Le 19 juin 2025, la Banque nationale suisse (BNS) a abaissé son taux directeur à 0%, et sa prochaine décision — attendue le 24 septembre 2026 — ne devrait pas y changer grand-chose. Pour des millions d'épargnants helvétiques, cette stabilité apparente cache un phénomène silencieux et coûteux : l'érosion progressive du pouvoir d'achat de leur épargne-retraite, pilier 3a en tête. Ce que les marchés lisent comme un signal de calme monétaire, les experts en gestion de patrimoine l'analysent différemment : c'est une fenêtre d'action que beaucoup laissent se refermer chaque année sans l'exploiter.
Pourquoi la BNS maintient son taux à zéro
La BNS évolue dans un contexte macroéconomique particulier : une inflation suisse parmi les plus basses d'Europe (environ 0,3% en mi-2026 selon l'Office fédéral de la statistique), un franc structurellement fort qui pénalise les exportateurs, et une croissance fragile dans la zone euro — son principal partenaire commercial.
Dans ce cadre, maintenir le taux directeur à 0% — ou même l'abaisser légèrement si la pression sur le franc s'intensifiait — constitue l'outil de prédilection de la banque centrale pour éviter une sur-appréciation du franc face à l'euro. Les analystes d'UBS et de Raiffeisen tablent sur un statu quo ou une légère baisse lors de la réunion du 24 septembre, et ne prévoient pas de remontée significative avant 2028 au plus tôt.
Cette politique est cohérente du point de vue macroéconomique. Elle l'est beaucoup moins pour quelqu'un dont le pilier 3a dort dans un compte bancaire.
Ce que 0% signifie vraiment pour votre compte 3a
Un taux directeur à 0% se traduit mécaniquement par une rémunération quasi nulle sur les produits d'épargne. En 2026, les comptes épargne classiques offrent entre 0,05% et 0,35% selon les établissements. Les comptes de prévoyance liée (pilier 3a bancaire) ne font pas mieux : la moyenne tourne autour de 0,25 à 0,30% annuel.
Avec une inflation à 0,3%, le rendement réel de ces comptes est effectivement nul ou légèrement négatif. Ce n'est pas une alerte catastrophiste : le nominal ne baisse pas. Mais le pouvoir d'achat stagne, et l'argent accumulé vaut chaque année un peu moins en termes réels.
C'est ce que les spécialistes appellent la « trappe à liquidités passive » : l'épargnant voit son solde augmenter lentement et se croit en bonne posture, sans réaliser que la croissance nominale masque une perte réelle. Et pendant ce temps, des stratégies bien plus efficaces existent — légalement, fiscalement avantageuses, accessibles à tous.
Trois erreurs classiques que commettent les épargnants suisses
Les conseillers en gestion de patrimoine identifient trois comportements qui font perdre de l'argent de manière systématique dans un environnement de taux zéro :
Rester sur un compte 3a bancaire sans revue d'allocation. La plupart des détenteurs d'un 3ème pilier ont ouvert un compte dans leur banque principale lors de leur premier emploi et ne l'ont jamais revu. Un produit 3a investi dans des fonds actions suisses diversifiés affiche historiquement un rendement annuel moyen de 4 à 7% sur dix ans — entre 15 et 25 fois supérieur à un compte classique.
Ne pas maximiser l'avantage fiscal annuel. En 2026, le plafond de déduction fiscale pour le pilier 3a est de 7 056 CHF pour un salarié. Chaque franc non versé jusqu'à ce plafond représente une opportunité fiscale perdue : selon le canton et la tranche de revenus, l'économie d'impôt peut atteindre 2 000 à 2 500 CHF par an.
Ignorer l'horizon temporel. Un épargnant de 35 ans avec 30 ans devant lui n'a pas le même profil de risque qu'une personne à 5 ans de la retraite. Pourtant, les deux ont souvent le même type de compte 3a standard. Adapter son allocation (proportion d'actions, d'obligations, d'immobilier indirect) à l'horizon réel peut doubler, voire tripler le capital final disponible.
