Un décret daté du 27 octobre 2026 crée une aide exceptionnelle pour les entreprises de moins de 250 salariés qui ont subi des dommages lors des troubles urbains intervenus en marge des manifestations des 17 et 18 octobre 2026. Il prolonge les mesures annoncées par le gouvernement le 20 octobre. Commerçants, artisans et dirigeants de PME se posent surtout une question : suis-je concerné, et que dois-je faire, dans quel ordre ?
La question que se posent les dirigeants : suis-je éligible ?
Le texte publié au Journal officiel est consultable sur Légifrance. Le critère central tient dans son intitulé : l'entreprise doit employer moins de 250 salariés et avoir subi des dommages liés aux troubles des 17 et 18 octobre 2026.
Selon la foire aux questions du ministère du Travail, diffusée le 20 octobre 2026 et relayée par Capstan, le seuil de 250 salariés s'apprécie au niveau du SIREN. Une entreprise qui exploite plusieurs établissements compte donc l'ensemble de ses effectifs.
Les mêmes sources indiquent trois conditions cumulatives pour le volet activité partielle :
- disposer d'une autorisation d'activité partielle au titre du motif « sinistre » ;
- apporter la preuve d'un dépôt de plainte ;
- justifier, le cas échéant, d'une déclaration de sinistre auprès de l'assureur.
Ces conditions viennent de la communication gouvernementale et de la FAQ du ministère. Elles doivent être vérifiées dans le texte du décret et dans ses éventuelles mises à jour avant toute démarche.
Ce que prévoient les mesures annoncées le 20 octobre
Le dispositif ne se limite pas à une seule allocation. D'après La Cité des entreprises, qui a fait le point le 21 octobre 2026, le gouvernement a annoncé plusieurs leviers complémentaires.
Activité partielle sans reste à charge. L'État prend en charge l'indemnisation versée aux salariés empêchés de travailler. Les salariés perçoivent 60 % de leur rémunération brute, et 100 % pour ceux rémunérés au SMIC. Le versement se fait à la date de paie habituelle, et l'employeur ne supporte aucun coût résiduel.
Report de cotisations Urssaf. Les cotisations patronales exigibles sur les trois prochains mois peuvent être reportées jusqu'à 12 mois. Il s'agit d'une facilité de paiement et non d'une annulation. Les pénalités et majorations de retard sur les échéances reportées sont écartées, selon la FAQ.
Mesures fiscales. Un étalement des charges fiscales sans frais ni pénalités est possible, sur demande motivée au service des impôts. Ce n'est pas un report automatique : il faut justifier les dégâts et leur effet sur la trésorerie.
Prêt à taux zéro Bpifrance. Il peut atteindre 50 000 euros, remboursables sur trois ans, avec une demande déposée sur une plateforme en ligne. Les conditions détaillées n'étaient pas encore publiées à la date des sources consultées.
Un fonds de soutien complémentaire a également été évoqué, ses modalités restant à préciser sur le site du ministère de l'Économie.
Un cas concret : la boutique de 12 salariés dont la vitrine a été brisée
Prenons une boutique de prêt-à-porter de 12 salariés, dont la vitrine a été brisée dans la nuit du 18 octobre 2026. Le local reste inutilisable pendant trois semaines, le temps de la réparation et du remplacement du stock détérioré.
Le gérant place ses équipes en activité partielle le 19 octobre. Il dispose alors de 30 jours, soit jusqu'au 18 novembre 2026, pour déposer sa demande d'autorisation sur le portail dédié, auprès de la DDETS de son département. L'administration notifie sa décision dans un délai de 15 jours.
Prenons une vendeuse rémunérée 2 400 euros bruts par mois. Si elle est à l'arrêt complet, elle perçoit 60 % de ce montant, soit 1 440 euros, et l'allocation est intégralement couverte par l'État. Une employée rémunérée au SMIC perçoit, elle, 100 % de son salaire.
