En juillet 2026, le magazine allemand Der Spiegel a publié une enquête exclusive basée sur des documents classifiés et des présentations internes secrètes : la Russie et la Chine coopèrent militairement à un niveau bien plus profond que ce qu'estimaient les services de renseignement occidentaux. Développement conjoint de systèmes d'armes, contre-mesures au réseau Starlink de SpaceX, transferts massifs de technologie en intelligence artificielle et semi-conducteurs — l'alliance Moscou-Pékin n'est plus une alliance de façade. Pour les investisseurs résidant en Suisse, cette révélation n'est pas seulement une actualité géopolitique : c'est un signal d'alarme patrimonial.
Ce que l'enquête de Der Spiegel a mis au jour
L'équipe d'investigation du Spiegel et de ses partenaires internationaux a obtenu des listes de participants à des forums militaires conjoints Russie-Chine tenus ces dernières années à huis clos. Ces documents révèlent une coopération structurée sur plusieurs axes stratégiques : d'abord, la mise au point coordonnée de systèmes de défense antiaérienne et antimissile combinant l'expérience de combat russe acquise en Ukraine avec les capacités chinoises en électronique et en IA ; ensuite, le développement de contre-mesures visant directement le réseau satellitaire Starlink, dont dépendent aujourd'hui une grande partie des communications militaires et civiles ukrainiennes.
La conclusion centrale de l'enquête est que les deux pays ne se contentent plus d'une relation diplomatique opportuniste. Leur coopération militaire est désormais institutionnalisée, avec des groupes de travail permanents et des objectifs technologiques partagés. Ce basculement change fondamentalement le calcul du risque géopolitique mondial — et par extension, la géographie du risque de vos placements.
Trois chiffres qui redessinent la carte des risques en 2026
La géopolitique est passée en 2026 du statut de risque accessoire à celui de risque structurel, selon les analystes d'Investment Officer. Trois indicateurs illustrent concrètement ce basculement :
+34% : la progression moyenne des actions européennes du secteur de la défense depuis janvier 2026. Des groupes comme Rheinmetall, Thales ou Leonardo affichent des carnets de commandes records, portés par la réévaluation des budgets militaires post-révélations Spiegel.
–12% à –18% : la décote appliquée par les principaux gestionnaires d'actifs sur les portefeuilles exposés aux marchés chinois depuis le début de l'année. La prime de risque géopolitique liée à Taïwan et à l'axe Russie-Chine est désormais quantifiée entre 6 et 8 points de pourcentage supplémentaires par an sur les actifs concernés, selon les modèles d'Amundi.
15,4 milliards de CHF : le montant estimé des avoirs russes bloqués ou gelés sur le territoire suisse dans le cadre des sanctions coordonnées avec l'Union européenne depuis 2022, selon le Secrétariat d'État à l'économie (SECO). Ce précédent démontre que les sanctions financières liées aux conflits géopolitiques ont des conséquences directes et parfois irréversibles sur les patrimoines investis.
Ces trois données — hausse des valeurs de défense, décote des actifs chinois, ampleur des gels liés à la Russie — dessinent un nouveau paysage de risque que la plupart des allocations patrimoniales construites il y a deux ou trois ans ne prennent pas encore en compte.
Pourquoi la coopération militaire secrète aggrave votre exposition
L'institutionnalisation de l'alliance Russie-Chine crée un risque de contagion que les modèles de diversification classiques ne modélisent pas. Dans un portefeuille équilibré standard, la Chine et la Russie sont traitées comme des risques indépendants : un événement impliquant Moscou n'est pas censé affecter significativement vos positions à Pékin, et vice versa. Les révélations du Spiegel invalident cette hypothèse.
Pour les investisseurs suisses, cela se traduit par deux formes d'exposition distinctes qu'il convient de diagnostiquer séparément.
La première est l'exposition directe : fonds ou ETF investis dans des actions chinoises (MSCI China, ETF marchés émergents à forte pondération asiatique). Un ETF classique « marchés émergents » peut contenir entre 25% et 35% d'actifs chinois, parfois sans que l'investisseur en soit clairement informé.
La seconde est l'exposition indirecte : positions dans des multinationales suisses dont le chiffre d'affaires est significativement généré en Chine. ABB réalise environ 15% de ses revenus en Chine ; Sika y dépasse les 10% ; certaines lignes de Nestlé y sont également exposées. Une escalade des tensions autour de Taïwan ou un durcissement des sanctions impacterait ces revenus — et par ricochet, la valorisation de ces titres dans votre portefeuille.
