Chaque fin d'été en Suisse, des dizaines de milliers de voyageurs prennent place à bord d'un reisebus — un autocar longue distance — pour rejoindre une destination de vacances, participer à une excursion en groupe ou rentrer d'un séjour linguistique. Ce que la plupart ignorent : rester assis plus de quatre heures dans un fauteuil de bus multiplie par deux à trois le risque de thrombose veineuse profonde, selon l'Organisation mondiale de la santé. En cette rentrée de septembre 2026, les voyages en autocar connaissent une forte demande en Suisse — et avec eux, un risque sanitaire largement sous-estimé.
Pourquoi le reisebus est plus dangereux que l'avion pour vos veines
La thrombose veineuse profonde (TVP) survient lorsqu'un caillot de sang se forme dans une veine profonde, le plus souvent dans le mollet ou la cuisse. On l'associe instinctivement aux vols transatlantiques, mais le mécanisme est identique dans tout véhicule où la mobilité est contrainte : la stase veineuse — le ralentissement du flux sanguin dans les membres inférieurs — favorise la formation de caillots lorsque la position assise se prolonge.
La différence avec l'avion ? L'espace en cabine économique est réduit, certes, mais les compagnies aériennes distribuent des fiches de prévention et les passagers sont informés du risque. Dans un autocar, la prévention est quasi inexistante. Un reisebus typique entre Zurich et Rome dure entre neuf et onze heures, avec des arrêts espacés de deux à trois heures. L'espace entre les sièges ne permet pas toujours d'étendre les jambes complètement, et les passagers ne pensent pas systématiquement à bouger — ils dorment, regardent un film ou lisent.
Résultat : la circulation dans les membres inférieurs est entravée bien au-delà du seuil critique de quatre heures identifié par la médecine du voyage.
Les profils les plus exposés à bord d'un autocar
Tout le monde n'est pas égal face à ce risque. Selon la Fondation Suisse de Cardiologie, les facteurs de risque individuels peuvent transformer un voyage banal en véritable danger vasculaire :
- L'âge de plus de 60 ans : la paroi veineuse perd en élasticité et le flux sanguin ralentit naturellement avec l'âge
- La grossesse et la contraception hormonale : les œstrogènes augmentent la coagulabilité sanguine, ce qui accroît le risque de formation d'un caillot
- Un indice de masse corporelle supérieur à 30 : la pression exercée sur les veines fémorales est mécaniquement plus élevée
- Des antécédents de varices, de phlébite ou de thrombose : les valvules veineuses endommagées ne favorisent plus un retour veineux efficace
- Une chirurgie récente de moins de trois mois : l'immobilisation postopératoire a déjà activé les mécanismes de coagulation, qui restent en état d'alerte
Pour une personne jeune et en bonne santé, sans aucun facteur de risque, le danger reste statistiquement faible — environ 1 cas pour 6 000 voyageurs sur un long trajet. Mais dès qu'une personne cumule deux facteurs ou plus, ce ratio peut passer à 1 pour 600. Ce n'est plus une anecdote : c'est un risque réel, gérable, mais qui nécessite une préparation.
Reconnaître les signes d'alarme — pendant et après le trajet
Le caractère insidieux de la thrombose du voyageur, c'est qu'elle peut se manifester non pas à bord, mais dans les sept à quatorze jours qui suivent le retour. C'est pourquoi beaucoup de voyageurs ne font pas le lien entre leur autocar de la semaine précédente et les douleurs dans leur jambe.
Pendant le trajet, soyez attentif à :
- Une douleur persistante dans le mollet, ressemblant à une crampe qui ne passe pas après quelques étirements
- Une sensation de chaleur, de tension ou de lourdeur dans une seule jambe
- Un gonflement visible d'un pied ou d'une cheville par rapport à l'autre
Dans les jours suivant le voyage :
- Un gonflement unilatéral de la jambe, du pied ou du genou
- Une peau rouge, luisante ou chaude au toucher sur la zone gonflée
- Un essoufflement soudain, une douleur thoracique ou une toux inexpliquée — ces trois signes réunis constituent une urgence absolue : ils peuvent indiquer une embolie pulmonaire, une complication potentiellement mortelle de la TVP
Face à l'un de ces symptômes, une règle : ne pas attendre. Appeler le 144 (numéro d'urgence en Suisse) ou se rendre immédiatement aux urgences. Chaque heure compte.
Vous pouvez également consulter cet article sur les risques médicaux lors de transports longue distance en Suisse pour mieux comprendre comment les incidents vasculaires surviennent lors de voyages prolongés.
Le cas de Martin, 64 ans, voyage Berne–Madrid en autocar : deux scénarios
Voici une situation composite représentative de ce que vivent des milliers de Suisses chaque année.
