"Roma Elastica" de Mandico à Cannes 2026 : ce que la loi prévoit pour les artistes en fin de carrière

Scène du Théâtre Graslin de Nantes, symbole du spectacle vivant et des droits des artistes

Photo : Groume / Wikimedia

5 min de lecture 21 mai 2026

Le film "Roma Elastica" de Bertrand Mandico a fait son entrée officielle au Festival de Cannes 2026 lors des Séances de Minuit du 21 mai 2026. Ce film franco-italien, porté par Marion Cotillard et Noémie Merlant, raconte l'histoire d'une actrice américaine dont la carrière décline, venue tourner ce qui pourrait être son dernier film de science-fiction à Rome en 1982. Un sujet poignant qui soulève une question concrète : que prévoit la loi française pour les artistes du spectacle en fin de carrière ?

"Roma Elastica" : un film de minuit sur la gloire passée et les droits oubliés

Bertrand Mandico, connu pour son univers fantastique et onirique (Les Garçons sauvages, After Blue), franchit une étape majeure avec "Roma Elastica" : c'est la première fois que son travail est sélectionné dans la sélection officielle du Festival de Cannes. La montée des marches du 20 mai 2026 a réuni une distribution exceptionnelle : aux côtés de Marion Cotillard et Noémie Merlant, le film convoque de véritables icônes du cinéma italien — Franco Nero, Ornella Muti, Isabella Ferrari — dans un hommage aux maîtres du cinéma transalpin.

L'intrigue suit "Eddie", une actrice américaine dont la carrière s'efface. Ce prétexte narratif permet à Mandico d'explorer un territoire rarement investi par le cinéma : la fin de carrière d'une artiste du spectacle, avec tout ce qu'elle implique émotionnellement, professionnellement et juridiquement.

En France, les artistes du spectacle bénéficient d'un régime social unique

La France a construit un régime de protection sociale spécifique pour les professionnels du spectacle : le régime des intermittents du spectacle. Ce système, géré par Pôle Emploi (désormais France Travail), permet aux artistes (acteurs, musiciens, danseurs, techniciens du spectacle) de percevoir des allocations chômage entre leurs contrats, à condition d'avoir travaillé un minimum de 507 heures sur 12 mois.

Ce régime reconnaît la nature discontinue du travail artistique : un acteur peut enchaîner plusieurs films en quelques mois puis ne rien tourner pendant un an. Le régime des intermittents permet de lisser ces aléas.

Mais que se passe-t-il lorsqu'une carrière artistique prend fin — par choix ou par manque de rôles ? Plusieurs situations peuvent se présenter.

La retraite de l'artiste-interprète : un calcul complexe

La retraite d'un artiste professionnel est calculée selon les mêmes principes que pour tout salarié — trimestres cotisés et salaire de référence — mais avec des particularités importantes.

Les acteurs affiliés au GRISS (Groupement des régimes de retraite supplémentaire du spectacle vivant) ou à la CARAC disposent de régimes complémentaires dédiés. Ces régimes accumulent des points à chaque contrat. Un acteur qui a travaillé de façon discontinue pendant 30 ans peut ainsi cumuler des droits à la retraite significatifs, répartis entre le régime général et ces régimes spécifiques.

Le calcul est néanmoins complexe : contrairement à un salarié classique, les revenus d'un artiste peuvent varier considérablement d'une année à l'autre. L'année de référence utilisée pour calculer la retraite peut donc avoir une importance majeure. Un avocat ou un conseiller spécialisé en droit du spectacle peut accompagner un artiste dans cette démarche.

Reconversion professionnelle : quels droits pour les artistes ?

Lorsqu'un artiste décide de se reconvertir — ou se retrouve contraint de le faire par manque de travail — plusieurs dispositifs d'accompagnement existent en France.

Le Compte Personnel de Formation (CPF) est accessible aux artistes du spectacle, y compris les intermittents. Il permet de financer des formations certifiantes pour évoluer vers une autre profession. En 2026, le CPF est alimenté à hauteur de 500 euros par an (800 euros pour les travailleurs peu qualifiés), dans la limite de 5 000 euros.

Le Fond de Formation des Artistes du Spectacle (AFDAS) est l'OPCO dédié aux secteurs du spectacle, de l'audiovisuel et du multimédia. Il finance des formations spécifiques à l'industrie : mise en scène, coaching vocal, direction de production. Pour un acteur souhaitant passer derrière la caméra — comme Bertrand Mandico lui-même, qui a commencé comme comédien — l'AFDAS peut financer une formation en réalisation.

La portabilité des droits à la formation : lorsqu'un artiste en fin de carrière quitte définitivement le spectacle, ses droits CPF restent disponibles pendant cinq ans pour financer sa reconversion.

Les droits patrimoniaux des artistes-interprètes : une rémunération qui dure

Un aspect souvent méconnu du droit français : les artistes-interprètes conservent des droits sur leurs œuvres bien après leur tournage. L'article L. 212-3 du Code de la propriété intellectuelle protège les droits des artistes-interprètes.

Concrètement, un acteur qui a tourné un film dans les années 1990 peut recevoir des droits de diffusion à chaque fois que ce film passe à la télévision, sort en DVD ou est disponible sur une plateforme de streaming. Ces droits sont gérés par l'ADAMI (Société civile pour l'administration des droits des artistes et musiciens interprètes).

Pour des actrices comme Ornella Muti ou Franco Nero — qui participent à "Roma Elastica" en tant qu'icônes du cinéma — ces droits représentent une source de revenus passive significative, même en fin de carrière active. Les artistes moins connus qui n'ont pas adhéré à l'ADAMI risquent cependant de ne jamais percevoir ces sommes, faute de l'avoir déclaré dans les délais.

Quand consulter un avocat spécialisé en droit du spectacle ?

La fin de carrière d'un artiste concentre souvent plusieurs enjeux juridiques simultanés : rupture de contrat avec un agent ou un producteur, calcul de la retraite intermittents, droits de diffusion non perçus, transition vers un autre statut professionnel.

Un avocat spécialisé en droit du spectacle peut vous accompagner pour :

  • vérifier que vous percevez bien l'intégralité de vos droits de diffusion via l'ADAMI ;
  • optimiser le calcul de votre retraite en choisissant la bonne période de référence ;
  • rédiger ou contester une clause de non-concurrence dans un contrat d'artiste ;
  • accompagner une reconversion en changeant de statut (passage au régime général, création d'entreprise).

"Roma Elastica" de Bertrand Mandico met en lumière une réalité que l'industrie du spectacle préfère taire : la fin de carrière artistique est souvent brutale et peu accompagnée. La loi française offre pourtant des protections significatives — à condition de les connaître et de les activer au bon moment.

Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Pour toute situation spécifique, consultez un avocat qualifié en droit du spectacle.

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