Neah Hefti a 12 ans, habite Zurich, et jouera Heidi dans la nouvelle série coproduite par SRF et RTL, dont le tournage se déroule depuis juin 2026 dans le Bergell grison et à Cologne. Son histoire fait rêver des milliers de familles suisses. Mais pour les parents qui reçoivent un appel de casting similaire, la réalité est d'abord contractuelle et juridique. En Suisse, l'emploi d'un enfant comme acteur est encadré par des protections légales strictes que beaucoup de familles découvrent trop tard — souvent après avoir déjà signé.
Heidi 2026 : une coproduction nationale qui fait travailler des enfants
Annoncée comme l'un des événements télévisuels de la décennie, la nouvelle série Heidi est une coproduction SRF/RTL destinée à être diffusée en 2027, pour les 200 ans de la naissance de Johanna Spyri. La protagoniste principale est Neah Hefti, 12 ans, sélectionnée parmi des centaines de candidates lors d'un casting ouvert qui a mobilisé des jeunes de toute la Suisse alémanique en 2025. À ses côtés, János de Weck incarne le petit Pierre, tandis que des acteurs confirmés comme Christian Kohlund, Heike Makatsch et Charly Hübner portent les rôles adultes.
Les scènes suisses sont tournées dans le Bergell — cette vallée grisonne qui évoque les paysages alpins décrits par Spyri — tandis que les studios de Cologne accueillent une partie de la production. Concrètement, une enfant de 12 ans voyage entre deux pays, tourne, répète et doit maintenir son niveau scolaire en parallèle. Ce scénario, aussi romanesque qu'il paraisse, soulève une question que des centaines de familles suisses ignorent : la loi fédérale est-elle vraiment adaptée à cette réalité ? La réponse est oui — et elle est très précise.
Ce que dit la Loi fédérale sur le travail sur les enfants acteurs
La Loi fédérale sur le travail (LTr) consacre un chapitre entier à la protection des jeunes travailleurs. Les enfants acteurs n'en sont pas exemptés, quelle que soit la notoriété de la production.
Pour les enfants de moins de 13 ans, l'emploi rémunéré est en principe interdit. Des dérogations existent pour les activités culturelles, artistiques ou publicitaires, mais elles nécessitent une autorisation cantonale préalable, accordée au cas par cas par l'office cantonal d'inspection du travail. Sans ce document, tout tournage avec un enfant de moins de 13 ans est illégal, même si les parents ont signé le contrat de plein gré.
Pour les jeunes de 13 à 15 ans — comme Neah Hefti lors du début du tournage — les règles sont un peu plus souples, mais restent strictes. Selon l'article 30 LTr, la durée de travail ne peut pas dépasser 3 heures par jour en période scolaire, ni 8 heures par jour durant les vacances. Les travaux de nuit et les heures supplémentaires sont interdits. Et selon l'article 19 du Code des obligations suisse, un mineur ne peut contracter sans le consentement de ses représentants légaux : aucun contrat de tournage n'est juridiquement valable sans la signature des parents ou tuteurs.
Un point que peu de parents connaissent : l'article 323 CO précise que le salaire du mineur lui appartient en propre, et non à ses parents. Il doit être versé directement à l'enfant — ou placé sur un compte à son nom — et non intégré aux revenus familiaux.
Ce que l'avocat examine en premier dans un contrat de casting
Un juriste spécialisé en droit du travail ou en droit des contrats analyse systématiquement plusieurs éléments lorsqu'une famille lui soumet un contrat de tournage pour un enfant.
Les droits à l'image, souvent fondus dans le contrat de travail. La cession des droits à l'image est juridiquement distincte du contrat d'engagement artistique. Pourtant, il est fréquent que les productions proposent un document unique qui amalgame les deux. Résultat : la famille cède parfois des droits photographiques ou audiovisuels pour une durée de 10 à 15 ans, sur toutes les plateformes et dans tous les pays, sans compensation spécifique. Un avocat peut exiger la séparation des clauses et la valorisation de cette cession.
Les clauses de confidentialité imposées à un mineur. Une NDA (clause de non-divulgation) peut être valide si les parents l'ont acceptée. Mais elle ne peut pas lier l'enfant au-delà de sa majorité sans son accord exprès à 18 ans. Si la clause ne prévoit pas de réexamen au moment de la majorité, elle est potentiellement contestable.
