéder aux contenus ?
Un studio sérieux fournit ces informations par écrit. Un refus ou une réponse évasive doit alerter.
Quand consulter un avocat
Un avocat en droit de la personnalité ou en droit de la famille devient utile dans trois cas :
- Conflit avec le studio qui refuse de retirer les images.
- Désaccord entre parents séparés sur la diffusion d'images de l'enfant.
- Usage commercial non autorisé : une marque a exploité l'image d'un mineur sans accord.
La consultation initiale coûte généralement entre 250 et 500 CHF en Suisse romande. Une mise en demeure rédigée par un avocat suffit dans la majorité des cas à obtenir le retrait sans procédure contentieuse. Pour les situations sportives parallèles, les enjeux sont similaires à ceux soulevés par la protection des mineurs sur les plateformes comme TikTok.
Lorsqu'un partenaire de danse est blessé pendant un cours, les questions juridiques se déplacent vers la responsabilité civile : qui paie les frais médicaux ? Le studio, le partenaire, ou l'assurance accident ? L'affaire récente autour de Ross Antony sur Let's Dance illustre l'importance de vérifier la couverture avant la première session.
Au-delà du buzz médiatique
L'éviction de Christina Hänni de Let's Dance fait la une en Allemagne et en Suisse alémanique, mais le sujet de fond — la protection des enfants dans les activités filmées — concerne tous les parents qui inscrivent leur enfant à un cours de danse, de gym ou de théâtre. Avec la généralisation du contenu en ligne, le cadre juridique suisse offre des outils solides, à condition d'en exiger l'application.
Avant la prochaine inscription, prenez 15 minutes pour lire le règlement intérieur du studio et identifier la clause image. Pour aller plus loin sur vos droits, le Préposé fédéral à la protection des données publie des fiches pratiques régulièrement mises à jour.

Camille Favre