Le 9 septembre 2026, Karen Khachanov s'est qualifié pour les demi-finales de l'US Open après l'abandon d'Alexander Blockx en cours de quart de finale — score final 6-2, 7-5, 3-2 (ret.). Le Belge de 21 ans, révélation du tournoi, a dû cesser de jouer en raison de douleurs intenses aux côtes, au dos et à la jambe contractées lors de son match précédent. Une scène familière dans le tennis professionnel qui soulève une question cruciale pour tout sportif suisse lié à un contrat : que dit la loi lorsqu'un athlète doit renoncer en cours de compétition ?
Ce qui s'est passé à New York
Alexander Blockx vivait le meilleur Grand Chelem de sa carrière. Jamais un joueur belge n'était allé aussi loin à l'US Open. Mais ses blessures accumulées — notamment aux côtes lors de sa victoire au tour précédent face à Francisco Cerundolo — ont finalement eu raison de lui. À 3-2 dans le troisième set, il a levé les bras : abandon médical.
Pour Karen Khachanov, 30 ans, c'est sa troisième demi-finale en Grand Chelem — la première depuis trois ans. Pour Blockx, c'est un arrêt brutal aux conséquences potentiellement lourdes : prize money réduits par rapport à une demi-finale, points de classement amputés, et questions en suspens sur ses engagements envers ses sponsors.
Dans le circuit ATP, les règles sont précises. Le joueur qui abandonne perçoit les prize money correspondant au dernier tour officiellement complété — pour un quart de finaliste en 2026, environ 280 000 USD selon les données ATP publiées par Tennis Majors. Khachanov, lui, reçoit les prize money de demi-finaliste, estimés à 600 000 USD. Mais hors du circuit professionnel, dans le monde du sport amateur ou semi-professionnel suisse, les règles sont souvent bien moins lisibles.
Qu'est-ce qu'un abandon déclenche juridiquement en Suisse ?
La réponse dépend de trois paramètres : le type de contrat signé, la nature de l'abandon, et l'affiliation du sportif à sa fédération nationale.
Le Code des obligations (CO) s'applique en premier. Selon l'article 119 CO, « la dette s'éteint lorsque l'exécution en devient impossible par suite de circonstances non imputables au débiteur ». En clair : si la blessure est soudaine, objectivement imprévue et non due à une négligence de l'athlète, les obligations contractuelles envers un sponsor sont éteintes. L'athlète ne rembourse rien.
Les règlements des fédérations nationales s'appliquent en parallèle. Swiss Olympic, Swiss Tennis ou Swiss Athletics intègrent tous des dispositions sur les abandons dans leurs règlements compétitifs. Ces règles déterminent le statut dans la compétition — mais elles ne régissent pas les relations financières entre un sportif et son sponsor, qui restent soumises au CO.
La combinaison de ces deux sources détermine ce que vous pouvez légalement revendiquer — ou ce que vous devrez démontrer si un sponsor conteste votre abandon.
Sponsoring et blessure : trois scénarios et leurs conséquences
La réponse juridique varie fondamentalement selon la nature de l'abandon.
Scénario 1 — Blessure soudaine et imprévue. C'est le cas de Blockx : douleurs cumulées, abandon médical attesté. Les tribunaux suisses appliquent la doctrine de la force majeure. Les avances déjà versées par le sponsor restent acquises ; les bonus de résultat (prime pour une place en demi-finale, par exemple) ne sont pas dus. Aucun remboursement n'est exigible.
Scénario 2 — Abandon non médical ou stratégique. Si le sponsor peut démontrer que l'abandon résulte d'un choix tactique — préserver sa condition physique pour le tournoi suivant, protéger un classement — certaines clauses contractuelles permettent de réclamer une indemnité compensatoire pour perte de visibilité. Rare dans le sport amateur, mais documenté dans le sport professionnel.
Scénario 3 — Surentraînement prévisible. Si l'athlète présentait des signes documentés de fatigue chronique avant la compétition et que son entourage le savait, certains contrats sophistiqués prévoient une obligation de diligence physique. Sans clause explicite, ce recours est quasi-impossible à faire valoir devant un tribunal suisse.
Dans les trois cas, la différence se joue souvent sur une seule clause : obligation de moyen contre obligation de résultat. Pour voir comment ces contrats sont typiquement rédigés dans le tennis suisse, consultez notre analyse des contrats de droit sportif en Suisse.
