Dès le 1er mai 2026, les exploitations agricoles et de nombreuses PME suisses doivent passer par un tout nouveau portail numérique — la plateforme Taxas — pour réclamer leur remboursement de l'impôt sur les huiles minérales. Un changement de procédure majeur qui touche quelque 30 000 bénéficiaires en Suisse, pour un flux annuel de 60 à 70 millions de francs redistribués chaque année. Beaucoup de ces entreprises ne savent pas encore qu'elles y ont droit.
Un impôt largement méconnu, et pourtant remboursable
L'impôt sur les huiles minérales (IHM) est une taxe fédérale prélevée sur les carburants et combustibles fossiles — essence, diesel, mazout. En Suisse, tout litre d'essence vendu à la pompe en contient une part importante. Selon l'Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF), ce prélèvement représente plusieurs dizaines de centimes par litre, selon le type de carburant.
Ce que peu de chefs d'entreprise savent : une partie de cet impôt est remboursable pour les utilisations professionnelles non routières. Agriculture, sylviculture, horticulture, pêche professionnelle, exploitation de carrières ou encore travaux de terrassement — tous ces secteurs peuvent réclamer un remboursement auprès de la Confédération, à condition de respecter les délais et la procédure.
Selon l'Union suisse des paysans (USP), les agriculteurs suisses récupèrent en moyenne 1 500 à 2 000 francs par exploitation et par an. Sur l'ensemble des bénéficiaires potentiels, c'est entre 60 et 70 millions de francs qui circulent annuellement — et qu'une partie des ayants droit laisse sur la table par méconnaissance ou par complexité administrative.
La révolution numérique Taxas : ce qui change en 2026
Jusqu'en 2025, la procédure de remboursement se faisait en grande partie par voie papier ou via des outils numériques fragmentés, souvent administrés au niveau cantonal. À partir de 2026, tout passe par Taxas, la nouvelle plateforme en ligne de l'OFDF, accessible via le portail fédéral ePortal avec un CH-Login.
Le changement est structurel :
- Enregistrement unique et centralisé : chaque exploitant s'inscrit une fois sur Taxas, lie son exploitation à son numéro d'identification agricole, puis soumet ses demandes chaque année entre le 1er mai et le 30 juin.
- Délais 2026 ajustés : la première inscription devait être finalisée avant le 30 juin 2026. Pour ceux ayant commencé sans terminer, la Confédération a accordé une extension jusqu'au 31 août 2026.
- Calcul forfaitaire sur surfaces : le remboursement ne repose pas sur les factures de carburant effectives, mais sur les surfaces exploitées et le type de culture déclarés dans le système.
Cette logique forfaitaire simplifie la comptabilité, mais crée un risque réel : si un exploitant déclare des surfaces inexactes — en omettant une parcelle nouvellement acquise, ou en ne mettant pas à jour ses cultures — le remboursement est recalculé à la baisse, voire fait l'objet d'une rectification ultérieure.
Ce qui change dans le calcul en 2026 : le ratio diesel/essence
Outre la numérisation, 2026 apporte une modification du taux de répartition fixe entre essence et diesel, élément central du calcul du remboursement.
Avant 2026, le ratio théorique supposait une utilisation mixte essence/diesel. Désormais, la répartition est fixée à 10 % d'essence et 90 % de diesel, reflétant la réalité des exploitations modernes, massivement équipées en moteurs diesel.
En pratique, ce rééquilibrage entraîne une légère baisse : selon l'USP, chaque exploitation perd en moyenne 26 francs par an par rapport à l'ancien barème. Un montant modeste individuellement, mais qui souligne l'importance de suivre l'évolution des paramètres réglementaires — et de vérifier que ses données déclarées restent conformes chaque année.
Cas concret : une exploitation vaudoise face au nouveau portail Taxas
Prenons le cas d'une entreprise horticole de 15 hectares dans la région de Morges (VD), active depuis plus de dix ans dans la production de fleurs et légumes sous serres et en plein champ. Son gérant récupérait en moyenne 1 800 CHF par an via la procédure papier de remboursement IHM.
En 2026, la donne change radicalement :
Avant la migration Taxas : le gérant envoyait chaque année un formulaire papier avec ses relevés de surface et ses codes de culture. La réponse arrivait six à huit semaines plus tard par courrier postal.
