El Niño 2026 et la sécheresse : les recours juridiques des agriculteurs face aux pertes de récoltes

Agriculteur français examinant la terre craquelée d'une prairie asséchée lors de la sécheresse El Niño 2026
6 min de lecture 7 août 2026

El Niño se confirme pour l'été et l'automne 2026 avec une probabilité de 80 % selon Météo France, et ses premiers effets sur l'agriculture française sont déjà visibles. Soixante-cinq départements sont en situation de crise hydrique, les prairies ont brûlé sur pied dans de nombreuses régions, et les céréaliers redoutent des rendements catastrophiques si la sécheresse se prolonge jusqu'en octobre. Mais face à des pertes qui s'annoncent historiques, un droit méconnu s'applique : le régime des calamités agricoles.

El Niño 2026 : ce que confirme Météo France pour l'agriculture

El Niño, ce phénomène climatique lié au réchauffement des eaux du Pacifique tropical, perturbe les régimes de précipitations et de températures à l'échelle mondiale. Pour la France métropolitaine, son effet direct reste limité, mais il amplifie une tendance déjà engagée : un été 2026 exceptionnellement sec et chaud.

Trois canicules successives, une sécheresse des sols plus marquée qu'en 1976, des restrictions d'eau actives dans la quasi-totalité des départements. Selon le site spécialisé Terre-net, l'événement El Niño devrait atteindre son pic en fin d'année 2026, maintenant une pression durable sur les cultures céréalières, les prairies et les exploitations maraîchères.

Les éleveurs sont en première ligne. Les prairies essentielles à l'alimentation du bétail ont brûlé sur pied dans de nombreuses régions, obligeant les agriculteurs à puiser dans leurs stocks de fourrage hivernal ou à racheter des aliments complémentaires à prix d'or. Pour un éleveur bovin en zone sèche, la facture supplémentaire peut dépasser 15 000 à 30 000 euros sur un seul été.

La réaction des avocats spécialisés en droit rural

Face à cette situation, les avocats spécialisés en droit rural observent une méconnaissance criante des droits disponibles. Beaucoup d'agriculteurs ignorent qu'il existe un cadre légal précis pour indemniser ces pertes — à condition d'agir dans les délais impartis.

Le régime des calamités agricoles, régi par le Code rural et de la pêche maritime, permet une indemnisation des pertes de capital subies par une exploitation à la suite d'un aléa climatique exceptionnel : sécheresse, inondation, grêle, gel. Ce dispositif ne couvre pas les pertes de récolte courantes — prises en charge par l'assurance multirisque climatique —, mais les dommages aux actifs durables : sols, structures, plantations pérennes, clôtures et prairies naturelles.

L'enjeu est considérable. Un agriculteur qui n'engage pas la procédure dans les délais perdra définitivement son droit à indemnisation. Or ces délais varient selon les départements et les arrêtés préfectoraux reconnaissant officiellement la calamité.

Par ailleurs, les prairies assurées ou non peuvent bénéficier d'une indemnité en cas de pertes de rendement supérieures à 30 %. Ce seuil, atteint dès la première coupe manquée lors d'une sécheresse sévère, est souvent ignoré par les exploitants qui pensent que seuls les assurés sont couverts.

Conditions d'éligibilité : ce que dit la loi

Pour bénéficier du régime des calamités agricoles en 2026, plusieurs conditions cumulatives doivent être réunies.

La reconnaissance officielle. La calamité doit être reconnue par arrêté ministériel, sur proposition du préfet, après avis du Comité national de gestion des risques en agriculture (CNGRA). Concrètement, si votre région est sévèrement touchée par la sécheresse, un arrêté peut être pris en cours d'été ou d'automne 2026. Les chambres d'agriculture départementales peuvent initier une demande collective si elle n'a pas encore été déposée.

Le seuil de pertes de capital. Les dommages doivent atteindre au minimum 1 000 euros. Pour les prairies naturelles, la perte de rendement doit dépasser 30 % par rapport à la normale décennale. En cas de sécheresse sévère comme celle de 2026, ce seuil est fréquemment franchi dès juillet.