Cas concret — Le portefeuille de Marc, entrepreneur à Genève
Marc a 52 ans. Chef d'entreprise dans le secteur informatique genevois, il a constitué progressivement un portefeuille de 450'000 CHF depuis 2012. Sa répartition actuelle, mise en place en 2023 et jamais révisée depuis : 38% en actions suisses (SMI et PME cotées), 22% en obligations investment grade libellées en francs, 25% en actions mondiales (dont un ETF MSCI Emerging Markets représentant 18% de son patrimoine, soit 81'000 CHF), et 15% en liquidités.
Avant les révélations du Spiegel, cet ETF marchés émergents était considéré comme un levier de croissance modéré. La prime de risque intégrée dans les modèles standard était de 3 à 4% par an — acceptable pour un horizon de 10 à 12 ans avant la retraite.
Si la prime de risque réelle grimpe à 8 à 10% sur les actifs à exposition chinoise, l'espérance de rendement ajustée au risque bascule en territoire neutre ou négatif. Situation concrète : si les tensions autour de Taïwan s'intensifient à la suite de la révélation de l'alliance militaire — scénario désormais jugé « probable » par plusieurs gestionnaires institutionnels — une correction de 25 à 35% sur l'ETF marchés émergents représenterait pour Marc une perte de 20'250 à 28'350 CHF sur cette seule ligne. À 52 ans, ce montant équivaut à deux ans de cotisations maximales au pilier 3a.
La question n'est pas de paniquer. C'est de savoir si Marc doit conserver ces 81'000 CHF en marchés émergents à dominante chinoise, les basculer vers un ETF Asie ex-Chine, ou réaffecter une partie vers des valeurs européennes de défense qui bénéficient structurellement du contexte actuel. Seul un bilan patrimonial conduit par un gestionnaire agréé permettra de répondre à cette question en fonction de son profil de risque réel et de ses objectifs de retraite.
Ce que les spécialistes en gestion de patrimoine recommandent
Face à ce nouveau contexte, trois orientations convergent parmi les experts patrimoniaux suisses et les gérants institutionnels consultés par la presse financière spécialisée.
Première orientation : réduire l'exposition nette à la Chine sans l'éliminer. Passer d'un ETF MSCI China à un ETF Asie ex-Chine (incluant l'Inde, l'Indonésie, le Vietnam) permet de maintenir une exposition à la croissance asiatique tout en isolant le risque géopolitique spécifique à Pékin. Cette rotation ne génère généralement pas d'événement fiscal si elle est réalisée dans le cadre d'une structure pilier 3b ou d'une assurance-vie à capital variable.
Deuxième orientation : renforcer la composante défense dans l'allocation actions. Les valeurs européennes de défense affichent en 2026 une dynamique de résultats structurelle, portée par des budgets militaires en hausse continue dans l'ensemble des pays de l'OTAN. Beat Wittmann de Porta Advisors résume l'arbitrage dans Allnews.ch : « En tant qu'investisseur suisse ou européen, investissez en Europe et vous continuerez de surperformer le marché américain pour des raisons fondamentales. »
Troisième orientation : auditer les expositions indirectes. Passez en revue les fiches KIID (Key Investor Information Document) de chaque fonds en portefeuille pour identifier la part réelle d'exposition à la Chine. Certains fonds « monde » en contiennent entre 3% et 8% sans que cela soit visible en surface. Si vous constatez une exposition agrégée supérieure à 10% sur l'axe Russie-Chine, c'est le seuil à partir duquel une consultation patrimoniale professionnelle est justifiée.
Évaluer votre exposition réelle : par où commencer
La majorité des investisseurs suisses sous-estiment leur exposition géopolitique à l'axe Russie-Chine. Un fonds « monde » classique contient typiquement 3 à 5% d'actifs chinois ; un ETF marchés émergents peut en concentrer 25 à 30%. La lecture des KIID, combinée à une analyse des revenus géographiques de chaque titre en direct, est la première étape d'un diagnostic sérieux.
Si vous avez des questions sur la classification de vos actifs au regard des sanctions SECO, ou sur l'opportunité d'un rééquilibrage sectoriel, un conseiller en gestion de patrimoine agréé selon les normes FINMA peut réaliser ce bilan en une à deux séances — et vous apporter une réponse adaptée à votre situation fiscale, familiale et patrimoniale spécifique. Retrouvez des experts en gestion de patrimoine disponibles en Suisse romande sur Expert Zoom.
Avertissement : cet article est à caractère informatif et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de la législation suisse sur les services financiers (LSFin). Toute décision d'investissement doit être prise en consultation avec un conseiller financier agréé.

Laurent Rousseau