En septembre 2026, le député La France Insoumise Raphaël Arnault fait son retour sur la scène publique après des mois de polémique. L'origine de la crise : un de ses assistants parlementaires a été mis en examen pour complicité dans la mort de Quentin Deranque, un militant identitaire décédé le 16 février 2026 après une agression deux jours plus tôt. Arnault lui-même s'est éloigné de l'Assemblée nationale pendant plusieurs semaines. Sa situation illustre un scénario juridique qui concerne bien plus de monde qu'on ne le pense : que faire quand un salarié ou collaborateur est mis en examen pour un crime grave ?
Ce qui s'est passé : le cas Raphaël Arnault
Dans la nuit du 14 au 15 février 2026, Quentin Deranque, militant d'extrême droite, est attaqué à Lyon. Il décède deux jours plus tard des suites de ses blessures. Sept personnes sont mises en examen, dont un collaborateur parlementaire de Raphaël Arnault. Le député lui-même, déjà condamné en 2022 pour des violences commises en 2021, n'est pas mis en examen dans ce dossier. Mais la tempête médiatique et politique qui s'ensuit le conduit à suspendre ses activités publiques pendant plusieurs mois.
En septembre 2026, Arnault réapparaît : interview dans Le Média, présence à la Fête de l'Humanité, retour progressif à l'Assemblée nationale. La question juridique centrale — que peut faire un « employeur » quand son salarié est mis en examen pour un crime grave — reste entière.
La question que se posent des milliers d'employeurs en France
Chaque année en France, plusieurs milliers de salariés font l'objet d'une mise en examen dans des dossiers pénaux. Ces procédures durent en moyenne trois à cinq ans. Et leurs employeurs font face à une équation délicate : maintenir le salarié en poste pendant toute la procédure ? Procéder à un licenciement qui risque d'être contesté ? Suspendre le contrat sans salaire ?
Le cas Arnault pose cette question dans sa dimension la plus extrême : une mise en examen pour complicité de meurtre, dans un contexte de forte pression politique et médiatique. Mais les mêmes mécanismes s'appliquent à un comptable mis en examen pour fraude fiscale, un médecin mis en examen pour prescription abusive, ou un chauffeur mis en examen pour homicide involontaire.
Ce que dit réellement le Code du travail
La mise en examen n'est pas une condamnation. Ce principe est fondamental : en droit français, la présomption d'innocence s'applique tant que le tribunal n'a pas statué. Un employeur ne peut pas licencier un salarié au motif de sa seule mise en examen — sauf exceptions précises.
Selon service-public.fr, un licenciement pour motif disciplinaire n'est valide que si les faits reprochés constituent une faute du salarié en lien direct avec son activité professionnelle. Une mise en examen pour des faits commis hors du temps et du lieu de travail — même graves — ne constitue pas en elle-même une faute professionnelle justifiant un licenciement.
Trois scénarios permettent toutefois à l'employeur d'agir :
1. Les faits sont liés à l'activité professionnelle. Si le salarié est mis en examen pour des actes commis dans l'exercice de ses fonctions (fraude comptable, violence sur un client, abus sexuel dans le cadre du travail), l'employeur peut engager une procédure de licenciement pour faute grave ou lourde, indépendamment de la procédure pénale en cours.
2. La détention provisoire empêche la présence au travail. Si le salarié est placé en détention provisoire et que son absence désorganise l'entreprise de manière durable, l'employeur peut licencier pour perturbation du fonctionnement de l'entreprise — à condition de le justifier objectivement.
3. Le trouble objectif à l'entreprise. La jurisprudence de la Cour de cassation reconnaît qu'un employeur peut licencier un salarié dont le comportement ou la situation crée un « trouble objectif » dans l'entreprise, même sans faute disciplinaire. Ce trouble doit être réel et documenté — par exemple, des clients qui rompent des contrats, ou des équipes qui refusent de travailler avec le collaborateur concerné.
En dehors de ces trois cas, suspendre le contrat (sans salaire) sans base légale ou licencier sans motif valable expose l'employeur à des dommages et intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, généralement entre 3 et 8 mois de salaire selon l'ancienneté.
Cas concret : Mathieu B., responsable logistique mis en examen pour coups et blessures
Prenons le cas de Mathieu B., 38 ans, responsable logistique dans une PME de distribution basée à Lyon. En mars 2026, il est mis en examen pour coups et blessures volontaires à la suite d'une bagarre dans un bar un samedi soir — hors cadre professionnel. L'incident est relayé sur les réseaux sociaux, et plusieurs clients de l'entreprise identifient Mathieu B. sur les photos.
La direction se retrouve face à un choix urgent. Elle convoque un avocat spécialisé en droit du travail qui analyse la situation :
- Les faits ont eu lieu hors temps de travail et hors lieu de travail → pas de faute professionnelle directe
- L'entreprise perd un client (chiffre d'affaires de 45 000 € annuels) qui se dit « mal à l'aise » avec la situation
- Deux collègues refusent de participer aux réunions avec Mathieu B.
Conclusion juridique : la perte d'un client documentée + le refus de collaboration de collègues constituent un « trouble objectif » au fonctionnement de l'entreprise. L'avocat rédige un licenciement pour trouble objectif, appuyé par les emails de résiliation du client et les emails des collègues. Sans cette documentation, le licenciement aurait été attaqué aux prud'hommes et l'entreprise aurait risqué 6 à 9 mois de salaire (soit environ 30 000 à 45 000 € de dommages et intérêts). Avec une procédure correctement suivie, elle limite sa responsabilité.
Si Mathieu B. avait finalement été acquitté par le tribunal, cela n'aurait pas invalidé le licenciement a posteriori — parce que la décision patronale était fondée sur un état de fait au moment de la décision, et non sur une présomption de culpabilité.
Ce que vous devriez faire si vous êtes dans cette situation
Le cas Raphaël Arnault illustre une réalité qui déborde largement du cadre politique : la mise en examen d'un collaborateur met l'employeur dans une position où chaque décision doit être à la fois rapide et juridiquement solide. Agir trop vite peut être contesté. Agir trop lentement peut aggraver les dommages.
La marche à suivre recommandée par les avocats spécialisés en droit du travail est la suivante :
- Ne rien faire dans les 48 premières heures. Éviter toute décision sous pression émotionnelle ou médiatique.
- Documenter le trouble objectif. Recenser et conserver par écrit les impacts concrets : clients perdus, absences justifiées par la situation, tensions d'équipe.
- Consulter un avocat avant toute mise à pied. La mise à pied conservatoire (sans salaire) est légale uniquement en cas de faute grave supposée liée au travail — elle ne peut pas être utilisée comme mesure préventive pour des faits extraprofessionnels.
- Attendre avant de licencier si aucun trouble objectif n'est documenté. Un licenciement prématuré basé sur l'émotion ou la pression externe est un licenciement sans cause réelle.
Sur Expert Zoom, nos avocats spécialisés en droit du travail peuvent analyser votre situation spécifique et vous accompagner dans la mise en place d'une procédure conforme, y compris en cas d'urgence. Découvrez aussi notre guide sur les erreurs à éviter dans une rupture conventionnelle pour ne pas commis les mêmes erreurs que d'autres employeurs.
Cet article aborde des questions de droit du travail. Chaque situation est unique — consultez un avocat qualifié pour une analyse adaptée à votre cas.

Marine Leclerc