L'absence de compte bloqué. Sans disposition contractuelle spécifique, les producteurs versent le salaire de l'enfant aux parents. Sans compte bloqué ouvert au nom du mineur, rien ne garantit que l'enfant récupérera cet argent à 18 ans. Un avocat spécialisé exigera systématiquement cette clause comme condition non négociable.
Depuis plusieurs années, des productions européennes de grande envergure intègrent aussi un référent protection de l'enfant sur le plateau — une pratique encore peu formalisée en droit suisse, mais que certains contrats commencent à mentionner sous l'influence des coproductions germaniques. Cette figure assure la surveillance des horaires, du bien-être et de la continuité scolaire. Son absence dans un contrat est un signal d'alerte.
Vous pouvez consulter la page Beatrice Egli arrête sa show : ce que la loi dit sur les fins de contrat artistique pour comprendre les mécanismes de résiliation dans le secteur audiovisuel suisse — des clauses qui s'appliquent aussi, différemment, aux contrats impliquant des mineurs.
Le cas d'une famille zurichoise dont la fille de 11 ans décroche un rôle secondaire
Prenons la situation de Sofia, 11 ans, qui obtient un rôle secondaire dans une série d'aventures coproduite par une chaîne suisse et une chaîne allemande. Le contrat proposé prévoit 20 jours de tournage — 14 en vacances scolaires et 6 le samedi matin, durée prévue 4 heures par journée — à raison de CHF 170 par jour. La cession des droits à l'image est incluse dans le même document, pour une durée de 10 ans sur toute plateforme, sans valeur distincte mentionnée.
Voici ce que révèle l'examen juridique :
- Les samedis sont illégaux tels que prévus. Six samedis × 4 heures = 24 heures pendant la période scolaire. Or la LTr limite à 3 heures par jour pour les moins de 13 ans en période scolaire. Chaque samedi dépasse le plafond légal de 1 heure. La production est en infraction sur 6 jours de tournage.
- La rémunération brute s'élève à CHF 3'400 (20 jours × CHF 170). Après retenue à la source (environ 10-12 % pour ce niveau de revenus), le net tourne autour de CHF 2'990 à CHF 3'060.
- Les droits à l'image non valorisés représentent CHF 900 à CHF 2'000 selon les usages du secteur audiovisuel suisse pour une cession de 10 ans tous médias. En l'état, la famille les cède gratuitement.
- Aucun compte bloqué prévu : sans clause spécifique, l'intégralité de la somme sera versée aux parents et Sofia n'y aura aucun droit légal à 18 ans.
Si la famille consulte un avocat avant de signer : les samedis sont réduits à 3 heures ou reportés en vacances, les droits à l'image font l'objet d'un avenant distinct valorisé à CHF 1'200, et un compte bloqué est ouvert au nom de Sofia. À 18 ans, elle peut accéder à environ CHF 4'200 — au lieu de zéro — et dispose d'une cession d'image limitée à 7 ans, renégociable.
Quatre vérifications incontournables avant de signer
La visibilité de Neah Hefti dans Heidi rappelle que la Suisse peut accéder à des productions télévisées de niveau international. Ce que cette visibilité ne montre pas, ce sont les coulisses contractuelles. Avant d'autoriser votre enfant à signer un contrat de tournage, vérifiez systématiquement ces quatre points :
- Le permis cantonal existe-t-il ? La production doit présenter une autorisation de l'office cantonal du travail pour faire travailler un enfant de moins de 15 ans. Ce document doit précéder tout début de tournage.
- Les droits à l'image sont-ils séparés et valorisés ? Si le contrat les intègre sans compensation distincte, demandez un avenant.
- Un compte bloqué au nom de l'enfant est-il prévu ? Sans cette clause, la rémunération nette revient aux parents, sans garantie pour votre fils ou fille.
- La famille peut-elle se retirer sans pénalité ? Une clause de résiliation sans frais, pour motif scolaire ou de santé, est une protection essentielle que tout avocat compétent obtiendra.
Les informations ci-dessus sont fournies à titre éducatif et ne constituent pas un conseil juridique personnalisé. Pour toute décision contractuelle concernant un mineur, consultez un professionnel du droit.
La magie d'un casting comme celui de Heidi ne devrait pas se transformer en surprise contractuelle. Un avocat spécialisé en droit du travail ou en droit des contrats consulté sur Expert Zoom peut analyser votre contrat, identifier les clauses abusives et vous aider à négocier — avant que le clap de début ne soit donné.

Élise Meyer