Le décret n° 2026-991 du 23 octobre 2026 dispense, pour la campagne 2026 de la politique agricole commune (PAC), les agriculteurs de maintenir une couverture végétale sur les parcelles situées dans une zone reconnue en sécheresse des sols. Cette dérogation à la norme BCAE 6 est limitée à une seule campagne et dépend d'un arrêté ministériel qui délimite les zones concernées, d'après le texte publié sur Légifrance.
La question que se posent les exploitants : suis-je concerné ?
Le décret est court : deux articles. Il ne crée pas de nouvelle obligation, il suspend temporairement une exigence existante. La réponse à « suis-je concerné ? » tient en trois vérifications successives.
Première vérification : êtes-vous bénéficiaire visé ? L'article 1er vise « les bénéficiaires mentionnés à l'article D. 614-44 du code rural et de la pêche maritime », c'est-à-dire les bénéficiaires des aides de la PAC visés par ce code. Vérifiez votre statut auprès de votre conseiller.
Deuxième vérification : quelle campagne ? Le décret ne vaut que « pour la campagne 2026 de la politique agricole commune ». Il ne préjuge en rien de la campagne 2027, pour laquelle la règle de droit commun redevient applicable sauf nouveau texte.
Troisième vérification : où se trouvent vos parcelles ? La dispense ne s'applique que sur les parcelles « situées dans une zone déterminée au regard de l'état de sécheresse des sols, par arrêté du ministre chargé de l'agriculture ». Le décret ne dresse pas lui-même la liste des territoires : tout dépend de cet arrêté.
Ce que dit exactement le texte
Le décret est pris par le Premier ministre, sur le rapport de la ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire. Il s'appuie sur le règlement (UE) 2021/2115 du 2 décembre 2021 relatif aux plans stratégiques de la PAC, et notamment son article 13, paragraphe 2 bis, ainsi que sur les articles D. 614-44 et D. 614-50 du code rural et de la pêche maritime.
Le mécanisme est une dérogation au deuxième alinéa de l'article D. 614-50. Cet alinéa est la règle de droit commun que le décret met de côté pour 2026 : l'obligation de disposer d'une couverture végétale. Dans les zones sèches définies par arrêté, cette obligation ne pèse plus sur les bénéficiaires.
L'article 2 charge la ministre de l'agriculture de l'exécution du décret, publié au Journal officiel de la République française.
Ce que le texte ne dit pas
Un texte court laisse des points ouverts, et il vaut mieux les connaître avant d'agir.
- Les zones ne sont pas listées dans le décret. Elles relèvent d'un arrêté distinct, dont le contenu conditionne toute application concrète.
- Les critères techniques de la sécheresse des sols ne sont pas détaillés dans le décret : il renvoie à la « zone déterminée au regard de l'état de sécheresse des sols ».
- Les modalités déclaratives (comment indiquer dans sa déclaration PAC qu'une parcelle relève de la dérogation) ne figurent pas dans le texte.
- Les autres obligations ne sont pas modifiées par ces deux articles, qui ne visent que la couverture végétale.
Prudence donc : la dispense n'est pas une exonération générale de la norme BCAE 6, seulement de la couverture végétale dans les zones désignées.
Cas concret : une exploitation de 80 hectares, dont 22 en zone sèche
Prenons un exemple illustratif, volontairement chiffré. Une exploitation céréalière compte 80 hectares déclarés à la PAC. Après examen de l'arrêté du ministre chargé de l'agriculture, 22 hectares se trouvent dans une zone déterminée au regard de l'état de sécheresse des sols, et 58 hectares en dehors.
Le raisonnement se déroule ainsi :
- Si une parcelle appartient aux 22 hectares en zone, alors l'exploitant n'est pas tenu d'y disposer d'une couverture végétale pour la campagne 2026.
- Si une parcelle appartient aux 58 hectares hors zone, alors la dérogation ne joue pas : la règle de l'article D. 614-50 continue de s'appliquer normalement.
- Si la zone est modifiée ou précisée par un nouvel arrêté, alors la répartition entre ces deux catégories peut changer, ce qui impose de se référer à la version applicable.
Autrement dit, 27,5 % de la surface de cette exploitation (22 sur 80 hectares) bénéficierait de l'assouplissement, et 72,5 % resterait soumis à la règle habituelle. Le risque pratique serait de généraliser la dispense à toute l'exploitation par erreur : une parcelle hors zone sans couverture végétale pourrait alors être relevée lors d'un contrôle.
Ce chiffrage est une simulation destinée à illustrer la logique du texte ; il ne correspond à aucune exploitation réelle, et la situation de chaque parcelle doit être vérifiée au cas par cas.
Pourquoi un juriste ou un conseiller spécialisé peut aider
Ce décret illustre une difficulté fréquente du droit agricole : une règle nationale (le code rural), un cadre européen (le règlement 2021/2115), et un acte d'application (l'arrêté de zonage) doivent être lus ensemble. Un professionnel du droit rural peut :
- vérifier que vos parcelles figurent bien dans la zone de l'arrêté en vigueur ;
- articuler la dérogation avec votre déclaration PAC et vos engagements existants ;
- anticiper les conséquences d'un contrôle si une parcelle est à la limite de la zone ;
- sécuriser les conséquences de vos choix d'assolement pour la suite de la campagne.
La sécheresse a des effets qui dépassent la seule conditionnalité. Sur les recours liés aux pertes agricoles, voir notre analyse des recours juridiques face à El Niño et à la sécheresse, et sur les aides et l'assurance, celle consacrée au plan CASI dans l'Aisne.
Ce qu'il faut vérifier dès maintenant
Voici une liste de contrôle, sans valeur de conseil juridique personnalisé :
- Retrouver l'arrêté de zonage pris par le ministre chargé de l'agriculture et vérifier la commune de chaque îlot ou parcelle.
- Classer vos parcelles en deux groupes : en zone et hors zone, avec leurs surfaces.
- Relire l'article D. 614-50 du code rural et de la pêche maritime pour mesurer ce que la dérogation remplace exactement.
- Conserver vos justificatifs (plan parcellaire, déclaration PAC, dates de vos interventions) pour pouvoir expliquer vos choix en cas de contrôle.
- Se renseigner auprès de votre direction départementale ou de votre conseiller sur les modalités déclaratives, que le décret ne précise pas.
- Ne pas extrapoler à 2027 : la dérogation est écrite pour la seule campagne 2026.
Un décret court, mais des effets à suivre
Le décret n° 2026-991 ne bouleverse pas la PAC : il offre une souplesse ciblée, géographiquement conditionnée et limitée dans le temps. Sa portée réelle dépendra de l'arrêté qui fixe les zones et des instructions qui accompagneront son application. Ce qui est certain, c'est que le texte oblige à raisonner parcelle par parcelle.
Deux enseignements pratiques en ressortent. D'abord, la lecture d'un décret ne suffit pas : l'arrêté qui l'accompagne fixe le périmètre réel de la dispense, et c'est lui qui fera foi pour chaque parcelle. Ensuite, une dérogation limitée à une campagne appelle une organisation claire des documents, afin de justifier, le moment venu, pourquoi telle parcelle a été traitée d'une manière et telle autre d'une autre. Un échange avec un spécialiste du droit rural, avant de modifier vos pratiques culturales, reste le moyen le plus simple d'éviter une erreur d'interprétation coûteuse sur vos aides.
Cet article présente le contenu d'un texte réglementaire à titre informatif ; il ne constitue pas un conseil juridique. Pour votre situation, consultez un avocat ou un conseiller en droit rural via Expert Zoom.

Odile Karamazov