La souscription préalable à une assurance. Depuis la réforme du régime mise en place en 2023, l'accès au Fonds national de gestion des risques en agriculture (FNGRA) est conditionné à la souscription d'un contrat d'assurance. Un exploitant non assuré reste éligible, mais ses indemnités sont réduites de façon significative — parfois de moitié. C'est un point que de nombreux agriculteurs découvrent trop tard, une fois les délais de dépôt expirés.

Le cas d'un éleveur allaitant en Creuse face à la sécheresse

Prenons le cas concret d'un éleveur allaitant installé en Creuse, département régulièrement touché par les sécheresses estivales. Il exploite 200 hectares de prairies naturelles et un cheptel de 130 vaches allaitantes. En juillet 2026, ses prairies affichent une perte de rendement estimée à 58 % par rapport à la normale décennale — largement au-dessus du seuil des 30 % requis.

Si la calamité agricole est reconnue par arrêté préfectoral pour la Creuse, cet éleveur peut déposer un dossier d'indemnisation auprès de la Direction Départementale des Territoires (DDT). Avec 200 hectares de prairies dépréciées et une perte de capital estimée à environ 600 euros par hectare selon les barèmes CNGRA, le montant brut de ses pertes s'élève à 120 000 euros.

Après application du taux d'indemnisation — compris entre 25 % et 35 % selon le niveau d'assurance souscrit —, il peut espérer recevoir entre 30 000 et 42 000 euros. Ce montant ne couvre pas la totalité des pertes, mais représente une bouée de trésorerie décisive pour financer l'achat de fourrage hivernal et éviter une décapitalisation du cheptel.

Si cet éleveur ignore la procédure, dépasse la date limite de dépôt sans avoir déposé son dossier, ou ne fait pas reconnaître les pertes par une expertise contradictoire, il ne percevra rien. Un avocat spécialisé peut intervenir à deux stades : constituer le dossier initial pour maximiser les éléments probants, ou contester un taux d'indemnisation jugé insuffisant devant le tribunal administratif compétent.

Les producteurs de grandes cultures — blé, maïs, tournesol — ne sont pas logés à la même enseigne : leurs pertes de récolte relèvent de l'assurance multirisque climatique, pas du régime calamités. Mais les dommages aux sols (compaction sévère, érosion) peuvent, eux, ouvrir droit au dispositif calamités, à condition d'être documentés par un expert agronome.

Ce que vous devez faire maintenant

Vérifier si votre département est couvert par un arrêté de reconnaissance. Les arrêtés sont publiés au Journal officiel et relayés par les préfectures et les chambres d'agriculture. Si aucun n'a encore été pris pour votre zone, une démarche collective via votre chambre peut accélérer la procédure préfectorale.

Documenter les pertes sans attendre. Photos datées, relevés de pesées avant et après la sécheresse, factures d'achat de fourrage supplémentaire, rapports vétérinaires sur l'état corporel du cheptel. Chaque pièce renforce le dossier d'indemnisation et facilite le travail de l'expert mandaté par la DDT.

Déposer le dossier dans les délais. Les délais varient selon les arrêtés préfectoraux — en général quelques semaines à quelques mois après la publication. Passé ce délai, aucun recours gracieux ni contentieux ne permet de rouvrir le droit à indemnisation. La procédure officielle est accessible sur le portail Mes Démarches Agriculture du ministère.

Consulter un avocat spécialisé en droit rural si le dossier est complexe. Au-delà du régime calamités, d'autres leviers existent : exonération partielle de cotisations MSA pour les exploitants en difficulté, rééchelonnement de dettes bancaires agricoles, aides PAC spécifiques liées aux aléas climatiques, ou encore activation de clauses de force majeure dans les contrats de vente en cours. Pour d'autres situations similaires d'indemnisation liées aux intempéries, consultez également notre article sur les démarches en cas de vigilance rouge inondations.

Avertissement : cet article est à caractère informatif. Il ne se substitue pas à un conseil juridique personnalisé. En cas de litige ou de dossier complexe, consultez un avocat spécialisé en droit rural.

Les pertes liées à la sécheresse 2026, amplifiées par El Niño, ne sont pas une fatalité juridique. Des dispositifs d'indemnisation existent et sont actionnables — mais uniquement si vous agissez vite et avec les bons éléments de preuve. Retrouvez un avocat spécialisé sur ExpertZoom pour une consultation en ligne adaptée à votre situation.

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