À 34 ans, Xherdan Shaqiri se retrouve à la croisée des chemins. Le capitaine du FC Basel a laissé entendre cet été qu'un départ du club n'était pas à exclure, tout en affirmant vouloir ramener des titres à Bâle. Après 125 sélections avec la Nati, une retraite internationale officielle prononcée en 2024 et des passages à Liverpool, l'Inter Milan, le Bayern Munich, Lyon et Chicago, le milieu offensif suisse incarne une trajectoire que des milliers d'athlètes vivent sans y être préparés : la fin d'une carrière à haut revenu.
Avec une valeur marchande encore estimée à 6,6 millions d'euros en septembre 2026 selon les plateformes spécialisées, et 15 buts en 44 apparitions lors de la saison 2025/26, Shaqiri reste un joueur d'élite. Mais la fenêtre se referme. Et avec elle, les opportunités patrimoniales les plus puissantes.
Ce que révèle la situation de Shaqiri
Le retour de Shaqiri en Suisse — après des années dans les plus grands clubs européens — n'est pas un hasard. La Suisse offre des avantages fiscaux substantiels pour les hauts revenus : régimes cantonaux attractifs, système de prévoyance structuré en trois piliers, et conventions de double imposition avec une soixantaine de pays. Mais ces avantages ne s'activent pas automatiquement.
Un sportif professionnel qui rentre en Suisse sans conseiller patrimonial risque de passer à côté d'économies considérables. Le moment du retour — souvent entre 32 et 36 ans — est précisément la fenêtre critique pour consolider ce qui a été accumulé et préparer l'après-carrière. Selon les données de l'Office fédéral des assurances sociales (OFAS), la rente AVS maximale pour une personne ayant cotisé toute sa vie est d'environ CHF 2'450 par mois en 2026. Pour un sportif qui arrête à 35 ans avec des années de cotisations à l'étranger ou des lacunes de prévoyance, cette rente peut être significativement réduite.
La question que se pose Shaqiri — rester à Basel, partir dans un nouveau club, arrêter complètement — a des implications fiscales très différentes selon la réponse. Chaque option a son propre horizon patrimonial, et chaque année de procrastination a un coût réel et chiffrable.
Trois angles patrimoniaux que les sportifs suisses négligent trop souvent
Du point de vue des experts en gestion de patrimoine, trois instruments sont systématiquement sous-utilisés par les sportifs professionnels en Suisse, même ceux qui gagnent bien leur vie.
Le surlimite LPP, d'abord. La Loi sur la Prévoyance Professionnelle s'applique en Suisse jusqu'à un salaire assuré de CHF 88'200 en 2026. Au-delà, les caisses de pension proposent des solutions de prévoyance enveloppante qui permettent de cotiser davantage à titre volontaire — avec une déductibilité fiscale immédiate. Pour un sportif de Super League gagnant entre CHF 300'000 et CHF 2 millions par an, cette option est l'une des plus puissantes disponibles. Mais elle doit être activée dès la signature du contrat, et pas six mois avant la fin de carrière.
Le pilier 3a régulier, ensuite. Le plafond annuel est de CHF 7'258 pour les salariés en 2026. Ce montant paraît modeste face aux revenus d'un footballeur de haut niveau, mais l'effet de capitalisation sur 10 à 15 ans est significatif. Versé chaque année dès 22 ans, à 3,5% de rendement moyen, CHF 7'258/an génère plus de CHF 120'000 à 37 ans — entièrement déduit du revenu imposable chaque année.
La structuration des actifs post-carrière, enfin. De nombreux sportifs accumulent des liquidités pendant leur carrière, puis ne savent pas où les allouer à la retraite. L'immobilier suisse, les fonds de placement collectifs, ou une participation dans une petite entreprise permettent de générer des revenus passifs après la fin du contrat sportif. Mais chaque option a ses propres implications fiscales cantonales — la consultation d'un expert patrimonial n'est pas un luxe, c'est une décision financière à rendement positif.
Cas concret : le footballeur suisse qui n'a pas anticipé sa fin de carrière
Prenons le cas d'un joueur fictif mais représentatif — appelons-le "Matteo" — qui évolue en Super League suisse de 23 à 34 ans, percevant en moyenne CHF 280'000 nets par an sur 11 ans. Total encaissé sur la période : CHF 3'080'000. Matteo n'a pas activé de surlimite LPP, n'a pas alimenté de pilier 3b, et a maintenu ses économies sur un compte épargne classique à 0,15% d'intérêt.
