La convention collective de la métallurgie (IDCC 3248), entrée en vigueur le 1er janvier 2024, est le texte unique qui remplace plus de 75 conventions territoriales et nationales du secteur. À retenir : elle couvre environ 1,5 million de salariés dans l'industrie métallurgique française — ingénieurs, techniciens, ouvriers, cadres — et instaure une classification entièrement nouvelle sur 18 niveaux regroupés en 6 groupes d'emplois [UIMM, 2024]. Si votre bulletin de salaire mentionne l'IDCC 3248, ce guide vous explique précisément vos droits.
Présentation du secteur et champ d'application de l'IDCC 3248
La métallurgie française est un secteur industriel de premier plan qui regroupe les activités de fabrication, transformation, maintenance et réparation de produits métalliques, mécaniques, électriques, électroniques et numériques. Ce secteur représente environ 40 000 entreprises en France et emploie, selon la Direction de l'Animation de la Recherche, des Études et des Statistiques (DARES), plus de 1,5 million de salariés en 2024.
Le champ d'application de la Convention Collective Nationale de la Métallurgie (CCNM) IDCC 3248 couvre :
- Les industries mécaniques et métalliques : fonderie, forge, traitement thermique, usinage, mécanique de précision
- L'industrie électrique et électronique : fabrication de machines, équipements électriques, appareillage
- La mécatronique et le numérique industriel : automatismes, robotique, systèmes embarqués
- La construction et la réparation navale
- Les activités connexes : entretien, réparation et installation d'équipements industriels
Qui est exclu ?
Certains secteurs utilisent le terme « métallurgie » mais disposent de leur propre convention : la sidérurgie (IDCC 145), la construction aéronautique (IDCC 1504) et certains secteurs de la défense bénéficient de dispositifs spécifiques. En cas de doute sur l'appartenance au champ d'application, le code APE de votre entreprise est le premier indicateur — les codes NAF 25 (Fabrication de produits métalliques), 26 (Électronique), 27, 28 et 33 (Réparation et installation) sont les plus fréquemment couverts.
« La CCNM du 7 février 2022 constitue une refonte intégrale. Elle harmonise les conditions de travail pour l'ensemble des salariés du secteur, quelle que soit la région où ils exercent. » — UIMM (Union des Industries et Métiers de la Métallurgie), Communiqué de mise en œuvre 2024
La nouvelle classification des emplois : 18 niveaux, 6 groupes
La refonte de la classification professionnelle est la pièce maîtresse de l'IDCC 3248. Elle remplace les anciens systèmes de coefficients (souvent incompréhensibles pour les salariés) par une grille structurée et transparente.
Les 6 groupes d'emplois
La nouvelle classification repose sur 6 groupes d'emplois (A à F), chacun subdivisé en 3 niveaux :
| Groupe | Niveaux | Profil type |
|---|---|---|
| A | A1, A2, A3 | Emplois d'exécution simple, opérateurs, agents de fabrication débutants |
| B | B1, B2, B3 | Emplois qualifiés, techniciens de production, agents de maîtrise niveau 1 |
| C | C1, C2, C3 | Techniciens spécialisés, chefs d'équipe, agents de maîtrise confirmés |
| D | D1, D2, D3 | Techniciens experts, responsables d'atelier, ingénieurs débutants |
| E | E1, E2, E3 | Ingénieurs confirmés, managers de proximité, experts techniques |
| F | F1, F2, F3 | Cadres supérieurs, directeurs de site, experts de haut niveau |

Les 5 critères classants
L'affectation à un groupe et un niveau repose sur l'évaluation de 5 critères classants définis par la CCNM :
- Autonomie : capacité à agir sans supervision directe et à gérer les imprévus
- Complexité : diversité et difficulté des activités exercées
- Connaissances requises : niveau de formation, d'expérience et de compétences techniques
- Contribution : impact des activités sur les résultats de l'entreprise
- Encadrement : responsabilité sur d'autres salariés (si applicable)
Chaque critère est évalué sur une échelle, et la combinaison des scores détermine le groupe et le niveau. Cette méthode est plus transparente que les anciens systèmes à coefficients numériques — un salarié peut désormais comprendre pourquoi il est classé là où il est.
Que faire si votre classification semble erronée ?
Si vous estimez que votre poste est mal classé depuis le passage à l'IDCC 3248 (au 1er janvier 2024), vous pouvez demander un entretien de reclassification à votre employeur. En cas de désaccord persistant, la commission paritaire de branche peut être saisie, et le Conseil de prud'hommes reste la voie judiciaire ultime. Un avocat spécialisé en droit du travail peut vous aider à préparer votre dossier de contestation.
