Ce mercredi 27 mai 2026, plus de 400 000 musulmans vivant en Suisse célèbrent l'Aïd al-Adha, la Fête du Sacrifice. Pour les salariés concernés, une question s'est posée avec urgence ces derniers jours : leur employeur était-il tenu de leur accorder un congé ? Pouvait-il le refuser ? Et ce jour d'absence sera-t-il rémunéré ?
La loi suisse protège les travailleurs qui souhaitent observer des fêtes religieuses non officielles. Mais ses modalités sont mal connues et souvent mal appliquées.
L'Aïd al-Adha 2026 : une fête majeure un jour ouvré
L'Aïd al-Adha 2026 correspond au 27 mai selon les calculs astronomiques, avec une possible variation d'un jour selon l'observation locale du croissant de lune, confirmée par les mosquées suisses. Cette fête commémore le sacrifice d'Ibrahim et marque le point culminant du pèlerinage à La Mecque. Elle est considérée comme la plus importante des deux grandes fêtes islamiques.
En Suisse, l'Aïd al-Adha n'est inscrite au calendrier officiel d'aucun canton. Cela signifie que pour les salariés travaillant dans le secteur privé ou public hors administration fédérale, ce mercredi 27 mai est un jour de travail ordinaire. La question du congé religieux doit donc être traitée individuellement, régie par des dispositions légales précises que trop peu de salariés connaissent.
Ce que la loi suisse garantit concrètement
Contrairement à ce que beaucoup de salariés imaginent, la Suisse dispose d'un cadre légal explicite pour les congés liés aux fêtes religieuses non chrétiennes.
L'article 20a alinéa 2 de la Loi sur le travail (LTr) stipule qu'un salarié peut interrompre son travail pour observer une fête religieuse non reconnue comme jour férié cantonal, à condition d'en informer son employeur au moins trois jours à l'avance. Ce délai de préavis est impératif : il constitue la condition légale sine qua non pour bénéficier de cette protection.
La Loi sur le travail est complétée par l'article 328 du Code des obligations (CO), qui impose à tout employeur de respecter la personnalité du travailleur, y compris ses convictions religieuses. L'article 15 de la Constitution fédérale garantit quant à lui la liberté de conscience et de croyance pour toute personne résidant en Suisse, quelle que soit sa nationalité ou sa confession.
Ces trois textes — LTr, CO et Constitution — forment un socle de protection réel, mais conditionnel. Il ne s'active que si le salarié formule sa demande dans les formes et délais requis.
L'employeur peut-il refuser ? Les conditions légales
Un refus est possible, mais il doit être motivé par des impératifs opérationnels concrets et proportionnés. Un employeur peut légalement refuser si la journée concernée coïncide avec une obligation contractuelle critique : livraison importante, service de permanence indispensable, événement planifié longtemps à l'avance et impossible à reporter.
En revanche, un refus fondé sur des motifs discriminatoires, ou sur la simple appartenance religieuse du salarié, constitue une violation de l'article 328 CO. Un tel refus peut faire l'objet d'un recours devant le tribunal des prud'hommes.
Le délai de préavis de trois jours joue ici un rôle central : si la demande est formulée trop tardivement, l'employeur peut arguer d'une désorganisation du service pour justifier son refus. Les salariés qui n'ont pas pu respecter ce délai pour l'Aïd al-Adha 2026 se retrouvent dans une position légalement plus fragile, même si le refus reste susceptible de contestation s'il présente un caractère discriminatoire manifeste.
Congé payé ou non payé : le point que personne ne mentionne
C'est ici que la réalité légale déçoit souvent. La Loi sur le travail n'impose pas à l'employeur de rémunérer l'absence pour fête religieuse non officielle. Trois scénarios sont possibles en pratique :
Imputation sur les vacances : L'employeur peut déduire ce jour de votre solde de congés annuels. C'est la solution la plus courante dans les grandes entreprises.
Compensation des heures : L'employeur peut exiger que le salarié rattrape les heures manquées à une autre date, en accord avec les horaires habituels de l'entreprise.
Congé non payé : Si le contrat de travail ou la convention collective applicable ne prévoit rien de particulier, l'absence peut être traitée comme un congé non rémunéré.
Une convention collective de travail (CCT) sectorielle peut améliorer sensiblement ces conditions. Certains secteurs en Suisse, notamment la construction, l'hôtellerie-restauration et le commerce de détail, disposent de CCT qui incluent des dispositions favorables pour les fêtes religieuses des communautés minoritaires. Il est donc indispensable de vérifier si une CCT vous est applicable avant d'accepter un traitement défavorable.
Cinq étapes concrètes pour protéger vos droits
1. Envoyez votre demande par écrit. Un email avec accusé de lecture ou un message via la plateforme RH interne constituent des preuves solides en cas de litige ultérieur.
2. Mentionnez le fondement légal. Dans votre demande, citez l'article 20a LTr : cela indique à votre employeur que vous connaissez vos droits et rend un refus arbitraire plus difficile à maintenir.
3. Vérifiez votre convention collective. Renseignez-vous auprès de votre syndicat ou de votre représentant des travailleurs sur les dispositions applicables dans votre branche professionnelle.
4. Conservez une trace de tous les échanges. En cas de refus verbal ou oral, envoyez un email récapitulatif à votre employeur pour formaliser la situation dans un support écrit.
5. Agissez rapidement si vous êtes sanctionné. Les délais de prescription sont courts en droit du travail suisse. Ne laissez pas une situation injuste s'installer sans consulter un spécialiste.
Quand faut-il consulter un avocat en droit du travail ?
Si vous avez subi des conséquences professionnelles à la suite d'une demande de congé pour l'Aïd al-Adha 2026, ou si votre employeur a refusé une demande formulée dans les délais légaux sans justification opérationnelle sérieuse, vous disposez de voies de recours concrètes.
La procédure devant le tribunal des prud'hommes est accessible : dans la plupart des cantons suisses, la tentative de conciliation préalable est obligatoire et gratuite. Un avocat spécialisé en droit du travail peut évaluer votre situation en une consultation courte, identifier si un refus ou une sanction est illicite et vous accompagner dans les démarches.
Le Secrétariat d'État à l'économie (SECO) publie une information officielle sur les droits des travailleurs en matière de temps libre et de jours fériés, accessible sur seco.admin.ch.
Pour toute question personnelle sur votre situation avec votre employeur, Expert Zoom met en contact avec des avocats spécialisés en droit du travail disponibles rapidement en Suisse.
Avertissement : Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Chaque situation de travail est unique. Pour tout litige ou incertitude concernant vos droits, consultez un avocat spécialisé en droit du travail suisse.

Élise Meyer