Avec l'installation de l'anticyclone des Açores — l'Azorenhoch — sur l'Europe en juin 2026, la Suisse enregistre des températures dépassant 33°C dans plusieurs régions. Ce que peu de travailleurs savent : la loi suisse impose des obligations précises à votre employeur dès lors que la chaleur devient excessive, et le refus d'agir engage sa responsabilité.
L'Azorenhoch de juin 2026 : un épisode précoce qui ne surprend plus les experts
Depuis la mi-mai 2026, une haute pression persistante issue de l'Atlantique — le fameux Azorenhoch — stabilise l'atmosphère au-dessus de la Suisse. Selon MétéoSuisse, cette configuration a déclenché une « assez longue période de haute pression » avec des températures atteignant 30 à 33°C dans le Valais, en Romandie et au Tessin. RTS souligne que de tels épisodes précoces, autrefois rares, tendent à devenir la norme dans un contexte de changement climatique.
Cette chaleur prématurée surprend entreprises et salariés : bureaux surchauffés, chantiers exposés au soleil, entrepôts sans climatisation. La question juridique se pose immédiatement — que devez-vous tolérer, et quelles sont les obligations concrètes de votre employeur ?
Ce que la loi suisse impose réellement à votre employeur
En Suisse, il n'existe pas de température maximale légale au-delà de laquelle tout travail doit cesser. C'est un mythe courant. Ce qui existe en revanche, c'est une obligation générale de protection de la santé découlant de la Loi sur le travail (LTr) et de l'Ordonnance 3 relative à la loi sur le travail (OLT 3, RS 822.113), publiée sur Fedlex.
L'OLT 3 précise que l'employeur doit maintenir dans les locaux de travail une température adaptée à la nature du travail fourni et à l'effort physique exigé. Dès lors que des contraintes thermiques se manifestent — bureau, atelier ou poste extérieur —, des mesures concrètes sont exigées.
Ces mesures se déclinent en trois catégories :
Mesures techniques : installation de ventilateurs ou de climatiseurs temporaires, stores extérieurs, réduction des sources de chaleur internes.
Mesures organisationnelles : déplacement des tâches physiques aux heures fraîches (début de matinée ou fin de journée), pauses plus fréquentes dans des espaces climatisés, autorisation du télétravail, suppression du port de vêtements chauds, mise à disposition d'eau fraîche en permanence.
Mesures de protection individuelle : fourniture de vêtements de travail légers, casquettes ou protection solaire pour les postes extérieurs.
Si votre employeur n'applique aucune de ces mesures par 32°C dans un bureau sans climatisation, il manque à son obligation légale. Vous avez le droit d'en demander l'application formellement.
À partir de quand peut-on refuser de travailler en cas de canicule ?
La question revient chaque été : peut-on rentrer chez soi si le thermomètre monte ? La réponse est nuancée, mais deux catégories bénéficient d'une protection renforcée.
Les femmes enceintes peuvent rester à domicile dès que la température ambiante atteint ou dépasse 28°C, à condition que l'employeur n'ait pas mis en place d'autres mesures appropriées. Ce droit est explicitement prévu par la loi suisse.
Les travailleurs en extérieur soumis à un effort physique intense disposent d'un droit renforcé à des pauses adaptées et à une réorganisation du travail. Le refus de l'employeur peut constituer une mise en danger délibérée de la santé.
En dehors de ces cas, abandonner son poste unilatéralement reste risqué sur le plan contractuel. Si vous estimez que votre sécurité est compromise, il est conseillé de consulter rapidement un avocat spécialisé en droit du travail avant d'agir. Expert Zoom vous met en relation avec des experts juridiques disponibles en ligne pour évaluer votre situation concrète.
La nouveauté 2026 : les travailleurs temporaires enfin mieux protégés
Longtemps laissés pour compte du dispositif, les travailleurs temporaires pourraient bientôt bénéficier d'une meilleure couverture. En 2026, le Conseil des États a accepté une motion visant à leur ouvrir l'accès à l'indemnité en cas d'intempéries lorsque la chaleur rend le travail impossible, selon Econostrum.info. Cette avancée concerne des dizaines de milliers de travailleurs du bâtiment et de l'agriculture qui, jusqu'ici, ne pouvaient prétendre à aucune compensation lors des arrêts de chantier liés à la canicule.
En attendant l'entrée en vigueur de cette réglementation, les contrats individuels de travail peuvent déjà prévoir des dispositions plus favorables — un point qu'un avocat spécialisé peut analyser rapidement pour votre cas.
Que faire si votre employeur ne respecte pas ses obligations ?
Face à un employeur qui ne prend aucune mesure malgré la canicule, plusieurs recours existent. En premier lieu, adressez une demande écrite à votre supérieur ou aux ressources humaines en vous référant explicitement à la LTr et à l'OLT 3. Si la situation ne s'améliore pas, l'inspection cantonale du travail peut intervenir — et l'employeur s'expose à des sanctions administratives.
Pour les situations plus complexes — refus réitéré, conséquences sur la santé, licenciement lié à une demande de protection —, l'accompagnement d'un avocat en droit du travail est indispensable. Les délais pour agir sont souvent courts.
Pour en savoir plus sur vos droits lors d'épisodes météorologiques extrêmes au travail, lisez notre article sur les droits des employés suisses lors d'intempéries.
Avertissement YMYL : cet article présente le cadre juridique général applicable en Suisse. Pour toute situation individuelle, consultez un professionnel du droit qualifié.

Juliette Mottet