Le 22 janvier 2026, Scarlett Johansson prenait la tête d'un mouvement planétaire. Aux côtés de Cate Blanchett, Joseph Gordon-Levitt et plus de 700 artistes, l'actrice signait une lettre ouverte cinglante adressée aux géants de la tech : « Le vol n'est pas de l'innovation. Ce n'est pas du progrès. C'est du vol, purement et simplement. » En France, la déclaration a résonné au-delà des salles de cinéma — parce que le droit à l'image n'est pas un privilège de star hollywoodienne. C'est un droit que tout citoyen français peut invoquer, dès aujourd'hui, devant un tribunal.
La déclaration qui secoue Hollywood — et Paris
La "Human Artistry Campaign" (campagne pour l'art humain) s'attaque à une pratique devenue systématique : l'entraînement des modèles d'IA sur des œuvres, des voix et des visages protégés, sans autorisation, sans compensation, sans transparence. Johansson n'en est pas à son premier combat. En novembre 2023, elle avait poursuivi en justice une application d'IA qui utilisait son nom et son image dans des publicités en ligne sans son accord. En mai 2024, elle avait publiquement condamné OpenAI pour avoir conçu "Sky", une voix de chatbot GPT-4o inspirée de son rôle dans le film Her (2013). OpenAI avait alors suspendu la voix — sans reconnaître officiellement le lien.
La lettre ouverte de janvier 2026 va plus loin : elle dénonce des lobbies technologiques qui cherchent à modifier les lois pour légaliser rétroactivement ce pillage de la création humaine. Selon les signataires, certaines entreprises d'IA ont pourtant montré qu'un autre modèle existe — des partenariats de licence, une rémunération des créateurs, une transparence sur les données d'entraînement.
Ce que dit la loi française : votre visage vous appartient
En France, le droit à l'image est protégé par l'article 9 du Code civil, qui consacre le droit au respect de la vie privée — dont la maîtrise de son image fait partie intégrante. Toute utilisation de l'image d'une personne physique, sans son consentement exprès, est une atteinte ouvrant droit à réparation. Peu importe que vous soyez actrice internationale ou comptable à Bordeaux.
Un avocat spécialisé en droit du numérique ou en droit de la personnalité peut mobiliser trois axes de protection distincts :
1. Le droit à l'image (article 9 du Code civil) — La reproduction ou la diffusion de votre visage, même dans un contenu généré par IA, nécessite votre consentement. L'absence de consentement est une faute civile.
2. Le droit à la protection des données personnelles (RGPD, article 4) — Votre image est une donnée biométrique à caractère personnel. Son utilisation pour entraîner un modèle d'IA sans base légale est une violation du RGPD, passible de sanctions de la CNIL (jusqu'à 4 % du chiffre d'affaires mondial de l'entreprise concernée).
3. Le droit d'auteur (L.111-1 du Code de la propriété intellectuelle) — Si votre image apparaît dans une œuvre audiovisuelle, une photo artistique ou tout contenu créatif dont vous êtes co-auteur, sa réutilisation pour générer un contenu IA peut constituer une contrefaçon.
Depuis l'entrée en vigueur de l'AI Act européen en août 2024 — dont les dispositions les plus contraignantes s'appliquent progressivement jusqu'en 2026 — les éditeurs de systèmes d'IA à "haut risque" doivent documenter les données d'entraînement et permettre aux personnes concernées d'exercer leurs droits.
Quand un particulier devient "Scarlett Johansson de son quartier" : ce que ça change concrètement
L'affaire Johansson peut sembler lointaine, mais voici un cas de figure qui se produit déjà en France.
Imaginez Marie, 34 ans, photographe indépendante à Lyon. En 2024, des photos d'elle publiées sur son compte Instagram professionnel ont été aspirées par un générateur d'images IA. En septembre 2026, elle découvre que sa ressemblance est utilisée dans des publicités automatisées pour un service de streaming, sans qu'elle ait jamais donné son accord, sans rémunération, et sans même être informée.
