Des couvre-feux nocturnes dans dix régions de l'île Maurice, 93 arrestations en une nuit et des vacanciers suisses qui peinent à trouver de quoi dîner : les troubles qui secouent l'île depuis le lundi 12 octobre 2026 concernent directement les voyageurs romands. Si vous êtes sur place, si vous partez bientôt ou si votre séjour est réservé pour les semaines à venir, voici ce que dit le droit et ce que vous pouvez exiger.
Ce qui s'est passé à Maurice depuis le 12 octobre
Selon le quotidien taz, les troubles ont éclaté le lundi 12 octobre au soir. Des routes ont été bloquées, des postes de police et des commerces ont été attaqués. La colère vise une pénurie d'eau qui dure depuis près de deux semaines, la hausse du coût de la vie et le comportement de la police.
Le déclencheur est le cas d'Élodie Thomas, 27 ans, blessée d'une balle dans le cou alors qu'elle rentrait du travail en voiture près de la caserne de Camp-Levieux. Selon le conducteur, un policier l'a menacé avant de tirer sur le véhicule par l'arrière. Les circonstances restent contestées. Le policier est en détention provisoire, et la jeune femme, opérée sept heures, se trouve en soins intensifs à Port-Louis.
Le Premier ministre Navinchandra Ramgoolam a annoncé dans une allocution télévisée un couvre-feu de 20h30 à 6h00 dans dix régions, dont la capitale, du mardi 13 au mercredi 14 octobre. D'après 20 Minutes et le média local Défi Media, 93 personnes ont été arrêtées dans la nuit de mardi, dont 15 mineurs. Deux supermarchés ont été pillés et plusieurs policiers blessés. Le couvre-feu est depuis levé, mais les écoles restent fermées jusqu'à la fin de la semaine.
Ce que vivent les touristes suisses
Le témoignage recueilli par 20 Minutes est parlant. Une Romande en vacances à Grand-Baie, dans le nord, raconte avoir eu du mal à trouver à manger : son groupe a fini par acheter de l'eau, du pain et des pâtes dans une petite épicerie au rideau à moitié baissé. La police a patrouillé pour s'assurer que les clients, y compris dans les hôtels, étaient rentrés avant le couvre-feu.
Les vols semblent circuler normalement. Les ambassades du Royaume-Uni et de France appellent à la prudence et recommandent d'éviter les rassemblements. Au moment de la publication de 20 Minutes, le DFAE n'avait pas encore publié d'information spécifique, et sa fiche générale présentait toujours Maurice comme une destination sûre. Cette fiche évolue : consultez-la avant tout départ sur le site du DFAE consacré à Maurice.
Voyage à forfait ou réservation séparée : le point de départ juridique
Vos droits dépendent d'abord de la manière dont vous avez réservé. En Suisse, la loi fédérale sur les voyages à forfait protège ceux qui ont acheté une combinaison transport et hébergement (ou plus) auprès d'un organisateur. Celui-ci répond de la bonne exécution du voyage, même si les prestations sont fournies par des partenaires locaux.
- Forfait (vol + hôtel via une agence ou un tour-opérateur) : si une partie importante du séjour n'est pas fournie, vous pouvez demander une réduction du prix, une solution de remplacement, voire un rapatriement. L'organisateur doit aussi vous assister.
- Réservations séparées (vol de votre côté, hôtel sur une plateforme) : la protection est plus fragile. Vous dépendez des conditions de chaque prestataire et, surtout, de votre assurance.
- Aucune notification officielle de danger : tant que le DFAE ne déconseille pas le voyage, les compagnies et organisateurs ne sont en général pas tenus de rembourser une simple inquiétude. L'appréciation change si les autorités déconseillent le séjour ou si les prestations ne peuvent plus être fournies.
Pour comprendre comment ce raisonnement s'applique à d'autres événements, vous pouvez lire notre analyse sur les droits des voyageurs face aux intempéries en Crète.
Un cas concret : un séjour de 10 jours réservé à 4 800 CHF
Prenons une famille genevoise de quatre personnes, avec un forfait de dix jours à Grand-Baie réservé à 4 800 CHF, départ le 20 octobre 2026. Le 14 octobre, elle apprend que des commerces sont fermés et que des couvre-feux ont été instaurés ailleurs sur l'île.
