Un séisme de magnitude 5,1 a frappé le centre du Pérou le samedi 18 juillet 2026 à 21 h 24, heure locale, faisant au moins un mort et une dizaine de blessés selon un premier bilan des autorités. Quelques heures à peine après la secousse, les premières fausses cagnottes de dons et courriels d'« aide humanitaire » circulaient déjà en ligne, y compris auprès d'internautes suisses. Un spécialiste en cybersécurité rappelle que chaque catastrophe déclenche une vague d'arnaques calibrées pour exploiter l'émotion et la générosité.
Ce qui s'est passé au Pérou
L'Institut géophysique du Pérou (IGP) a localisé l'épicentre à sept kilomètres au sud de Chupaca, dans la région andine de Junín, à 24 kilomètres de profondeur. L'IGP a retenu une magnitude de 5,1, tandis que l'US Geological Survey avançait le chiffre de 5,5. Le district de Chongos Bajo concentre la majorité des dégâts recensés. Selon Euronews, une réplique de magnitude 3,7 s'est produite dix-sept minutes plus tard, à une profondeur moindre de 18 kilomètres.
Face à ce type d'événement, l'élan de solidarité est immédiat : dons en ligne, partages sur les réseaux sociaux, appels de collecte. C'est précisément cette fenêtre d'émotion que les escrocs guettent. En quelques heures, de faux comptes et de fausses pages de collecte se créent, souvent avant même que les organisations légitimes n'aient lancé leurs propres appels.
Pourquoi une catastrophe attire autant d'escrocs
Une urgence humanitaire réunit toutes les conditions dont un fraudeur a besoin. L'émotion pousse à agir vite, sans vérifier. L'actualité fournit un prétexte crédible et un visuel choc. Et les moyens de paiement instantanés — virement, cartes prépayées, cryptomonnaies — rendent l'argent difficile à récupérer une fois envoyé.
Les techniques sont désormais bien rodées. De faux sites reprennent le logo d'organisations connues avec une adresse légèrement modifiée. Des courriels et des SMS de « collecte d'urgence » renvoient vers des formulaires de paiement frauduleux. Sur les réseaux sociaux, des cagnottes personnelles affichent des photos réelles du séisme détournées de leur contexte. Certaines campagnes utilisent même des voix ou des images générées par intelligence artificielle pour imiter des proches ou des personnalités. Ces méthodes, déjà observées lors de précédentes catastrophes, se recyclent d'une crise à l'autre.
Les signaux qui doivent alerter
Un spécialiste en informatique et cybersécurité recommande de se méfier de plusieurs signaux avant tout don. Une sollicitation non demandée, reçue par courriel, SMS ou message privé, doit être traitée avec prudence : les organisations sérieuses ne réclament jamais un paiement en urgence par ce canal.
Vérifiez l'adresse exacte du site. Un caractère remplacé, un tiret ajouté ou une extension inhabituelle (.info, .org détourné) trahissent souvent une copie. Méfiez-vous des pressions au sentiment d'urgence — « chaque minute compte », « plus que quelques heures » — et des modes de paiement inhabituels pour un don, comme les cartes cadeaux ou les cryptomonnaies. Enfin, une cagnotte personnelle qui ne dit rien de la destination réelle des fonds ni du bénéficiaire identifiable doit être écartée.
En Suisse, l'Office fédéral de la cybersécurité met à disposition des ressources et un formulaire d'annonce des tentatives d'escroquerie et de hameçonnage sur son site officiel ncsc.admin.ch. Signaler une fausse cagnotte contribue à faire fermer la page plus vite et à protéger d'autres donateurs.
Comment donner sans se faire piéger
La règle d'or tient en une phrase : ne suivez jamais un lien reçu, allez directement à la source. Pour soutenir les victimes du séisme péruvien, tapez vous-même l'adresse d'une organisation humanitaire reconnue dans votre navigateur plutôt que de cliquer sur un lien transmis. En Suisse, un don passe idéalement par une organisation certifiée, dont le sérieux et l'affectation des fonds sont contrôlés par un tiers indépendant. Les mêmes réflexes de prudence valaient déjà pour les collectes lancées après le séisme au Venezuela.
Avant de valider, prenez trente secondes pour vérifier. Le numéro de compte correspond-il bien à l'organisation ? Le site affiche-t-il des mentions légales, une adresse physique et un contact ? La page de paiement est-elle sécurisée et hébergée sur le domaine officiel ? Ces réflexes simples éliminent la grande majorité des tentatives.
Si vous pensez avoir communiqué vos coordonnées bancaires sur un faux site, agissez immédiatement : contactez votre banque pour bloquer la carte ou contester le paiement, changez vos mots de passe et conservez les captures d'écran. Plus l'alerte est rapide, plus les chances de bloquer la transaction sont élevées.
Quand consulter un expert
Pour une entreprise, une association ou une collectivité qui lance ou relaie une collecte, l'enjeu est aussi celui de sa propre réputation : une usurpation de votre nom peut détourner des dons et entamer la confiance. Un spécialiste en cybersécurité peut auditer vos canaux de communication, sécuriser vos formulaires de paiement et vous aider à réagir en cas d'usurpation d'identité en ligne. Pour les particuliers victimes d'une fraude, l'accompagnement d'un expert facilite la constitution du dossier et les démarches auprès de la banque et des autorités.
La solidarité envers le Pérou reste légitime et utile. Elle mérite simplement d'être dirigée vers les bons canaux. En prenant le temps de vérifier avant de donner, chacun s'assure que sa générosité parvient réellement aux victimes de Chupaca et de Chongos Bajo — et non dans la poche d'un escroc.
Face à une catastrophe internationale, la prudence numérique est la meilleure alliée de la générosité. Vérifier l'expéditeur, l'adresse et le mode de paiement avant tout don reste le geste le plus efficace pour que l'aide arrive à destination.

Antoine Dubois