Si Marie agit devant le tribunal judiciaire de Lyon :
- Elle peut demander la cessation immédiate de l'utilisation (en référé, soit dans un délai de 48 à 72 heures)
- Elle peut réclamer des dommages et intérêts pour le préjudice moral et économique — les tribunaux français ont accordé entre 15 000 € et 60 000 € dans des affaires comparables d'utilisation non consentie d'image à des fins commerciales
- Si la société éditrice est établie hors de l'UE mais cible des utilisateurs français, la compétence des juridictions françaises peut s'appliquer via l'article 7 du Règlement Bruxelles I bis
Si son image a été utilisée pour entraîner un modèle d'IA (et non seulement dans un output) : La situation est plus complexe. L'entraînement lui-même n'est pas encore uniformément interdit en droit français — mais le RGPD impose une base légale (consentement, intérêt légitime ou autre). Si aucune base légale n'est identifiable, Marie peut déposer une plainte auprès de la CNIL et obtenir une mise en demeure — voire une sanction — contre l'entreprise fautive.
Ce que change l'AI Act en 2026 : les modèles d'IA générale ("GPAI") publiés après le 2 août 2025 doivent respecter les droits d'auteur et permettre aux titulaires de droits de s'opposer à l'utilisation de leurs contenus pour l'entraînement. Si une entreprise ne peut pas prouver qu'elle a respecté ces obligations, la charge de la preuve s'inverse partiellement — ce qui renforce la position du plaignant.
Ce que les artistes réclament — et ce que vous pouvez exiger maintenant
La lettre ouverte de Johansson et ses co-signataires ne demande pas l'interdiction de l'IA. Elle réclame trois choses concrètes : le respect de la propriété intellectuelle, une rémunération équitable pour l'utilisation des œuvres, et une transparence totale sur les données d'entraînement.
Du point de vue juridique français, ces exigences sont déjà, en grande partie, du droit positif — elles ne sont simplement pas encore appliquées systématiquement. C'est précisément là qu'intervient l'avocat spécialisé : identifier quelle violation a eu lieu, quelle juridiction est compétente, et quelle stratégie — négociation, mise en demeure ou procédure contentieuse — offre le meilleur rapport coût/bénéfice.
Pour un particulier dont l'image a été utilisée sans consentement dans un contenu IA : une consultation préalable avec un avocat en droit du numérique permet généralement de clarifier la situation en moins d'une heure et de décider si une action vaut la peine d'être engagée. Pour un créateur (photographe, comédien, artiste) dont l'œuvre a été scrapée : les délais de prescription sont de 5 ans pour les actions civiles en droit à l'image — il est souvent encore temps d'agir.
L'affaire Johansson a eu le mérite de rendre visible ce qui se passait dans l'ombre. En France, d'autres articles sur la protection des droits dans l'industrie du cinéma et du spectacle — comme les droits des actrices face aux contrats de cession d'image ou l'utilisation posthume de l'image par l'IA — illustrent que le droit français n'est pas démuni. Il manque souvent d'un professionnel pour l'activer.
Ce que vous devez faire si votre image est utilisée par l'IA
Étape 1 — Documenter immédiatement. Captures d'écran horodatées, URLs, métadonnées des images générées. Cette preuve est fondamentale.
Étape 2 — Identifier l'éditeur. Qui publie ce contenu ? S'agit-il d'une entreprise française, européenne, ou extra-européenne ciblant des utilisateurs français ? La réponse détermine quelle loi s'applique et quel recours est prioritaire.
Étape 3 — Consulter un avocat spécialisé en droit du numérique ou en propriété intellectuelle. Un avocat peut envoyer une mise en demeure — souvent suffisante pour obtenir le retrait du contenu en 48 heures — et évaluer s'il est pertinent d'aller plus loin.
Étape 4 — Saisir la CNIL si vos données biométriques ont été traitées sans base légale. La procédure est gratuite et peut déboucher sur une sanction significative contre l'entreprise fautive.
Scarlett Johansson a les moyens de payer les meilleurs avocats de Hollywood. Vous n'en avez peut-être pas besoin — le droit français, bien utilisé, offre des recours accessibles et des délais rapides. Il suffit souvent de savoir par où commencer.
Avertissement : cet article a un caractère informatif général et ne constitue pas un conseil juridique. Les situations individuelles varient ; consultez un avocat qualifié pour une analyse adaptée à votre cas.

Marine Leclerc