Le cas de Thomas : 45 000 CHF qui s'endorment
Voici une situation représentative de milliers d'épargnants suisses. Thomas, 42 ans, réside dans le canton de Neuchâtel. Il a ouvert un compte 3a il y a dix ans dans sa banque principale. Son solde actuel : 45 000 CHF, accumulés en versant environ 4 500 CHF par an. Son taux de rémunération actuel : 0,25%.
Ce que Thomas perçoit : son argent est « sécurisé » et croît tranquillement.
Ce qui se passe réellement : à 0,25%, Thomas génère 112,50 CHF d'intérêts bruts par an sur ces 45 000 CHF. Avec une inflation de 0,3%, son pouvoir d'achat recule en fait de 22,50 CHF par an — soit un rendement réel légèrement négatif.
Si Thomas basculait son 3a vers un fonds actions diversifié à rendement historique de 5% annuel, les mêmes 45 000 CHF produiraient 2 250 CHF de croissance par an. En projetant sur les 23 années qui lui restent avant la retraite, avec un versement annuel identique de 4 500 CHF, la différence de capital final atteindrait environ 90 000 à 100 000 CHF entre les deux scénarios — selon les données de simulation publiées par la FINMA.
Si Thomas portait également ses versements annuels au plafond légal de 7 056 CHF (au lieu de 4 500 CHF), il économiserait environ 650 CHF supplémentaires par an sur son impôt cantonal neuchâtelois — soit plus de 14 000 CHF d'économies fiscales sur 23 ans, sans compter la capitalisation de ces versements supplémentaires.
Total de l'impact potentiel de ces deux ajustements combinés : une différence de patrimoine retraite de l'ordre de 120 000 à 140 000 CHF — sur la seule base de décisions prises cette année.
Note : les projections financières sont indicatives et ne constituent pas un conseil en investissement. Les rendements historiques ne garantissent pas les rendements futurs. Consultez un expert qualifié pour une analyse personnalisée de votre situation.
La décision du 24 septembre ne changera pas la donne
Que la BNS maintienne son taux à 0% ou l'ajuste marginalement à -0,25%, la rémunération des comptes 3a bancaires n'évoluera pas significativement. Le mécanisme de transmission entre taux directeur et taux servis sur les dépôts de détail est lent, partiel, et délibérément asymétrique : les banques répercutent rapidement les baisses sur les épargnants, mais lentement les hausses.
Attendre un « signal des taux » pour revoir sa stratégie de prévoyance est donc une erreur de timing chronique. Chaque année de report coûte de l'argent en manque à gagner et en opportunités fiscales définitivement perdues — la fenêtre du 3ème pilier se ferme chaque 31 décembre, sans report possible.
Pour mieux comprendre comment les décisions des autres banques centrales affectent aussi l'environnement d'épargne en Suisse, consultez notre analyse Fed et impact des taux d'intérêt sur l'épargne suisse. Et si vous vous demandez comment vos droits LPP s'en sortent dans ce contexte, notre dossier sur les caisses de pension suisses et leur taux de couverture record vous donnera un éclairage complémentaire.
Trois questions à poser à votre conseiller cette semaine
Un audit de prévoyance prend moins d'une heure et peut transformer la trajectoire de votre retraite. Voici les trois questions concrètes à poser :
- Quel est le rendement réel net d'inflation de mon 3a actuel ? (pas le taux nominal affiché)
- Mon allocation correspond-elle à mon horizon de retraite ? (le profil de risque doit évoluer avec l'âge)
- Est-ce que je maximise le plafond annuel déductible ? (7 056 CHF pour un salarié en 2026)
Ces questions paraissent simples, mais dans la majorité des cas, les réponses révèlent un potentiel d'amélioration considérable. La décision BNS du 24 septembre 2026 sera analysée et commentée pendant 48 heures dans les médias financiers. L'impact silencieux de l'inaction sur votre épargne-retraite, lui, s'accumule chaque jour. Un expert en gestion de patrimoine sur Expert Zoom peut vous aider à faire le point — et à transformer la prochaine décision de la BNS en opportunité plutôt qu'en nouvelle de fond sonore.

Antoine Favre