Stellantis Poissy : l'usine ferme en 2028 — ce que la loi garantit à 1 925 salariés

Site industriel de Poissy, futur hub de transformation Stellantis après 90 ans de production automobile

Photo : M. Roux / Wikimedia

5 min de lecture 16 avril 2026

Stellantis a annoncé le 16 avril 2026 la fin de l'assemblage automobile à son usine historique de Poissy d'ici décembre 2028, mettant en jeu l'avenir de 1 925 salariés dans l'un des derniers sites de production automobile d'Île-de-France.

Ce qui se passe à Poissy : 90 ans d'histoire automobile en sursis

L'usine Stellantis de Poissy, fondée en 1938, a traversé presque un siècle de production sous les enseignes Simca, Chrysler, PSA et désormais Stellantis. Ce mercredi 16 avril 2026, la direction a officialisé un plan de transformation radical : l'arrêt de la fabrication de véhicules — actuellement l'Opel Mokka et la DS3 — d'ici décembre 2028.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En 2025, l'usine a produit 89 500 véhicules, contre 145 000 deux ans auparavant — une chute de près de 40 %. Le site tourne aujourd'hui à 60 % de sa capacité, l'un des taux les plus bas parmi les sites d'assemblage du groupe.

Stellantis promet d'investir 100 millions d'euros pour reconvertir le site en pôle de pièces détachées, de remise à neuf, de formation aux métiers de la mobilité électrique et de logistique après-vente. Mais pour les syndicats, notamment la CGT, cette reconversion ne compense pas la perte annoncée : de 1 925 postes aujourd'hui, le groupe ne garantit que 1 000 emplois d'ici 2030, soit près de 925 suppressions nettes.

Dès novembre 2026 : les premières mesures concrètes pour les salariés

Le calendrier est précis et serré. Dès novembre 2026, la production passera de deux équipes à une seule — ce qui représente une réduction immédiate des horaires et des revenus pour une partie des salariés avant même la fermeture définitive.

Stellantis a affirmé qu'il n'y aurait aucun licenciement contraint. Les suppressions de postes se feraient via les départs naturels, les départs volontaires et les plans de reclassement. L'âge moyen des salariés — 54 à 55 ans — rend théoriquement les dispositifs de préretraite accessibles pour une partie d'entre eux.

Mais les engagements verbaux d'une direction ne suffisent pas en droit du travail français. Le Code du travail impose un cadre strict pour tout plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) dès lors que l'entreprise emploie au moins 50 salariés et prévoit de supprimer au moins 10 postes sur 30 jours. Dans ce cas précis, le PSE est non seulement obligatoire, mais il doit être soumis au Comité Social et Économique (CSE) et validé — ou homologué — par la DREETS (Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités).

Que garantit la loi aux 1 925 salariés de Poissy ?

Face à un plan social de cette envergure, les droits des salariés sont nombreux et contraignants pour l'employeur. Voici ce que la loi française prévoit concrètement.

Le droit à l'information et à la consultation préalable. Avant toute décision définitive, le CSE doit être informé et consulté. Il dispose d'un délai légal pour rendre son avis — généralement deux mois, extensible à trois mois si un expert-comptable est désigné. Les syndicats CGT et CFTC ont d'ores et déjà exprimé leurs réserves et réclamé des garanties supplémentaires. La loi leur donne ce droit.

Le plan de sauvegarde de l'emploi (PSE). Toute entreprise de plus de 1 000 salariés — ce qui est le cas de Stellantis — doit proposer un PSE comprenant des mesures de reclassement interne et externe, une aide à la création d'entreprise, des formations qualifiantes et des indemnités supra-légales. Selon le portail officiel Service-Public.fr, le montant de ces indemnités est négocié avec les représentants du personnel et peut aller bien au-delà du minimum légal.

L'indemnité légale de licenciement. En cas de rupture effective du contrat, chaque salarié a droit à une indemnité calculée selon son ancienneté. Pour un salarié avec 20 ans d'ancienneté et un salaire brut mensuel de 2 500 euros, l'indemnité légale minimale dépasse 12 500 euros — un montant que les accords collectifs peuvent significativement majorer.

Le contrat de sécurisation professionnelle (CSP). Pour les salariés n'atteignant pas l'âge de préretraite, le CSP permet de bénéficier d'un suivi personnalisé par France Travail, d'une allocation spécifique de sécurisation professionnelle (ASP) à hauteur de 75 % du salaire brut pendant 12 mois, et d'un accompagnement renforcé vers un nouvel emploi.

La protection des représentants du personnel. Les délégués syndicaux, membres du CSE et autres représentants ne peuvent pas être licenciés sans autorisation de l'inspection du travail. Cette protection est absolue.

Ce que les salariés doivent faire maintenant

Ne rien faire est la pire des stratégies face à un plan social. Selon une précédente restructuration Stellantis en France, des salariés mal informés ont parfois accepté des indemnités inférieures à ce à quoi ils avaient légalement droit, faute d'avoir consulté un spécialiste à temps.

Voici les trois actions prioritaires à entreprendre dès aujourd'hui :

1. Rejoindre ou soutenir les instances représentatives. Le CSE est votre interlocuteur légal direct avec la direction. Participer aux réunions d'information et soutenir les élus renforce la capacité de négociation collective.

2. Consulter un avocat spécialisé en droit du travail. Chaque situation est unique. L'ancienneté, les avantages conventionnels, les clauses de votre contrat, votre statut de représentant du personnel — autant d'éléments qui peuvent vous donner droit à davantage que ce que propose spontanément l'employeur. Un avocat peut analyser votre situation personnelle avant même que le PSE soit officiellement présenté.

3. Ne signer aucun document sans conseil préalable. Rupture conventionnelle, départ volontaire, accord de mobilité : ces dispositifs peuvent sembler avantageux, mais ils entraînent parfois la perte de certains droits — notamment aux prud'hommes. Lisez chaque document et faites-vous accompagner.

Un site symbole d'une filière automobile en mutation

La fermeture partielle de Poissy illustre une tendance lourde dans l'industrie automobile européenne. La transition vers le tout-électrique, les surcapacités de production et la concurrence asiatique sur les petits véhicules électriques transforment en profondeur la carte industrielle du continent.

Pour les salariés confrontés à une liquidation judiciaire ou à la fermeture d'un site, les protections légales existent — mais elles ne s'appliquent que si l'on prend ses droits au sérieux dès le début du processus. Selon le ministère du Travail, les salariés qui se font accompagner dès l'ouverture d'un PSE obtiennent en moyenne des indemnités 30 à 40 % supérieures à ceux qui attendent.

La loi française est l'une des plus protectrices d'Europe pour les salariés confrontés à un plan social. Encore faut-il en connaître les ressorts et ne pas rester seul face à une grande entreprise et à ses équipes juridiques.

Avis YMYL : Cet article a une vocation informative générale. Il ne se substitue pas à un conseil juridique personnalisé. En cas de situation individuelle impliquant un licenciement ou un plan social, consultez un avocat spécialisé en droit du travail.

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