Le 8 mars 2026, les Suisses ont approuvé à 54,2 % la réforme de l'imposition individuelle des couples mariés, mettant fin à la pénalisation fiscale du mariage qui durait depuis des décennies. Portée par la conseillère fédérale aux finances Karin Keller-Sutter, cette votation marque un tournant majeur pour des centaines de milliers de ménages helvétiques.
Qu'est-ce qui change concrètement ?
Actuellement, deux époux qui travaillent paient davantage d'impôts qu'un couple non marié à revenus équivalents. Ce phénomène, connu sous le nom de « pénalité du mariage », touche particulièrement les couples à double revenu où les deux conjoints exercent une activité professionnelle.
Avec la réforme acceptée, chaque époux déposera désormais sa propre déclaration fiscale, selon le même barème que les célibataires. En parallèle, la déduction pour enfants en matière d'impôt fédéral direct passera de 6 800 à 12 000 francs par enfant, afin de protéger les familles contre une hausse inattendue de leur charge fiscale.
La mise en vigueur est prévue au plus tard en 2032. D'ici là, les couples mariés continuent d'être imposés selon les règles actuelles — il est donc inutile de paniquer ni d'agir dans la précipitation.
Qui va vraiment bénéficier de cette réforme ?
Selon les estimations du Département fédéral des finances, les principaux gagnants sont les couples à double revenu où les deux partenaires gagnent des salaires comparables. Prenons un exemple concret : un couple marié où chacun perçoit 70 000 francs annuels pourrait économiser plusieurs milliers de francs d'impôt fédéral direct par an une fois la réforme pleinement entrée en vigueur.
En revanche, les couples où un seul conjoint travaille risquent de voir leur situation peu ou pas modifiée, voire légèrement défavorisée selon les cantons. En effet, les cantons conservent leurs propres règles fiscales et ne sont pas tous tenus de suivre immédiatement la réforme fédérale au même rythme.
C'est précisément ce point — la divergence entre fiscalité fédérale et cantonale — qui rend la situation complexe pour beaucoup de ménages. Ce que vous économisez sur l'impôt fédéral direct peut être partiellement compensé ou amplifié par votre canton de résidence.
Les pièges à éviter d'ici 2032
La période de transition crée des zones d'ombre que de nombreux couples ne maîtrisent pas. Voici les principaux points d'attention :
Les revenus du patrimoine et du capital. Sous l'imposition individuelle, les revenus du 3e pilier, les dividendes et les gains immobiliers devront être correctement attribués à l'un ou l'autre conjoint. Une mauvaise répartition peut entraîner des redressements fiscaux.
La retraite et le retrait anticipé du 3e pilier. Karin Keller-Sutter a également annoncé une révision de la fiscalité des retraits de la caisse de pension et du 3e pilier, avec une taxation rehaussée visant à générer 190 millions de francs supplémentaires. Ceux qui envisagent un retrait anticipé feraient bien d'anticiper.
Le rachat de lacunes LPP. Pour les indépendants et les personnes ayant des interruptions de carrière, les rachats dans la prévoyance professionnelle restent fiscalement avantageux — mais leur optimisation doit être pensée en tenant compte de la nouvelle structure d'imposition individuelle.
Les couples non mariés. Paradoxalement, certains couples qui vivaient en concubinage pour bénéficier d'un avantage fiscal pourraient reconsidérer le mariage une fois la réforme en vigueur. Ce choix mérite d'être analysé avec soin.
Ce que vous devriez faire dès maintenant
La réforme n'entrera pas en vigueur avant 2032, mais certaines décisions financières prises aujourd'hui auront des conséquences durables. Voici les étapes recommandées :
Faites un bilan de votre situation actuelle. Calculez votre charge fiscale actuelle en couple, puis simulez ce qu'elle serait sous l'imposition individuelle. Des outils de calcul sont disponibles sur le site de l'Administration fédérale des contributions.
Anticipez la répartition de vos actifs. Si votre couple possède des biens immobiliers, des titres ou des avoirs en caisse de pension, il est judicieux de clarifier maintenant comment ces revenus seront attribués à terme.
Consultez un conseiller en gestion de patrimoine. La fiscalité suisse est réputée pour sa complexité, amplifiée par les 26 régimes cantonaux. Un professionnel peut vous accompagner pour optimiser votre situation sur le long terme, qu'il s'agisse de planifier votre retraite, de gérer votre prévoyance ou de structurer vos revenus.
Un enjeu particulier pour les familles avec enfants
La hausse de la déduction pour enfants à 12 000 francs est une mesure de compensation, mais elle ne profite qu'à hauteur de la tranche fédérale. Pour les familles nombreuses résidant dans des cantons à fiscalité élevée, l'impact réel dépendra des ajustements cantonaux — qui ne sont pas encore tous définis.
Les familles avec un parent qui travaille à temps partiel pour s'occuper des enfants sont particulièrement exposées. Leur revenu individuel étant plus faible, elles pourraient perdre le bénéfice des déductions liées au splitting marital sans gagner suffisamment sur l'individualisation. Un examen cas par cas s'impose.
Une réforme historique, mais un calendrier long
La pénalité du mariage touchait environ 700 000 couples en Suisse, selon les estimations du Conseil fédéral. Son abolition représente une avancée majeure pour l'égalité fiscale entre les ménages. Karin Keller-Sutter a salué ce vote comme « un signal fort pour l'équité et l'indépendance économique des femmes ».
Mais avec un délai d'application jusqu'en 2032, les détails de mise en œuvre — notamment les règles cantonales — ne sont pas encore finalisés. Les contribuables ont du temps pour se préparer, mais ceux qui attendent la dernière minute risquent de manquer des opportunités d'optimisation.
Note : cet article a une portée informative générale. Pour toute décision fiscale ou patrimoniale, consultez un professionnel qualifié en gestion de patrimoine ou un fiduciaire agréé en Suisse.
Pour comprendre l'impact précis de cette réforme sur votre situation personnelle, consultez un conseiller en gestion de patrimoine. Ces professionnels maîtrisent les spécificités de la fiscalité helvétique et peuvent vous aider à anticiper les changements à venir. À titre d'exemple, la réforme de la 13e rente AVS adoptée en 2024 a déjà modifié les stratégies de planification retraite — la réforme de l'imposition individuelle ajoute une nouvelle couche à cette planification.
Vous pouvez également consulter les informations officielles sur la réforme sur le site de l'Administration fédérale des contributions, qui publie régulièrement des mises à jour sur la mise en œuvre de l'imposition individuelle.