À 35 ans, Matteo met fin à sa carrière. Voici sa situation patrimoniale à l'âge de la retraite légale (65 ans) :
- Rente AVS estimée (avec lacunes dues aux années de cotisations insuffisantes à l'étranger entre 20 et 23 ans) : CHF 1'950/mois
- Rente LPP (calculée uniquement sur le salaire assuré de CHF 88'200, sans surlimite) : CHF 1'100/mois
- Capital liquide restant (après impôts, dépenses courantes et imprévus sur 30 ans) : CHF 210'000
Total mensuel à 65 ans : environ CHF 3'050/mois, soit moins qu'un salaire médian suisse.
Maintenant, la version "avec planification active" — si Matteo avait activé le surlimite LPP dès 24 ans en cotisant CHF 25'000/an supplémentaires, et alimenté un pilier 3b à hauteur de CHF 15'000/an sur la même période :
- Rente LPP avec surlimite : CHF 2'600-3'200/mois (soit +CHF 1'500 à 2'100/mois)
- Capital pilier 3b capitalisé sur 10 ans à 3,5% : +CHF 178'000
- Économies fiscales cumulées sur la période (déductibilité LPP + 3a) : CHF 85'000-120'000
Si vous êtes sportif professionnel en Suisse et que vous gagnez plus de CHF 150'000 par an, chaque année sans planification patrimoniale vous coûte concrètement entre CHF 25'000 et CHF 70'000 de revenus futurs non constitués.
L'écart entre Matteo "sans planification" et Matteo "avec planification" n'est pas une question de chance ou de talent : c'est une question de décision prise au bon moment.
Ce que Shaqiri nous enseigne, au-delà du terrain
Des situations similaires à celle de Shaqiri ont été analysées pour d'autres sportifs européens. Comme le montrent les trajectoires de joueurs de haut niveau revenus dans leur pays en fin de carrière, le retour au pays est souvent motivé autant par des raisons fiscales et familiales que par des raisons sportives. Basel offre à Shaqiri un environnement fiscal favorable par rapport à ses anciens pays de résidence.
Mais le retour en Suisse n'est qu'une première étape. La véritable question est : qu'est-ce que Shaqiri fait de ce qu'il a accumulé ? Ses revenus de Liverpool seul (estimés entre £3M et £5M annuels sur trois saisons) représentent un capital considérable — si et seulement si il a été géré avec rigueur. Les sportifs suisses de niveau inférieur à Shaqiri sont confrontés au même enjeu, avec des montants moindres mais des marges d'erreur également plus faibles.
La retraite sportive ne ressemble pas à la retraite d'un employé classique. Elle arrive plus tôt, souvent brutalement, sans la progression salariale régulière qui permet d'accumuler progressivement. Elle nécessite une stratégie patrimoniale sur mesure — et pas seulement un compte épargne bien garni.
Comme l'a illustré la trajectoire de Undav, surpris par sa percée tardive dans le football de haut niveau, les revenus exceptionnels liés à la performance sportive peuvent disparaître aussi vite qu'ils sont apparus. Anticiper, c'est se donner le choix.
Que faire si vous approchez d'une fin de carrière à hauts revenus ?
Que vous soyez sportif professionnel, médecin, entrepreneur ou cadre dirigeant, les principes sont identiques : la fenêtre de constitution patrimoniale est limitée dans le temps, et chaque année d'inaction a un coût réel.
Un conseiller en gestion de patrimoine spécialisé peut vous aider à évaluer vos lacunes de prévoyance AVS et LPP, optimiser votre charge fiscale via les instruments du pilier 3 et du surlimite LPP, structurer vos investissements pour générer des revenus passifs après la fin de votre activité principale, et planifier votre succession en Suisse selon votre situation familiale et cantonale.
Sur Expert Zoom, des experts en gestion de patrimoine actifs en Suisse romande et alémanique proposent des consultations personnalisées pour les profils à revenus élevés. Vous n'avez pas besoin de la notoriété de Shaqiri pour bénéficier du même niveau d'accompagnement professionnel — mais vous avez besoin d'agir maintenant.
Note : Cet article présente des informations générales à titre éducatif. Il ne constitue pas un conseil en investissement ou en planification patrimoniale personnalisé. Consultez un conseiller agréé pour toute décision financière.

Isabelle Rey