La grille des salaires minima hiérarchiques (SMH)
Les Salaires Minima Hiérarchiques (SMH) constituent le plancher salarial en dessous duquel aucun employeur relevant de la CCNM ne peut rémunérer un salarié. Ces montants sont révisés annuellement par négociation de branche.
Important : les SMH sont des minima. Votre salaire réel peut être supérieur grâce à des accords d'entreprise, des primes d'ancienneté ou des négociations individuelles. En revanche, si votre rémunération de base est inférieure au SMH de votre groupe, votre employeur est en infraction — vous pouvez exiger un rappel de salaire.
La prime d'ancienneté dans la métallurgie
La CCNM maintient un mécanisme de prime d'ancienneté pour les non-cadres. Cette prime s'ajoute au salaire de base et augmente avec les années de présence dans l'entreprise :
- 3 % après 3 ans d'ancienneté
- 5 % après 5 ans
- 7 % après 7 ans (maximum 9 % pour les ouvriers, 12 % pour les techniciens et agents de maîtrise)
Pour les cadres, la prime d'ancienneté a été intégrée dans les SMH de manière forfaitaire — un changement significatif par rapport à l'ancien régime.
Le 13e mois : est-il obligatoire ?
La CCNM ne rend pas le 13e mois obligatoire pour toutes les entreprises. Cependant, de nombreux accords d'entreprise dans la métallurgie prévoient cette prime annuelle. Si votre entreprise versait un 13e mois avant le 1er janvier 2024, le principe de non-régression impose de maintenir cet avantage — il ne peut pas être supprimé au motif du passage à la nouvelle convention.
Pour comprendre comment les droits du travail s'appliquent lors d'une grève sectorielle, la convention collective de la métallurgie prévoit des dispositions spécifiques sur le maintien de salaire et la reprise du travail.
Durée du travail et heures supplémentaires dans la métallurgie
La CCNM IDCC 3248 reprend le cadre légal des 35 heures hebdomadaires tout en offrant des modalités d'aménagement spécifiques adaptées aux contraintes industrielles.
Le temps de travail des ouvriers et techniciens
Pour les salariés non-cadres, la durée légale est de 35 heures par semaine. Les heures supplémentaires (au-delà de 35h) sont majorées selon les taux conventionnels :
- 25 % pour les 8 premières heures supplémentaires (de la 36e à la 43e heure)
- 50 % à partir de la 44e heure
Ces taux sont conformes aux minimaux légaux — certains accords d'entreprise prévoient des majorations plus élevées. La durée maximale quotidienne est de 10 heures (sauf dérogations pour travaux urgents), et la durée maximale hebdomadaire est de 48 heures (ou 44 heures en moyenne sur 12 semaines consécutives).
Le forfait jours pour les cadres et autonomes
Les cadres et certains techniciens bénéficiant d'une large autonomie dans l'organisation de leur temps de travail peuvent être soumis à un forfait annuel en jours. La CCNM fixe le plafond à 218 jours par an (journée de solidarité incluse). Ce dispositif nécessite un accord individuel écrit dans le contrat de travail.
Les salariés en forfait jours ne sont pas soumis aux durées maximales quotidiennes et hebdomadaires — mais le droit au repos quotidien de 11 heures consécutives reste impératif, ainsi que le repos hebdomadaire de 35 heures consécutives.
La modulation et les accords d'aménagement du temps de travail
La CCNM autorise la modulation du temps de travail sur une période pouvant aller jusqu'à un an. Cette disposition est particulièrement utile dans les entreprises industrielles soumises à des variations saisonnières de production. Les semaines hautes (jusqu'à 44h) compensent les semaines basses, sans que cela génère d'heures supplémentaires — à condition que la durée annuelle ne dépasse pas 1 607 heures.
Congés payés, jours fériés et absences
Les congés payés légaux et conventionnels
La CCNM garantit les 5 semaines légales de congés payés (25 jours ouvrables ou 30 jours ouvrés). Elle prévoit en outre des jours de congés d'ancienneté pour les non-cadres :
- 1 jour supplémentaire après 10 ans d'ancienneté dans l'entreprise
- 2 jours supplémentaires après 15 ans
- 3 jours supplémentaires après 20 ans
Pour les cadres, des dispositions spécifiques s'appliquent selon le groupe de classification.