Cas concret : votre fils de 16 ans abandonne le championnat suisse junior
Prenons la situation d'un jeune tenniseur de 16 ans, domicilié à Lausanne, qui participe au Championnat suisse junior en août 2026. Il a signé un contrat de parrainage de 8 000 CHF avec un équipementier régional, avec une prime de résultat de 2 500 CHF s'il atteint la demi-finale. Avant le tournoi, il a perçu une avance de 5 500 CHF.
Au troisième tour, il souffre d'une élongation du tendon d'Achille attestée par le médecin de compétition et doit abandonner. Voici ce qui se passe dans les semaines suivantes.
Si le contrat contient une clause de force majeure standard : L'avance de 5 500 CHF déjà versée reste entièrement acquise — les matchs joués ont généré de la visibilité pour le sponsor. La prime de 2 500 CHF n'est pas due, car la condition suspensive (atteindre la demi-finale) ne s'est pas réalisée. Aucun remboursement ne peut être réclamé.
Si le contrat prévoit une obligation de résultat sans clause d'exemption : L'équipementier peut théoriquement invoquer un manquement contractuel partiel. En pratique, pour un montant de moins de 10 000 CHF et face à un certificat médical solide, les tribunaux suisses accordent peu de poids à ces réclamations.
Du côté de l'assurance accidents : Swiss Tennis impose à tous ses membres une couverture accidents lors des compétitions officielles. Selon les conditions générales en vigueur en 2026, les frais médicaux sont pris en charge jusqu'à 50 000 CHF. Une incapacité sportive temporaire (plus de 3 jours sans pouvoir s'entraîner) peut ouvrir droit à des indemnités journalières allant de 40 à 80 CHF/jour selon l'âge et le statut du compétiteur.
La règle d'or : si la blessure est certifiée médicalement, si le contrat ne contient pas de clause d'obligation de résultat atypique, et si le jeune athlète est affilié à Swiss Tennis, l'abandon est financièrement neutre pour la famille. C'est précisément pourquoi tout contrat supérieur à 5 000 CHF mérite une lecture juridique préalable.
Et les prize money de Khachanov : comment ça se passe fiscalement ?
Pour Khachanov, le gain par forfait est un gain plein et entier : 600 000 USD de prize money de demi-finale, plus les points de classement ATP complets. Il ne subit aucune restriction pour les tours suivants.
Dans le contexte suisse, les prize money perçus lors de compétitions à l'étranger par un résident helvétique sont imposables selon les règles ordinaires du revenu du travail indépendant — avec possibilité de déduire les frais de compétition, de préparation et d'équipement. Notre article sur les revenus du tennisman professionnel et leur fiscalité en Suisse détaille les mécanismes applicables.
Pour un compétiteur amateur suisse qui remporte un walk-over, le règlement local peut varier. Certaines fédérations exigent qu'au moins un set soit complété pour déclencher le versement de la dotation. Un walk-over avant le premier point ne donne parfois droit qu'au remboursement des frais d'inscription. Vérifiez le règlement de votre fédération avant toute compétition importante.
Ce que vous devriez vérifier avant la prochaine saison
L'abandon de Blockx est un rappel que même les athlètes les plus solides peuvent être stoppés net par leur propre corps. Pour tout sportif suisse lié à un contrat, trois questions s'imposent avant chaque saison :
- Votre contrat prévoit-il une clause de force majeure explicite ? Sans elle, vous devrez démontrer en justice que votre blessure était imprévisible — un fardeau probatoire non négligeable.
- Êtes-vous affilié à votre fédération nationale et à jour de cotisation ? L'assurance accidents fédérale ne s'applique qu'aux membres en règle lors des compétitions officielles.
- Votre contrat distingue-t-il obligation de moyen et obligation de résultat ? C'est la distinction la plus déterminante en cas de litige avec un sponsor.
Si votre situation implique un contrat supérieur à 5 000 CHF, une compétition internationale, ou un employeur sportif — club, académie, fédération cantonale — un avocat spécialisé en droit sportif suisse peut analyser vos clauses en quelques heures, bien avant que le problème ne survienne sur le court.
Avertissement : cet article a une valeur informative générale et ne constitue pas un conseil juridique. Chaque situation dépend des clauses contractuelles spécifiques et des circonstances factuelles. Consultez un professionnel qualifié pour votre cas particulier.

Juliette Mottet