- Si elle annule de sa propre initiative alors que le DFAE ne déconseille pas le voyage : l'organisateur peut appliquer ses frais d'annulation. Avec un départ à six jours, des barèmes de 30 à 50 % sont courants, soit environ 1 440 à 2 400 CHF perdus. Une assurance annulation ne rembourse en général que si le risque est couvert (maladie, accident, parfois événements politiques), selon les conditions générales.
- Si le DFAE déconseille le séjour, ou si l'organisateur ne peut plus fournir l'essentiel de la prestation : la famille peut réclamer un remboursement intégral ou un report sans frais. Il faut le demander par écrit, rapidement, en joignant l'avis officiel.
- Si elle est déjà sur place et que, par exemple, quatre jours sur dix sont fortement perturbés (restaurants fermés, excursions annulées) : une réduction de prix proportionnelle à la part non fournie est envisageable. Sur ce séjour, quatre jours sur dix représentent 40 % de la prestation, soit jusqu'à 1 920 CHF en discussion, à justifier par photos, factures et échanges écrits.
Ces chiffres sont illustratifs : le résultat réel dépend du contrat, de l'assurance et des preuves réunies. C'est justement ce qui rend utile l'avis d'un juriste avant d'envoyer la moindre réclamation.
Les réflexes à adopter dès maintenant
- Conservez les preuves : captures d'écran des annulations, photos des commerces fermés, messages de l'hôtel, tickets d'achat de produits de première nécessité.
- Signalez le problème sur place : informez l'organisateur ou le guide local par écrit, le plus tôt possible. Un défaut jamais signalé est très difficile à faire valoir ensuite.
- Lisez votre assurance voyage et votre carte de crédit : certaines couvrent l'assistance, le rapatriement ou les frais supplémentaires en cas d'émeutes. Vérifiez les exclusions.
- Inscrivez-vous auprès du DFAE et suivez les consignes des autorités locales, notamment sur les horaires de couvre-feu.
- Ne payez pas de frais de modification sans réserve : demandez une confirmation écrite que le remplacement est proposé à cause de la situation locale.
Un cas comparable concerne la compagnie aérienne : si votre vol est supprimé ou dévié, la logique diffère. Notre article sur le vol Emirates dérouté pendant 24 heures détaille ce que votre assurance peut rembourser.
Santé et sécurité : ne pas sous-estimer la pénurie d'eau
La pénurie d'eau à l'origine de la colère est aussi un sujet pratique pour les voyageurs. Privilégiez l'eau en bouteille scellée, soyez attentif à l'hygiène des aliments si l'approvisionnement est irrégulier, et consultez un médecin en cas de troubles digestifs persistants. Cette information est générale et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.
Et si la situation dure ?
Les autorités ont levé le couvre-feu, et la police affirme que la situation est sous contrôle, mais rien ne garantit une accalmie durable : la pénurie d'eau et le débat sur la violence policière restent entiers. Les voyageurs qui partent dans les prochaines semaines ont donc intérêt à suivre trois indicateurs : l'évolution de la fiche du DFAE, les communications de leur organisateur et les éventuelles modifications d'horaires de la compagnie aérienne.
Si vous hésitez, ne résiliez pas sur un coup de tête. Demandez d'abord par écrit à l'organisateur quelles solutions il propose (report, changement de dates, avoir), conservez sa réponse et comparez-la avec ce que prévoit votre contrat. Une offre d'avoir acceptée trop vite peut vous faire renoncer à un remboursement auquel vous aviez droit.
Pourquoi consulter un juriste avant de réclamer
Les litiges de voyage se jouent souvent sur des détails : la qualification du contrat (forfait ou non), la date de la réclamation, la preuve du défaut, les clauses de force majeure. Une lettre mal rédigée peut vous coûter un remboursement. Cet article est une information générale et ne constitue pas un conseil juridique.
Si votre séjour à Maurice est affecté ou menacé, un expert en droit des voyageurs et de la consommation peut analyser votre contrat, chiffrer votre réclamation et rédiger la démarche adaptée. Trouvez un juriste sur ExpertZoom pour faire valoir vos droits avant le départ ou à votre retour.

Élise Dubois