Si le gérant a souscrit une assurance pertes d'exploitation couvrant les salaires, il reste éligible tant que l'assureur n'a pas payé. Une fois l'indemnité versée, il devra rembourser à l'État les allocations correspondant aux heures couvertes par l'assurance.
Si, à l'inverse, le gérant ferme volontairement par prudence sans dommage direct, il n'est pas éligible à ce motif, d'après la FAQ. Si la fermeture résulte d'un arrêté préfectoral, l'éligibilité dépend des motifs et du périmètre de l'arrêté, et non de la seule existence de la décision.
Côté trésorerie, ses cotisations patronales des trois prochains mois peuvent être reportées jusqu'à 12 mois, ce qui allège immédiatement la tension sur les comptes pendant la réparation.
Les alternatives à l'activité partielle
Selon la FAQ du ministère du Travail, l'activité partielle n'est pas la seule option pour absorber l'arrêt. L'employeur peut recourir au télétravail exceptionnel lorsque les postes s'y prêtent, ou convenir avec les salariés de la prise de congés ou de jours de RTT.
Les heures perdues peuvent aussi être récupérées ultérieurement, les événements pouvant relever de la force majeure au sens de l'article L. 3121-50 du Code du travail. Chaque option a ses conséquences sur la rémunération et sur les droits des salariés. Il vaut mieux les comparer avant de choisir, surtout si l'arrêt dépasse quelques semaines.
Pour une entreprise de 50 salariés ou plus, le comité social et économique doit aussi être consulté. Son avis peut être transmis après la demande, dans un délai de deux mois. L'oublier retarde parfois le traitement du dossier.
Les pièges à éviter
Le premier piège est le calendrier. Le délai de 30 jours court à partir du placement en activité partielle. Une demande tardive peut compromettre la prise en charge des premiers jours d'arrêt.
Le deuxième piège concerne les preuves. Plainte, photographies datées, factures de réparation et déclaration à l'assureur doivent être conservées dès les premières heures. Elles servent à la fois à l'administration, à l'assureur et au service des impôts.
Le troisième piège est le cumul mal compris. Une aide de l'État n'efface pas l'indemnisation d'assurance, et inversement : certaines sommes devront être reversées si le même préjudice est indemnisé deux fois.
Les stagiaires, enfin, ne sont pas éligibles à l'activité partielle faute de contrat de travail. Les apprentis et les titulaires d'un contrat de professionnalisation le sont dans les mêmes conditions que les autres salariés.
Pourquoi consulter un juriste avant de déposer les dossiers
Entre droit du travail, droit des assurances et droit fiscal, un sinistre de ce type ouvre plusieurs dossiers simultanés, chacun avec ses délais et ses justificatifs. Une erreur sur l'un peut fragiliser les autres.
Un avocat ou un juriste en droit des affaires peut vérifier votre éligibilité au regard du texte publié, relire votre déclaration de sinistre et sécuriser vos échanges avec l'assureur. Sur un dossier de dégâts matériels, notre analyse sur la mairie de Marseille envahie et la question de qui paie les dégâts illustre la logique d'indemnisation. Pour les échéances sociales, voyez aussi notre point sur l'URSSAF 2026.
Ce qu'il faut faire dès maintenant
- Déposer plainte et déclarer le sinistre à votre assureur, en conservant les accusés de réception.
- Photographier les dégâts et rassembler les factures de réparation et de stock détruit.
- Vérifier votre effectif au niveau du SIREN, puis déposer la demande d'activité partielle dans les 30 jours.
- Demander le report de vos cotisations à l'Urssaf et, si nécessaire, un étalement auprès du service des impôts.
- Faire relire le décret et votre situation par un professionnel du droit avant de signer tout accord avec l'assureur.
Cet article est une information générale et ne constitue pas un conseil juridique. Les conditions précises dépendent du texte officiel et de votre situation. Consultez un avocat sur Expert Zoom pour examiner votre dossier.

Odile Karamazov