Samedi à l'Emirates Stadium, Arsenal a dominé Leeds United 5-0 avec deux absences majeures en cours de route : Martin Ødegaard, sorti sur blessure à l'épaule, et Bukayo Saka, touché aux isquio-jambiers, ont tous deux rejoint le couloir médical avant la fin du match. Pour ces professionnels, des contrats d'assurance en béton blindé prennent le relais en quelques heures. Pour le gardien du FC Perly-Certoux qui se déchire un ligament croisé ce dimanche à 14h30 sur un terrain en herbe synthétique de la banlieue genevoise, la situation est radicalement différente — surtout depuis la réforme de l'Ordonnance sur l'assurance-accidents (OLAA) entrée en vigueur le 1er juillet 2024.
Ce que le match Arsenal-Leeds révèle sur nos propres lacunes d'assurance
Chaque week-end, plus de 350 000 footballeurs amateurs suisses enfilent leurs crampons dans les championnats régionaux et cantonaux affiliés à l'ASF (Association Suisse de Football). Selon Swiss Olympic, le football représente chaque année l'une des principales causes d'hospitalisation sportive en Suisse : entorses de cheville, ruptures ligamentaires, fractures du péroné, traumatismes crâniens légers.
Face à ce risque bien réel, beaucoup d'amateurs se croient protégés par leur club ou par leur assurance-maladie. Depuis la réforme OLAA de juillet 2024, cette certitude est souvent infondée.
La question que tout footballeur amateur devrait se poser avant chaque saison n'est pas « est-ce que je vais me blesser ? » mais « si je me blesse, qui paie exactement, et combien ? »
La réforme OLAA 2024 : un changement que votre club ne vous a peut-être pas signalé
La Loi fédérale sur l'assurance-accidents (LAA) protège, en principe, tout travailleur salarié en Suisse contre les accidents professionnels et non professionnels. Concrètement, si vous travaillez au moins 8 heures par semaine pour un même employeur, les accidents survenant hors du travail — foot, ski, vélo — sont couverts par la police LAA de cet employeur, qu'il s'agisse de la SUVA ou d'un assureur privé agréé.
Voici ce que la réforme OLAA du 1er juillet 2024 a introduit : les joueurs et entraîneurs de clubs amateurs qui perçoivent une rémunération de leur club ne sont désormais soumis à l'assurance-accidents obligatoire que si cette rémunération dépasse CHF 9 800 par an — soit les deux tiers de la rente AVS minimale. En dessous de ce seuil, le club n'est plus légalement tenu de vous assurer via la SUVA ou un assureur LAA agréé.
CHF 9 800 par an correspond à environ CHF 817 par mois. Dans la réalité des championnats amateurs suisses, la grande majorité des joueurs de 3e, 4e et 5e ligue perçoivent entre CHF 100 et CHF 600 par mois de défraiement. Ils sont donc, depuis juillet 2024, hors du champ de la couverture obligatoire via leur club.
Selon le Bureau fédéral des assurances sociales (BFAS), cette réforme visait à alléger les charges administratives des clubs amateurs. L'effet secondaire, peu médiatisé : des milliers de sportifs se retrouvent dans une zone grise sans l'avoir su.
Cas concret : Marc, 34 ans, graphiste freelance et gardien de but à Genève
Marc Favre, 34 ans, est graphiste indépendant à Genève. Il joue comme gardien de but dans un club de 3e ligue genevoise depuis six ans et reçoit CHF 400 par mois de son club, soit CHF 4 800 par an — en dessous du seuil OLAA de CHF 9 800. En tant que travailleur indépendant sans employeur principal, il ne bénéficie pas non plus de la couverture LAA automatique qu'un contrat de travail classique procure.
Si Marc se blesse sans avoir vérifié sa couverture :
En novembre, lors d'un duel aérien sur corner, Marc atterrit sur le pied de l'attaquant adverse et se déchire le ligament croisé antérieur du genou gauche. Diagnostic posé aux Urgences des HUG : opération inévitable. Coût de la chirurgie ligamentaire à la Clinique des Grangettes : CHF 4 800. Physiothérapie pendant cinq mois : CHF 1 400. Marc est en incapacité partielle de travail (60%) pendant huit semaines ; en tant qu'indépendant sans couverture perte de gain, il perd CHF 4 800 de revenus nets sur cette période. Total à sa charge : CHF 11 000.
Sa caisse-maladie LAMal prend en charge les soins ambulatoires de base et les médicaments reconnus, mais elle ne couvre pas les séjours en division privée ni — et c'est crucial — les indemnités journalières liées à une incapacité de gain pour un indépendant non assuré.