Martin, 64 ans, retraité bernois, part en excursion organisée de neuf jours en Espagne avec un groupe de son club de randonnée. Le trajet aller se fait en reisebus depuis Berne jusqu'à Madrid : dix heures avec deux arrêts de vingt minutes. Martin présente des varices modérées aux deux jambes depuis ses 58 ans et prend un traitement antihypertenseur. Deux facteurs de risque clairement identifiés.
Il ne porte pas de bas de contention. Son médecin généraliste ne lui en a pas parlé lors de sa consultation de contrôle, car Martin n'a pas mentionné le voyage en autocar.
Scénario A — sans consultation préalable : au troisième jour de séjour à Madrid, Martin ressent une douleur dans le mollet gauche, qu'il attribue à la marche dans les rues pavées. Il attend. Le cinquième jour, sa jambe est visiblement gonflée. Il consulte aux urgences locales. Diagnostic : thrombose veineuse profonde du membre inférieur gauche. Hospitalisation de deux jours en Espagne, rapatriement médicalisé nécessaire, traitement anticoagulant de six mois minimum. Coût total estimé : entre 12 000 et 20 000 CHF selon l'étendue de la couverture de son assurance-maladie complémentaire. Le séjour est écourtée. La qualité de vie des mois suivants est impactée.
Scénario B — avec consultation médicale avant le départ : Martin mentionne son voyage en autocar lors de son rendez-vous de contrôle annuel. Son médecin identifie les deux facteurs de risque (varices + âge > 60 ans) et lui prescrit des bas de contention médicaux de classe 2 (pression 20–30 mmHg) ainsi qu'une seule injection d'héparine à bas poids moléculaire le soir du départ, à titre préventif. Coût total de la prévention : environ 60 CHF (bas de contention) + 15 CHF (injection préventive). Le trajet se passe sans incident. Martin profite pleinement de son voyage.
La règle du si/alors : si vous présentez deux facteurs de risque ou plus et si votre trajet en autocar dépasse six heures, alors une consultation médicale préventive peut réduire votre risque de 50 à 70 %, selon les données de la Fondation Suisse de Cardiologie. C'est une dépense médicale couverte par la LAMal, sous réserve de votre franchise.
Ce que vous pouvez faire avant de monter à bord
La prévention de la thrombose du voyageur est à la fois simple et très efficace lorsqu'elle est appliquée correctement.
Pour tous les passagers (trajet > 4 heures) :
- S'hydrater régulièrement pendant le trajet (eau plate, éviter l'alcool et le café en excès, qui déshydratent et épaississent le sang)
- Effectuer des exercices de flexion des chevilles — monter et descendre alternativement la pointe et le talon — toutes les trente à quarante-cinq minutes, sans quitter son siège
- Se lever et marcher dans l'allée à chaque arrêt, au minimum cinq à dix minutes
- Éviter de croiser les jambes pendant la position assise, ce qui comprime les veines poplitées
Pour les personnes à risque (un facteur ou plus) :
- Porter des bas de contention médicaux de classe 1 ou 2, disponibles en pharmacie suisse sans ordonnance entre 30 et 80 CHF selon le modèle
- Consulter un médecin généraliste ou un spécialiste en médecine interne avant le départ pour évaluer si une anticoagulation préventive est justifiée
- Signaler tout symptôme suspect au guide de voyage ou au chauffeur en cours de trajet — ne jamais minimiser une douleur unilatérale dans la jambe
Un détail souvent ignoré : les bas de contention doivent être enfilés le matin du départ, avant de se lever du lit, et non dans le bus. En position assise avec les jambes déjà gonflées, la compression est beaucoup moins efficace.
Quand et comment consulter un expert en Suisse
Une consultation préventive avant un long voyage en autocar entre dans le cadre d'une consultation de médecine du voyage ou de médecine interne. En Suisse, elle est prise en charge par l'assurance-maladie de base (LAMal) lorsqu'elle est motivée par des facteurs de risque identifiés.
Si vous avez un trajet en reisebus de plus de cinq heures planifié et que vous présentez au moins un facteur de risque — âge avancé, varices, contraception hormonale, grossesse, surpoids, chirurgie récente, ou antécédent de thrombose — prenez rendez-vous avec votre médecin traitant deux à trois semaines avant le départ. Ce délai est nécessaire pour, si besoin, commander les bas de contention à votre taille et obtenir une éventuelle prescription préventive.
Un médecin ou un spécialiste disponible sur ExpertZoom peut évaluer votre profil de risque individuel, vous recommander l'équipement adapté et, si nécessaire, vous orienter vers un bilan vasculaire complémentaire. Une consultation de quelques minutes peut éviter une complication sérieuse — voire vous sauver la vie.
Avertissement YMYL : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. En présence de symptômes — douleur unilatérale dans la jambe, gonflement, difficultés respiratoires — consultez immédiatement un médecin ou appelez le 144.

Céline Berger