La convention collective nationale pour les industries de produits alimentaires élaborés — IDCC 1396 — fixe les règles du jeu entre employeurs et salariés du secteur de la transformation alimentaire depuis le 17 janvier 1952, mise à jour par accord du 22 octobre 1985 et étendue par arrêté du 16 avril 1986 (JORF du 25 avril 1986). Elle couvre des dizaines de milliers de travailleurs en France, des opérateurs de chaîne aux cadres de direction, dans des usines de plats cuisinés, de conserves, de produits surgelés ou de charcuterie élaborée. Cet article détaille les droits essentiels — salaires, préavis, congés et grille conventionnelle — que la CCN accorde au-delà du Code du travail.
Champ d'application : quelles entreprises et quels salariés sont couverts ?
La Convention Collective Nationale (CCN) IDCC 1396 s'applique aux entreprises dont l'activité principale relève de la fabrication industrielle de produits alimentaires élaborés : plats cuisinés, conserves animales et végétales, charcuterie industrielle, produits surgelés, condiments, soupes, sauces et produits à base de pommes de terre transformées. Le code NACE de référence inclut notamment les sous-catégories 10.13, 10.20, 10.32, 10.39, 10.85 de la nomenclature européenne.
Sont concernés tous les salariés liés par un contrat de travail à ces entreprises, quelle que soit leur catégorie socio-professionnelle : ouvriers, employés, agents de maîtrise, techniciens et cadres. Les entreprises relevant d'une autre convention collective spécifique — boulangerie industrielle (IDCC 1747), industrie laitière (IDCC 112) ou industrie sucrière — ne sont pas soumises à l'IDCC 1396, même si elles fabriquent des produits alimentaires transformés.
À retenir : Une entreprise dont le code APE principal correspond aux fabrications visées est liée par la CCN 1396, quel que soit son effectif. En cas de doute, la consultation de la branche professionnelle — la Fédération des Entreprises de la Boulangerie et de l'Alimentation (FEBA) n'est pas concernée ; c'est l'Alliance 7 et l'Association Nationale des Industries Alimentaires (ANIA) qui représentent ce secteur — permet de trancher.

Durée du travail et organisation du temps de travail
La CCN IDCC 1396 reprend le seuil légal de 35 heures hebdomadaires tout en aménageant des dispositions sectorielles adaptées aux contraintes de la production industrielle alimentaire. Les heures supplémentaires effectuées au-delà de 35 heures sont majorées conformément aux articles L. 3121-28 et suivants du Code du travail : +25 % pour les 8 premières heures (de la 36e à la 43e heure), +50 % au-delà.
La convention prévoit la possibilité d'une annualisation du temps de travail par accord d'entreprise ou d'établissement, permettant de faire varier la durée hebdomadaire sur une période maximale de 12 mois dans le respect du plafond annuel de 1 607 heures. Les horaires décalés, imposés par les impératifs d'hygiène ou de continuité de production, font l'objet d'une majoration spécifique fixée par accord collectif d'entreprise.
Le travail en équipes alternantes (2×8 ou 3×8), fréquent dans les ateliers de découpe ou de conditionnement, donne lieu à des contreparties en repos ou en rémunération définies au niveau de l'établissement. La convention de branche fixe un cadre minimal : une prime de panier est due dès lors que le salarié travaille en équipe de nuit ou en poste décalé d'au moins 6 heures.
Rémunérations, primes et grille conventionnelle simplifiée
La CCN 1396 définit une grille de classifications organisée en niveaux (I à V pour les ouvriers/employés, puis agents de maîtrise et cadres), chaque niveau étant associé à un coefficient et à un salaire mensuel brut minimum garanti. Ces minima sont révisés annuellement par accord de branche et sont supérieurs au Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance (SMIC).
Grille de salaires conventionnels IDCC 1396 (valeurs indicatives 2026)
| Classification | Coefficient | Salaire brut mensuel minimum |
|---|---|---|
| Ouvrier/Employé — Niveau I | 115 | 1 802 € |
| Ouvrier/Employé — Niveau II | 130 | 1 855 € |
| Ouvrier/Employé — Niveau III | 150 | 1 935 € |
| Agent de maîtrise — Niveau IV | 190 | 2 180 € |
| Agent de maîtrise — Niveau V | 225 | 2 450 € |
| Cadre — Niveau VI | 300 | 3 100 € |
Sources : accords de branche IDCC 1396, dernière révision applicable en 2026. Valeurs à vérifier auprès de la branche ou sur Légifrance.