Avec Taxas en 2026 : il doit d'abord créer un CH-Login via Agate, s'enregistrer sur ePortal, puis lier son exploitation à Taxas. Lors de la saisie, il constate que 1,2 hectare de serres nouvelles construites en 2025 ne sont pas encore enregistrées dans les données cadastrales fédérales — le système refuse la soumission tant que les données ne sont pas corrigées.
Si le gérant n'avait pas complété l'enregistrement avant le 31 août 2026 (délai extended), il perdait son droit au remboursement pour l'exercice 2026 — soit 1 800 CHF nets non récupérables, sans aucune possibilité de régularisation a posteriori.
Si, au contraire, il avait fait appel à un conseiller en gestion de patrimoine ou à un fiscaliste pour anticiper la migration numérique, vérifier la cohérence de ses données surfaces et effectuer l'enregistrement dans les délais, il sécurisait non seulement le remboursement 2026 mais constituait aussi un dossier à jour pour les années suivantes.
Ce type de situation — perdre 1 800 CHF pour un problème de délai ou d'identifiant numérique — est précisément ce qu'un expert fiscal peut prévenir, souvent pour un coût de consultation bien inférieur au montant en jeu.
Qui d'autre peut en bénéficier ? Les secteurs souvent oubliés
L'impôt sur les huiles minérales est largement associé à l'agriculture, mais d'autres secteurs professionnels ont droit au remboursement pour leur usage non routier :
- Entreprises forestières : tronçonneuses, abatteuses, débardeurs fonctionnent au diesel hors route — éligibles.
- Paysagistes et jardiniers professionnels : tondeuses industrielles, souffleurs, compacteurs — consommation significative éligible.
- Génie civil et terrassement : pelleteuses, bulldozers, rouleaux compresseurs utilisent du gasoil non routier remboursable.
- Pêcheurs professionnels : navigation professionnelle en eaux intérieures partiellement éligible.
Dans tous ces cas, le passage à Taxas implique une démarche proactive. Les entreprises qui gèrent plusieurs sites ou plusieurs types d'activités éligibles font face à une complexité croissante. Un accompagnement en gestion de patrimoine ou en fiscalité d'entreprise permet de cartographier les sources de consommation remboursable, vérifier la conformité des déclarations et maximiser le montant récupéré chaque année.
C'est aussi une question de gouvernance fiscale : dans un contexte où la réforme de l'imposition individuelle pour les couples mariés en Suisse redessine les obligations déclaratives, les PME ont tout intérêt à consolider leur veille sur les dispositifs fédéraux existants — dont certains, comme le remboursement IHM, restent structurellement sous-exploités.
Les démarches clés pour ne pas rater ce remboursement
Pour les exercices 2026 et suivants, voici la chronologie à respecter :
- Créer un CH-Login sur ePortal.admin.ch (si ce n'est pas encore fait)
- S'enregistrer sur Taxas en liant l'exploitation ou l'entreprise à l'identifiant fédéral
- Préparer les données : surfaces, cultures, ou justificatifs d'usage non routier selon le secteur
- Soumettre la demande entre le 1er mai et le 30 juin de chaque année
- Archiver les confirmations Taxas pour le suivi comptable et en cas de contrôle
Pour 2026 spécifiquement : si vous n'avez pas encore finalisé votre enregistrement, la fenêtre est ouverte jusqu'au 31 août 2026 — à condition d'avoir amorcé le processus avant le 30 juin. Passé cette date, aucune dérogation supplémentaire n'est prévue.
Les montants en jeu — 1 500 à 2 000 CHF par exploitation agricole, potentiellement plus pour les entreprises de génie civil ou de sylviculture avec une forte consommation — justifient pleinement un audit fiscal préventif. Un expert en gestion de patrimoine peut non seulement identifier les montants récupérables sur plusieurs exercices, mais aussi accompagner la migration vers Taxas pour éviter les erreurs de paramétrage qui entraînent des pertes définitives.
Note : Les informations fiscales de cet article sont fournies à titre informatif et ne constituent pas un conseil fiscal ou juridique personnalisé. Les délais et conditions mentionnés sont ceux en vigueur en 2026 selon les sources officielles de l'OFDF ; consultez un expert qualifié pour votre situation spécifique.

Laurent Rousseau