Les congés pour événements familiaux
La CCNM fixe des durées de congés pour événements familiaux supérieures aux minimaux légaux :
| Événement | Durée CCN Métallurgie | Durée légale minimale |
|---|---|---|
| Mariage ou PACS du salarié | 4 jours ouvrables | 4 jours |
| Mariage d'un enfant | 1 jour ouvrable | 1 jour |
| Naissance ou adoption | 3 jours ouvrables | 3 jours |
| Décès du conjoint/PACS | 3 jours ouvrables | 3 jours |
| Décès d'un parent (père, mère) | 3 jours ouvrables | 3 jours |
| Décès d'un enfant | 5 jours ouvrables | 5 jours |
Les jours fériés dans la métallurgie
La CCNM prévoit que les 11 jours fériés légaux sont chômés et payés dans les entreprises de la métallurgie (sous réserve d'un minimum de 3 mois d'ancienneté pour les ouvriers et ETAM). Le 1er Mai est toujours chômé et payé, conformément à la loi.
Pour le travail exceptionnel un jour férié (hors 1er Mai), les salariés bénéficient d'une majoration de 100 % en plus de leur rémunération habituelle — soit un doublement du salaire.
Préavis et indemnités de licenciement
Durées de préavis selon le groupe
La CCNM définit des durées de préavis qui peuvent dépasser les minima légaux. En cas de licenciement ou de démission :
| Groupe | Ancienneté < 2 ans | Ancienneté ≥ 2 ans |
|---|---|---|
| Groupes A et B | 1 mois | 2 mois |
| Groupes C et D | 2 mois | 3 mois |
| Groupes E et F (cadres) | 3 mois | 3 à 6 mois selon ancienneté |
Ces durées s'appliquent aussi bien en cas de licenciement que de démission — le salarié qui démissionne doit respecter son préavis, sauf dispense accordée par l'employeur.
Le calcul des indemnités de licenciement
La CCNM prévoit une indemnité de licenciement calculée selon une formule plus favorable que le minimum légal pour les salariés ayant une ancienneté significative.
Pour les non-cadres (groupes A à D) :
- 1/5 de mois de salaire par année d'ancienneté pour les 10 premières années
- 1/5 + 2/15 de mois par année à partir de la 11e année
Pour les cadres (groupes E et F) :
- Formule similaire, mais calculée sur la base de 1/4 de mois par an pour les 10 premières années
- 1/3 de mois à partir de la 11e année
Ces montants constituent des planchers — votre contrat ou un accord d'entreprise peut prévoir davantage.
Exemple concret : Un technicien de groupe C (salarié depuis 15 ans, salaire brut mensuel de 2 800 €) bénéficierait d'une indemnité conventionnelle d'au moins : (1/5 × 2 800 × 10) + (1/5 + 2/15) × 2 800 × 5 = 5 600 € + 2 613 € = 8 213 € bruts. À comparer avec les 5 600 € du minimum légal.
À retenir : en cas de licenciement économique, des dispositions particulières s'appliquent (priorité de réembauche, congé de reclassement dans les entreprises de plus de 1 000 salariés). Consultez la section IX de la CCNM sur Légifrance pour le texte complet.
Prévoyance, mutuelle et protection sociale complémentaire
La CCNM IDCC 3248 harmonise les régimes de protection sociale complémentaire pour l'ensemble du secteur, mettant fin aux disparités entre les anciennes conventions territoriales.
La mutuelle santé obligatoire
Depuis la loi ANI de 2013 (Accord National Interprofessionnel), toute entreprise doit proposer une mutuelle collective à ses salariés. La CCNM va plus loin en fixant des garanties minimales de niveau élevé pour la branche métallurgie, notamment :
- Remboursement à 100 % des frais d'optique (montures + verres) jusqu'à un plafond de 500 € par an
- Couverture dentaire renforcée avec prise en charge des prothèses
- Hospitalisation complète avec chambre particulière jusqu'à 80 €/nuit
La cotisation est partagée entre l'employeur (minimum 50 %) et le salarié. En pratique, beaucoup d'entreprises de la métallurgie prennent en charge 60 à 80 % de la cotisation.
Le régime de prévoyance
La prévoyance couvre les risques de décès, d'invalidité et d'incapacité temporaire de travail. La CCNM prévoit des garanties décès représentant au minimum 3 fois le salaire annuel brut pour un salarié marié avec deux enfants à charge. Le maintien de salaire en cas d'arrêt maladie est assuré à 100 % pendant les 90 premiers jours (au-delà du délai de carence de 7 jours pour les ouvriers, 3 jours pour les ETAM et cadres).
Le Compte Épargne Temps (CET)
La CCNM prévoit la possibilité de mettre en place un Compte Épargne Temps dans les entreprises. Le salarié peut y affecter des jours de congés non pris, des heures supplémentaires non rémunérées, ou une partie de ses primes. Les droits accumulés peuvent être utilisés pour financer des congés de longue durée, un passage à temps partiel, ou être convertis en complément de retraite.












