Monica Bellucci est omniprésente à Cannes 2026. L'actrice italo-française est en compétition pour la Palme d'Or avec Histoires de la nuit de Léa Mysius, et apparaît simultanément dans Butterfly Jam de Kantemir Balagov. Mais c'est une phrase qu'elle a prononcée le 19 mai 2026 qui a déclenché le débat : "J'ai dû me rendre laide pour un film — mon image n'existe plus." Une déclaration qui soulève des questions fondamentales sur les droits des acteurs sur leur propre image.
Cannes 2026 : Monica Bellucci, deux films, un festival
La 79e édition du Festival de Cannes a placé Monica Bellucci sous les projecteurs à double titre. Son premier film, Histoires de la nuit, réalisé par Léa Mysius, est une adaptation du roman de Laurent Mauvignier. Bellucci y incarne Cristina, une peintre italienne isolée dans une ferme française, témoin d'événements troublants lors de l'anniversaire d'une famille voisine. Un premier extrait a été diffusé par Deadline le 20 mai 2026, suscitant une vive attention critique.
Son second film, Butterfly Jam, signé par le réalisateur russo-américain Kantemir Balagov, la voit apparaître dans un caméo où elle joue son propre rôle — un choix artistique rare qui a relancé les questions sur la frontière entre identité réelle et personnage de fiction.
Le 21 mai 2026, elle était l'invitée du plateau de C à vous sur France 5 aux côtés de Bastien Bouillon pour promouvoir Histoires de la nuit. Elle y a déclaré vivre à Paris depuis plusieurs années, tout en restant "profondément attachée à l'Italie".
"Mon image n'existe plus" : ce que cette phrase implique juridiquement
Le 19 mai 2026, lors d'une interview à Cannes, Monica Bellucci a déclaré à propos d'un rôle : "J'ai dû me rendre laide pour un film — mon image n'existe plus." Sur Tim Burton, son ex-partenaire : "Ce que nous avons vécu ne finira jamais."
Ces mots ont immédiatement été repris par les médias italiens et français. Mais au-delà de leur portée émotionnelle, ils soulèvent une question juridique précise : peut-on renoncer à son image dans un contrat de tournage ?
En droit français, l'acteur dispose de deux protections distinctes.
Le droit à l'image, d'abord, protège la captation et la diffusion de votre apparence physique. Il est cessible, moyennant accord écrit. Un contrat de tournage peut donc autoriser le réalisateur à vous filmer sous un maquillage, un costume ou une transformation radicale — à condition que ce soit explicitement prévu.
Le droit moral, ensuite, est inaliénable. Il garantit que l'œuvre ne peut pas vous être attribuée de façon préjudiciable, et que votre participation ne peut pas être utilisée pour déformer votre image publique au-delà du cadre contractuellement défini. Même si vous avez signé un contrat cédant vos droits patrimoniaux, vous conservez le droit de vous opposer à une utilisation de votre image jugée attentatoire à votre dignité.
Ce que contient réellement un contrat d'acteur
Les contrats signés par les acteurs avec les productions cinématographiques sont encadrés par la convention collective des artistes interprètes, applicable en France, ainsi que par les règles de la SCAM (Société civile des auteurs multimédia) et de l'ADAMI (Société civile pour l'administration des droits des artistes et musiciens interprètes).
Un contrat d'acteur standard inclut généralement :
- La liste des scènes auxquelles le comédien participe, avec une description des conditions de tournage (nudité, transformation physique, cascades, etc.)
- Les territoires et durées de diffusion des droits cédés à la production
- Une clause de confidentialité (NDA) sur le contenu du film avant sa sortie
- Les droits à la rémunération complémentaire en cas de diffusion sur des plateformes secondaires (streaming, VOD, rediffusion TV)
Ce que beaucoup d'acteurs, y compris les plus expérimentés, découvrent après coup : les clauses de "transformation et mise en scène" permettent souvent au réalisateur de demander des changements physiques importants — maquillage de vieillissement, décoloration des cheveux, prise ou perte de poids — sans obligation de compensation spécifique, sauf si cette clause est explicitement négociée.
Droit moral de l'acteur : ce que la loi française protège vraiment
La France est l'un des rares pays à accorder un droit moral fort aux artistes interprètes, distinct du droit d'auteur réservé aux créateurs. Ce droit est reconnu par l'article L. 212-2 du Code de la propriété intellectuelle, qui protège l'intégrité de la prestation de l'acteur.
Concrètement, cela signifie que :
- La production ne peut pas modifier la performance de l'acteur de façon à en dénaturer le sens ou à nuire à sa réputation
- L'acteur peut s'opposer à l'usage de doublures non consenties ou à la manipulation numérique de son image après tournage
- Le deepfake ou la recréation numérique d'un acteur vivant sans son accord explicite est illégale en France, même si la production étrangère en a obtenu le droit dans son pays d'origine
Ce dernier point est d'actualité : plusieurs productions hollywoodiennes ont utilisé des technologies d'IA pour recréer des performances d'acteurs décédés ou pour vieillir numériquement des comédiens. En France, ces pratiques nécessitent un accord contractuel spécifique.
Quand faut-il consulter un avocat avant de signer un contrat de tournage ?
Que vous soyez comédien professionnel, acteur débutant ou figurant régulier, certaines situations justifient de faire relire votre contrat par un avocat spécialisé en droit du spectacle :
- Le contrat prévoit une transformation physique importante (vieillissement, prise de poids, transformation capillaire radicale)
- Des scènes intimes ou sensibles sont prévues, sans "intimacy coordinator" mentionné
- Le contrat comporte une clause de cession mondiale et perpétuelle de vos droits à l'image
- La production utilise des techniques de capture de mouvement ou de CGI impliquant votre visage
- Le contrat ne mentionne pas vos droits à la rémunération sur les diffusions secondaires
Sur ExpertZoom, des avocats spécialisés en droit du spectacle et en droit à l'image sont disponibles pour une consultation. Avant de signer, prenez le temps de faire relire votre contrat — même les stars comme Monica Bellucci découvrent parfois, en plein festival, les limites de ce qu'elles ont cédé.
Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Pour toute situation spécifique, consultez un avocat qualifié en droit du spectacle.

Samir Benzakour