À quelques semaines de Roland Garros 2026, Alexander Zverev a pris la parole à Rome pour critiquer ouvertement la distribution des prize money dans les Grands Chelems. Le numéro trois mondial, pressenti comme deuxième tête de série à Paris, a confirmé que les joueurs de l'élite ne touchent que 15 % des revenus générés par les tournois majeurs — contre près de 50 % dans d'autres sports professionnels. Une polémique qui soulève une question concrète : que reste-t-il réellement dans la poche d'un tennisman après tournoi, frais, agents et impôts ?
Ce que Zverev a dit — et pourquoi ça compte
Après sa défaite en finale du Masters de Madrid face à Jannik Sinner (6-1, 6-2, sa neuvième défaite consécutive contre l'Italien en circuit officiel), Zverev a signé le document collectif des joueurs dénonçant la structure des prize money dans les Grands Chelems. Interrogé sur une éventuelle grève ou boycott, il a déclaré : "Nous n'en avons pas parlé." Mais les chiffres qu'il avance sont parlants.
Roland Garros générait en 2025 plus de 400 millions d'euros de revenus bruts. Si les joueurs touchaient 50 % comme dans d'autres ligues, le prize money total serait deux à trois fois supérieur à ce qu'il est actuellement. La part actuelle des joueurs reste, selon les représentants de l'ATP et de la WTA, structurellement inférieure à celle des ligues nord-américaines de basketball ou de football américain.
Les prize money de Roland Garros 2026 seront officiellement publiés sur le site officiel de Roland Garros dès l'ouverture du tournoi, prévu fin mai.
Ce que gagne réellement un tennisman de l'élite
Les chiffres bruts peuvent induire en erreur. Prenons le cas type d'un joueur classé entre 10 et 30 mondial, qui atteint régulièrement les quarts de finale des Grands Chelems et les finales des Masters 1000.
Revenus bruts annuels estimés :
- Prize money tournois : 2 à 4 millions de dollars/an
- Partenariats et contrats d'image : 500'000 à 3 millions de dollars/an selon la notoriété
- Primes de performance de la fédération nationale (bonus de classement) : variable
Ce qui en reste réellement :
- Agent ou manager : 10 à 15 % sur les revenus de tournoi et d'image
- Coach(es), préparateur physique, staff médical : 300'000 à 600'000 dollars/an
- Frais de déplacement (avions, hôtels, logistique sur le circuit) : 200'000 à 400'000 dollars/an
- Impôts sur le revenu : variable selon le pays de résidence fiscale
Un tennisman classé dans le top 30 mondial dispose souvent d'un revenu net inférieur de 40 à 60 % à ce que laissent supposer les prize money affichés. La gestion de ces flux requiert une expertise patrimoniale spécifique — comme l'illustre l'analyse sur les revenus d'Arthur Fils et la gestion du patrimoine des tennisman.
La fiscalité des prize money en Suisse : ce que les joueurs paient vraiment
La Suisse est un pays de résidence prisé des sportifs professionnels — notamment pour son forfait fiscal ou ses taux d'imposition cantonaux compétitifs. Mais la réalité est plus nuancée qu'il n'y paraît.
Pour un résident fiscal suisse jouant à Roland Garros, les prize money perçus en France sont imposables à la source en France (taux forfaitaire applicable aux non-résidents), puis déclarés en Suisse selon la convention de double imposition Suisse-France. Le risque de double imposition existe et doit être anticipé.
Le forfait fiscal suisse (imposition d'après la dépense) permet à certains sportifs de fixer leur base imposable sur leurs dépenses suisses plutôt que sur leurs revenus mondiaux — mais uniquement dans des cantons qui le proposent encore (Vaud, Valais, Grisons notamment). Cette option est soumise à des conditions strictes et doit être négociée avec les autorités cantonales avant l'installation.
Les partenariats commerciaux (contrats d'image, endorsements) sont traités différemment des prize money selon leur structure juridique : un contrat signé par une société de droits d'image domiciliée en Suisse n'est pas traité de la même façon qu'un revenu personnel direct. Un conseiller en gestion de patrimoine spécialisé peut aider à structurer cette répartition légalement.
Revenus variables et prévoyance : le défi spécifique des sportifs
La carrière d'un tennisman professionnel dure en moyenne moins de quinze ans au plus haut niveau. Les blessures — cheville, genou, dos — peuvent interrompre cette trajectoire à tout moment. Zverev lui-même a vécu une grave blessure ligamentaire à la cheville à Roland Garros 2022 qui aurait pu mettre fin à sa carrière.
Cette réalité impose une réflexion patrimoniale précoce :
- Prévoyance retraite : en Suisse, les sportifs indépendants peuvent cotiser au pilier 3a (jusqu'à 7'258 CHF par an en 2026 pour les indépendants, montant complet déductible du revenu imposable) et souscrire à une assurance-vie de prévoyance liée (3b).
- Constitution d'une épargne-investissement : les revenus élevés mais éphémères doivent être investis dans des actifs diversifiés (immobilier, marchés financiers, private equity), idéalement sous la supervision d'un gestionnaire indépendant.
- Couverture invalidité : le LAA (assurance-accidents) ne couvre pas toujours les blessures de sport à haut risque au-delà d'un certain niveau. Une assurance privée complémentaire est indispensable.
Quand consulter un conseiller en gestion de patrimoine ?
La polémique sur les prize money initiée par Zverev pose une question universelle : quel que soit votre niveau de revenus, avez-vous une stratégie pour les faire travailler durablement ?
Sportifs professionnels, artistes ou entrepreneurs à revenus variables partagent les mêmes défis : optimiser la fiscalité des revenus de tournée ou de prestations, constituer une retraite en l'absence de cotisations patronales, et protéger leur famille en cas de blessure ou d'incapacité de travail.
Un conseiller qualifié sur Expert Zoom peut vous aider à construire une stratégie patrimoniale adaptée à votre situation, quelle qu'elle soit.
Contenu informatif. Les données fiscales mentionnées sont à titre illustratif. Consultez un professionnel avant toute décision patrimoniale ou fiscale.

Isabelle Rey