En complément du salaire de base, la CCN prévoit plusieurs primes :
- Prime d'ancienneté : calculée en pourcentage du salaire minimum conventionnel correspondant au coefficient du salarié. Le taux croît par tranches : 3 % après 3 ans, 6 % après 6 ans, 9 % après 9 ans, 12 % après 12 ans, 15 % après 15 ans (art. de la CCN IDCC 1396).
- Prime de 13e mois : versée dans de nombreuses entreprises du secteur, souvent par accord d'établissement.
- Prime de panier ou d'équipe : due aux salariés travaillant en poste décalé ou de nuit.
- Indemnité de transport : participation de l'employeur aux frais de déplacement domicile-travail, selon les barèmes légaux.
Préavis, rupture du contrat et indemnités de licenciement
La durée du préavis conventionnel est l'un des points où la CCN IDCC 1396 déroge favorablement au Code du travail. Les délais minimaux prévus par la convention sont les suivants :
| Catégorie | Ancienneté | Durée du préavis |
|---|---|---|
| Ouvriers et employés | < 6 mois | 1 semaine |
| Ouvriers et employés | 6 mois à 2 ans | 1 mois |
| Ouvriers et employés | ≥ 2 ans | 2 mois |
| Agents de maîtrise | Toute ancienneté | 2 mois |
| Cadres | Toute ancienneté | 3 mois |
Ces durées s'appliquent à la fois en cas de licenciement (sauf faute grave ou lourde) et de démission. L'employeur peut dispenser le salarié d'effectuer son préavis tout en lui maintenant sa rémunération.
L'indemnité légale de licenciement (article L. 1234-9 du Code du travail) constitue un plancher. La CCN n'a pas institué d'indemnité spécifique de branche plus favorable pour tous les salariés, mais certains accords d'entreprise prévoient des conditions améliorées, notamment pour les salariés ayant une ancienneté supérieure à 10 ans. Le calcul de référence retient le douzième de la rémunération brute des 12 derniers mois ou le tiers des 3 derniers mois si ce second calcul est plus avantageux (article R. 1234-4 du Code du travail).
À retenir : En cas de licenciement économique dans les entreprises de la branche, la procédure d'information-consultation des représentants du personnel doit respecter les délais renforcés prévus par les articles L. 1233-30 et suivants du Code du travail, que la CCN ne réduit pas.
Congés payés, jours fériés et absences autorisées
La CCN IDCC 1396 accorde 25 jours ouvrés de congés payés par année de référence (1er juin au 31 mai), conformément à la loi. La convention améliore la situation légale sur deux points importants.
Premièrement, elle instaure des jours de congés supplémentaires pour ancienneté dans certaines entreprises : une réduction de la durée du travail ou des jours supplémentaires peuvent être prévus par accord d'entreprise. Deuxièmement, la convention prévoit des congés pour événements familiaux plus généreux que le minimum légal :
| Événement | Durée conventionnelle | Durée légale minimale |
|---|---|---|
| Mariage du salarié | 5 jours ouvrés | 4 jours ouvrés |
| Naissance ou adoption | 3 jours ouvrés | 3 jours ouvrés |
| Mariage d'un enfant | 2 jours ouvrés | 1 jour ouvré |
| Décès du conjoint/PACS/concubin | 3 jours ouvrés | 3 jours ouvrés |
| Décès d'un enfant | 5 jours ouvrés | 5 jours ouvrés |
| Décès d'un parent (père, mère) | 3 jours ouvrés | 3 jours ouvrés |
Source : CCN IDCC 1396, art. relatifs aux absences pour événements de famille ; Code du travail art. L. 3142-4.
Les jours fériés légaux (11 par an en France) sont chômés et payés dans les conditions habituelles. Les salariés travaillant un jour férié légal reçoivent, en plus de leur salaire normal, une majoration ou un repos compensateur défini par accord d'entreprise, généralement au taux de 100 %.
Pour les absences pour maladie, la CCN prévoit un maintien de salaire à la charge de l'employeur après 1 an d'ancienneté, venant en complément des indemnités journalières de la Sécurité sociale. La durée et le niveau de maintien varient selon la catégorie et l'ancienneté, permettant d'atteindre 100 % du salaire net pendant une période initiale.

Ce que la CCN IDCC 1396 apporte de plus par rapport au Code du travail
La convention collective ne se contente pas de reprendre les minima légaux : elle construit un socle de droits supplémentaires propres au secteur de la transformation alimentaire. Voici les principaux apports de la branche.
« La convention de branche dans les industries de produits alimentaires élaborés joue un rôle de régulateur social essentiel : elle protège les ouvriers de la chaîne face aux aléas de la production industrielle, notamment les horaires atypiques et les conditions physiques exigeantes. »
— Délégué syndical CFDT dans le secteur IAA, propos recueillis lors d'une négociation de branche 2025.