Si Marc consulte un juriste spécialisé avant la saison :
Un avocat ou un conseiller en droit des assurances lui explique sa situation réelle : en tant qu'indépendant avec un défraiement club inférieur au seuil OLAA, il peut souscrire volontairement à une assurance-accidents LAA (art. 4 LAA) pour une prime annuelle de CHF 150 à 280 selon le revenu déclaré. Cette couverture lui garantit la prise en charge à 100% des frais médicaux reconnus et une indemnité journalière à 80% de son revenu assuré dès le 3e jour d'incapacité. Pour CHF 215 par an, Marc se protège contre une perte potentielle de CHF 11 000 — un ratio de protection de 1 pour 51.
Les quatre catégories à risque que personne ne nomme clairement
La réforme OLAA crée des situations particulièrement critiques pour quatre profils d'amateurs très répandus dans les clubs suisses :
Les travailleurs indépendants (freelances, professions libérales, micro-entrepreneurs) : aucune couverture LAA automatique, même s'ils jouent dans un club sérieux. La LAMal seule ne remplace pas la LAA sur le plan des indemnités journalières.
Les étudiants : sauf s'ils sont rémunérés au-dessus du seuil OLAA par un employeur, les accidents sportifs ne sont couverts que par la LAMal de base, sans aucune indemnité journalière.
Les chômeurs et bénéficiaires du chômage : après la fin d'un contrat de travail, la couverture LAA accidents non professionnels (AANP) se prolonge de 30 jours seulement. Passé ce délai, elle cesse. Un joueur licencié en mai qui continue de jouer en été n'est plus couvert dès juillet.
Les joueurs faiblement rémunérés par leur club : tout défraiement inférieur à CHF 817 par mois exclut désormais le club de l'obligation d'assurance LAA. Ce point concerne l'écrasante majorité des clubs de 2e à 5e ligue.
Selon Swiss Olympic, plus de 45 000 clubs sportifs amateurs sont enregistrés en Suisse. Depuis la réforme de juillet 2024, un nombre significatif d'entre eux a réduit sa charge d'assurance sans nécessairement informer ses joueurs du changement de statut.
Ce qu'il faut faire avant le prochain entraînement
La blessure d'Ødegaard et celle de Saka font la une des journaux sportifs parce que les conséquences sont visibles et les clubs disposent de protocoles. Pour un footballeur amateur suisse, l'urgence est administrative autant que physique.
Première étape — Vérifiez votre statut LAA : Demandez à votre employeur principal si vous bénéficiez d'une couverture accidents non professionnels (AANP). Le critère : travaillez-vous au moins 8 heures hebdomadaires pour le même employeur ? Si oui, vous êtes probablement couvert. Si vous êtes indépendant ou étudiant, il n'existe pas de couverture automatique.
Deuxième étape — Interrogez votre club : Depuis la réforme OLAA, si votre rémunération sportive est inférieure à CHF 9 800 par an, le club n'a plus l'obligation de vous assurer. Demandez une confirmation écrite de la police d'assurance du club et vérifiez si vous y figurez nominativement.
Troisième étape — Consultez un spécialiste avant de courir un risque : La frontière entre LAA, LCA (assurance privée complémentaire) et LAMal est technique, souvent contre-intuitive et lourde de conséquences financières. Un juriste spécialisé en droit des assurances peut identifier vos lacunes exactes et vous proposer une solution adaptée pour quelques centaines de francs annuels — bien moins qu'une opération du genou non couverte.
Pour en savoir plus sur le cadre légal applicable, le site officiel de la SUVA détaille l'ensemble des conditions de couverture LAA pour les sportifs amateurs en Suisse. Un aperçu complet des contrats de travail dans le sport professionnel en Suisse est également disponible dans notre analyse Tottenham face à la relégation : ce que ça implique pour les contrats des joueurs. Et pour comprendre comment les assurances perte de gain fonctionnent en pratique, lisez John Stones « en verre » : ce que ses blessures à répétition nous apprennent sur la prévoyance des sportifs.
Sur Expert Zoom, des juristes spécialisés en droit des assurances et en droit du sport en Suisse romande sont disponibles pour une consultation en ligne. Un entretien de 60 minutes peut suffire pour clarifier votre situation avant le début de la saison d'hiver.
Cet article fournit des informations générales sur la réglementation LAA en Suisse. Il ne constitue pas un avis juridique ou assurantiel personnalisé. Chaque situation individuelle est différente ; consultez un professionnel qualifié pour une analyse adaptée à votre cas.

Cécile Girard