Le monde du ski alpin suisse est en deuil. Walter Tresch, ancien vainqueur de la mythique descente du Lauberhorn et figure emblématique du sport helvétique, s'est éteint le 29 août 2026 à l'âge de 78 ans, entouré des siens, après une longue maladie. Sa disparition soulève, au-delà de l'émotion sportive, une question patrimoniale concrète et méconnue : que devient la fondation sportive qu'il avait créée et nourrie pendant plus de vingt ans ?
Le palmarès d'une icône helvétique
Né à Bristen, dans le canton d'Uri, Walter Tresch est l'une des grandes figures du ski suisse des années 1970. Fils de montagnards, il s'impose sur quatre épreuves de Coupe du monde et décroche la médaille d'argent aux Championnats du monde de ski alpin de Sapporo en 1972. Mais sa plus grande victoire reste gravée dans la mémoire collective helvétique : en janvier 1971, à Wengen, il remporte la descente du Lauberhorn — la course la plus rapide et la plus longue du circuit mondial.
Après sa carrière sportive, Tresch ne raccroche pas ses skis au mur. En 2000, il commence à s'engager activement dans la Walter-Tresch-Stiftung, une fondation dédiée à la promotion du sport dans la commune de Silenen (UR). Il y organise notamment un tournoi de golf bisannuel qui génère entre CHF 15 000 et CHF 20 000 par édition, intégralement reversés à la fondation. Ces fonds soutiennent les jeunes sportifs de la vallée de la Reuss depuis plus de deux décennies.
Ce que dit le droit suisse sur les fondations
Contrairement à une idée reçue, une fondation ne disparaît pas avec son fondateur. En droit suisse, elle est régie par les articles 80 à 89 du Code civil (CC) et constitue une entité juridique autonome — distincte, sur le plan légal, de la personne qui l'a créée. Elle dispose de son propre patrimoine, de ses propres organes dirigeants et de sa propre existence légale.
Concrètement, le Stiftungsrat (conseil de fondation) continue de fonctionner après le décès du fondateur. La fondation reste sous la surveillance de l'autorité cantonale compétente — dans le canton d'Uri, c'est le Regierungsrat (Conseil d'État cantonal) qui assume ce rôle. Toute modification dans la composition du conseil ou dans les statuts doit lui être notifiée dans les délais réglementaires.
Mais "survivre juridiquement" ne signifie pas "prospérer". La disparition du fondateur peut fragiliser une fondation à plusieurs niveaux : perte du moteur humain et de la visibilité publique associée, tarissement des recettes liées à ses initiatives personnelles, désorganisation du réseau de donateurs et de partenaires. Selon SwissFoundations, organisation faîtière des fondations philanthropiques suisses, il existe plus de 13 000 fondations actives en Suisse — dont une majorité de petites structures très dépendantes de l'engagement personnel de leurs initiateurs.
L'analyse de l'expert : le vide laissé est opérationnel, pas juridique
Un conseiller en gestion de patrimoine familiarisé avec le secteur philanthropique posera immédiatement deux questions clés face à une situation comme celle de la Fondation Tresch : qui organise le tournoi de golf désormais, et quelle est la dotation en capital propre de la fondation ?
Si la structure reposait essentiellement sur les CHF 15 000 à CHF 20 000 générés tous les deux ans par le tournoi personnel de Walter Tresch, sa disparition crée un déficit annuel estimé entre CHF 7 500 et CHF 10 000. Sans remplacement actif de cette source de financement, la fondation devra puiser dans ses réserves ou réduire ses attributions aux sportifs locaux.
Ce vide n'est pas inévitable. Mais il nécessite une planification patrimoniale préventive — idéalement engagée bien avant que la situation de santé du fondateur ne devienne critique.
Le cas de Stefan, ex-champion régional de biathlon : quand les chiffres parlent
Prenons le cas concret de Stefan, 67 ans, ancien champion de biathlon du canton de Berne. En 2008, il a créé une fondation sportive pour soutenir les jeunes athlètes de sa région, dotée d'un capital initial de CHF 40 000. Chaque année, il organise personnellement une course de ski caritative qui rapporte en moyenne CHF 9 000. En 2026, son état de santé se dégrade et il sollicite un conseiller en gestion de patrimoine.