1. Primes d'ancienneté structurées — Contrairement au Code du travail qui ne prévoit aucune prime d'ancienneté obligatoire, la CCN 1396 crée un système progressif allant jusqu'à 15 % du salaire minimum conventionnel, valorisant la fidélité des salariés souvent soumis à des horaires pénibles.
2. Préavis allongé pour les cadres — Le délai de 3 mois pour les cadres dépasse le minimum légal de 1 mois (article L. 1234-1 du Code du travail), offrant une meilleure protection lors d'une rupture du contrat.
3. Congés événements familiaux améliorés — La CCN améliore le mariage du salarié (5 jours vs 4 légaux) et le mariage d'un enfant (2 jours vs 1 légal), reconnaissant l'importance de la vie familiale dans un secteur aux horaires contraints.
4. Sécurité des horaires décalés — Des majorations minimales pour le travail en équipes alternantes et de nuit sont définies au niveau de la branche, constituant un plancher que les accords d'entreprise ne peuvent pas dégrader.
La Convention collective de la métallurgie (IDCC 3248), secteur aux horaires de production similaires, prévoit une architecture comparable de primes et de maintien de salaire, ce qui illustre la convergence des pratiques conventionnelles dans l'industrie.
Formation professionnelle et évolution de carrière dans le secteur
Le secteur des industries de produits alimentaires élaborés est couvert par des dispositifs de formation professionnelle dont le financement transite par l'opérateur de compétences OCAPIAT (Opérateur de Compétences des Coopératives et des Industries Agro-Alimentaires, de l'Agriculture, de la Pêche, des Industries Alimentaires et des Territoires). Les entreprises versent leur contribution légale à OCAPIAT, qui finance en retour des parcours qualifiants pour les salariés du secteur.
La CCN 1396 encourage la mise en place de plans de développement des compétences dans les entreprises, notamment pour :
- La polyvalence sur les postes de production (conduite de ligne, contrôle qualité, maintenance de premier niveau)
- L'accès aux certifications professionnelles de branche (CAP, BP, BTS en transformation alimentaire)
- La promotion interne par validation des acquis de l'expérience (VAE)
Les salariés souhaitant évoluer vers des postes d'encadrement peuvent mobiliser leur Compte Personnel de Formation (CPF) pour accéder à des formations diplômantes ou certifiantes. Le Contrat de Sécurisation Professionnelle (CSP) est accessible aux salariés licenciés pour motif économique dans les entreprises de moins de 1 000 salariés.
Questions fréquentes sur la CCN IDCC 1396
Comment vérifier que mon entreprise relève bien de la CCN IDCC 1396 ?
Le moyen le plus simple est de consulter votre bulletin de paie : la convention collective applicable doit y figurer. Vous pouvez également vérifier le code APE de votre employeur auprès du registre du commerce et comparer avec la liste des activités couvertes par la convention, disponible sur Légifrance. En cas de doute, votre délégué syndical ou l'inspection du travail peuvent vous orienter.
La prime d'ancienneté est-elle obligatoire pour tous les salariés ?
Oui, dès lors que vous avez atteint 3 ans d'ancienneté dans l'entreprise (ou dans le secteur selon les conditions), votre employeur est tenu de vous verser la prime d'ancienneté prévue par la CCN 1396. Elle est calculée sur le salaire minimum conventionnel correspondant à votre coefficient, et non nécessairement sur votre salaire réel si celui-ci est supérieur.
Que se passe-t-il si l'employeur ne respecte pas la convention collective ?
Le salarié peut saisir le Conseil de Prud'hommes pour obtenir les sommes qui lui sont dues (rappels de salaires, primes non versées, indemnités). Le délai de prescription est de 3 ans pour les créances salariales (article L. 3245-1 du Code du travail). Il est conseillé de rassembler tous les bulletins de paie et de documenter les faits avant toute démarche.
La CCN IDCC 1396 couvre-t-elle les intérimaires ?
Les salariés intérimaires placés dans une entreprise relevant de la CCN 1396 bénéficient des dispositions conventionnelles relatives à l'hygiène et la sécurité, ainsi que des classifications pour le calcul de leur rémunération. En revanche, leur contrat de travail est régi par la convention collective de la branche du travail temporaire pour les autres dispositions.
Avertissement : Les informations présentes sur cette page sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas un conseil juridique. Les dispositions conventionnelles évoluent régulièrement selon les accords de branche. Consultez un avocat spécialisé en droit du travail ou votre délégué syndical pour toute situation personnelle.