Sans planification successorale, voici le scénario probable :
- Le conseil de fondation dispose de 90 jours après le décès pour élire un nouveau président (art. 83 CC) ; faute de quoi, l'autorité cantonale de surveillance peut intervenir d'office.
- Les CHF 9 000 annuels générés par la course caritative disparaissent avec l'organisateur.
- Si le capital total de la fondation tombe en dessous de CHF 30 000, l'autorité de surveillance peut engager une procédure de liquidation (art. 88 CC), les actifs résiduels étant transférés à une cause similaire selon les statuts.
- Résultat probable : dissolution de la fondation dans les 24 mois suivant le décès, et fin des bourses aux jeunes sportifs.
Avec une planification patrimoniale adaptée, engagée 12 mois avant :
- Stefan rédige un legs testamentaire de CHF 45 000 à la fondation — soit cinq années de recettes de la course.
- Il formalise une "lettre d'intentions" désignant deux successeurs volontaires dans son réseau sportif.
- Il inscrit dans les statuts révisés un mécanisme alternatif de financement (partenariat avec un club local, donation participative annuelle).
- Coût de la démarche : entre CHF 1 200 et CHF 3 000 (consultation patrimoniale + honoraires notariaux).
- Bénéfice chiffré : la fondation continue de verser CHF 3 000 à cinq jeunes athlètes par an pendant au moins dix ans après le décès de Stefan.
La différence entre "dissoudre" et "perpétuer" une fondation sportive tient souvent à moins d'une journée de consultation préventive.
Trois signaux d'alarme pour agir sans attendre
Si vous êtes fondateur ou administrateur d'une fondation sportive ou philanthropique suisse, trois situations justifient une consultation immédiate avec un expert en gestion de patrimoine :
1. Votre fondation dépend de votre présence personnelle pour lever des fonds. Si c'est vous qui organisez les événements, animez le réseau et apportez la visibilité, la fondation est exposée à un risque opérationnel majeur. Un conseiller peut structurer des mécanismes autonomes : fonds de dotation, contrat de mandat avec un tiers organisateur, partenariats institutionnels.
2. Votre capital de fondation est inférieur à CHF 100 000. En dessous de ce seuil, la structure est statistiquement vulnérable en cas de choc opérationnel ou de désengagement d'un donateur clé. Un legs testamentaire planifié peut consolider significativement la dotation.
3. Vous n'avez pas revu vos statuts depuis plus de cinq ans. Le cadre juridique suisse des fondations a évolué : les exigences en matière de gouvernance, de transparence et de reporting ont été précisées. Un conseiller vérifie la conformité et propose les adaptations nécessaires pour sécuriser les activités de la fondation à long terme.
Gestion de patrimoine et héritage sportif : un angle encore trop rare en Suisse
La mort de Walter Tresch n'est pas seulement la perte d'un champion et d'une personnalité aimée du canton d'Uri. C'est un rappel que les structures sportives locales — fondations, clubs, centres de formation — reposent souvent sur des individus d'exception dont l'engagement personnel constitue le principal pilier. Quand ces piliers s'effacent, l'édifice peut vaciller bien plus vite que prévu.
En Suisse, la gestion de patrimoine ne se limite pas à l'optimisation d'un portefeuille d'investissements. Elle englobe la transmission des engagements philanthropiques, la pérennisation des fondations familiales ou sportives, et la préservation de legs qui dépassent les actifs financiers. Les articles 80 à 89 du Code civil suisse, consultables sur le portail officiel de la Confédération suisse, prévoient des mécanismes précis pour modifier, consolider ou réorienter une fondation — à condition d'agir avant que le fondateur ne soit plus en mesure de le faire.
Pour les anciens sportifs, les personnalités locales et les familles qui ont créé une structure philanthropique au fil des années, l'heure est venue d'en discuter avec un expert. Non pas par pessimisme, mais par fidélité à ce qu'ils ont bâti.
Avertissement : cet article a une portée informative générale. Toute situation patrimoniale individuelle nécessite l'avis d'un conseiller en gestion de patrimoine ou d'un notaire qualifié.

Isabelle Rey