Christine Leibundgut-Pauli a annoncé avec regret, le 8 octobre 2026, la fermeture définitive de Pauli Papeterie und Spielwaren AG à Niederlenz (Argovie) : après 22 ans d'activité, la boutique cédera ses derniers jouets et fournitures scolaires le 24 octobre 2026, victime de la concurrence implacable des plateformes comme Temu et du discounter Action. Une décision douloureuse pour les propriétaires — et une situation qui soulève une question urgente pour chaque salarié concerné : lorsque votre employeur ferme boutique, que vous garantit réellement le droit suisse ?
La pression en ligne, nouvel ennemi des commerces de proximité suisses
La fermeture de Pauli Papeterie n'est pas un événement isolé. Depuis 2024, les importateurs directs asiatiques — Temu en tête — ont capté des parts de marché considérables sur les jouets, les fournitures de bureau et le matériel scolaire. Leur modèle : des prix cassés rendus possibles par un accès direct aux usines chinoises et, jusqu'à récemment, par une exonération douanière sur les petits colis.
Selon les données de l'Association suisse des détaillants en papeterie, une trentaine de papeteries indépendantes ont baissé définitivement le rideau en 2025, soit environ 15 % du tissu existant. En début 2026, c'est la chaîne Papeterie Köhler — 13 succursales — qui a été reprise par Orell Füssli pour éviter une liquidation complète, selon les registres du commerce argovien et suisse.
Pour la famille Pauli, l'équation était simple et cruelle : « Nous avons tout essayé pour adapter notre modèle et réduire les charges fixes, mais la concurrence des prix en ligne est devenue impossible à compenser. » La vente de liquidation est en cours, et le 24 octobre 2026 marquera la fin d'une aventure de 22 ans à Mühlestrasse 1 à Niederlenz. Comme l'ont vécu avant eux les collaborateurs du Modehaus Felber à Willisau, les salariés de ces commerces historiques se retrouvent souvent démunis face aux démarches à entreprendre.
Ce que dit le Code des obligations sur le licenciement en cas de fermeture
En Suisse, une fermeture volontaire ne dispense pas l'employeur de respecter les règles ordinaires du droit du travail. L'article 335c du Code des obligations (CO) fixe des délais de congé minimaux impératifs — que rien ne peut court-circuiter, pas même une lettre signée dans l'urgence ou une demande orale de l'employeur.
Ces délais légaux minimaux (sauf clause contractuelle plus favorable) :
- Première année de service : 1 mois de délai de congé, pour la fin du mois
- 2e à 9e année de service : 2 mois de délai de congé, pour la fin du mois
- Dès la 10e année de service : 3 mois de délai de congé, pour la fin du mois
Concrètement : une salariée présente depuis 6 ans chez Pauli Papeterie, informée de la fermeture le 8 octobre 2026, dispose d'un délai de congé courant jusqu'au 31 décembre 2026 — et non jusqu'au 24 octobre, date de fermeture physique de la boutique. Ces deux dates sont radicalement différentes en termes de revenus.
Deux autres droits sont systématiquement méconnus et sous-exploités en cas de fermeture d'entreprise :
Les vacances non prises (CO art. 329d). Si les vacances n'ont pas pu être prises avant la fin des rapports de travail, elles doivent être intégralement compensées en espèces. Pour 10 jours ouvrables non utilisés sur un droit annuel de 20 jours, cela représente 50 % d'un salaire mensuel brut — versé en plus de la dernière paie.
L'indemnité de départ pour les travailleurs âgés (CO art. 339b). Si vous avez plus de 50 ans et comptez au moins 20 années d'ancienneté, vous avez droit à une indemnité correspondant à 2 à 8 mois de salaire — même en dehors d'un licenciement collectif. Un droit que la grande majorité des salariés n'invoque jamais, faute de le connaître.
Nathalie, 7 ans de maison — et CHF 6 945 qui auraient pu lui échapper
Prenons un exemple concret, représentatif des situations que rencontrent régulièrement les juristes spécialisés en droit du travail en Suisse alémanique et romande.
Nathalie, 44 ans, conseillère de vente chez Pauli Papeterie depuis 7 ans, perçoit un salaire mensuel brut de CHF 4 200. Le 8 octobre 2026, l'employeur lui annonce oralement la fermeture et lui demande de « terminer le 24 octobre » — la date affichée sur la porte.
Scénario sans consultation juridique : Nathalie signe une convention de fin de rapports de travail datée au 24 octobre, persuadée que c'est inévitable. Résultat :
- Son délai légal de 2 mois (CO art. 335c, 7 ans de service) n'est pas respecté → elle perd 5 semaines de salaire net : CHF 4 845
- Ses 10 jours de vacances non pris (50 % d'un mois) ne sont pas réclamés : CHF 2 100 supplémentaires
- Perte totale : CHF 6 945 — sans compter le délai de carence éventuel à l'ORP si son inscription au chômage est tardive
Scénario avec une consultation juridique (CHF 200-400) : Un avocat spécialisé en droit du travail vérifie le contrat, calcule le délai légal et rédige une lettre à l'employeur rappelant les obligations légales. Résultat :
- Le délai de congé est respecté jusqu'au 31 décembre 2026 : CHF 4 845 sécurisés
- Les vacances non prises sont compensées à la dernière paie : CHF 2 100 sécurisés
- L'inscription à l'ORP est faite avant la fin du délai de congé, évitant toute suspension de droits
- Différence nette : CHF 6 545 à CHF 6 745 pour une consultation de CHF 200-400
Si Nathalie avait eu 52 ans et 22 ans d'ancienneté, le montant aurait été encore plus significatif : 2 mois d'indemnité de départ (CO art. 339b) = CHF 8 400 supplémentaires, portant l'enjeu total à plus de CHF 15 000 pour une consultation d'une heure.
Les pièges à éviter lorsque votre employeur ferme
Les spécialistes en droit du travail identifient plusieurs comportements qui réduisent drastiquement les droits des salariés en cas de fermeture d'entreprise.
Signer une convention de départ immédiatement. La pression de l'employeur ou un sentiment de loyauté peuvent pousser à accepter rapidement un accord de résiliation anticipée. Or, une fois signé librement, cet accord supprime le droit au délai de congé légal. La règle : ne signez rien sans avoir vérifié vos droits au préalable.
Ne pas réclamer le solde de vacances. En cas de fermeture précipitée, l'employeur omet souvent ce poste dans le décompte final. Il n'est pas automatiquement inclus sans demande explicite — et il est légalement dû.
Attendre pour s'inscrire à l'ORP. Une inscription tardive à l'Office régional de placement peut entraîner une suspension de droits allant de 1 à 60 jours selon le canton. L'inscription doit intervenir au plus tôt, et en tout cas avant la fin effective des rapports de travail.
Confondre fermeture volontaire et faillite. Dans le cas de Pauli Papeterie, il s'agit d'une fermeture volontaire — l'employeur reste solvable et peut honorer ses obligations salariales. En cas de faillite effective, les créances salariales bénéficieraient d'un régime prioritaire de classe 1, avec une garantie de l'État (assurance-insolvabilité SECO) couvrant jusqu'à 4 mois de salaire à hauteur de CHF 148 200 par an. Deux situations juridiquement très différentes.
Avant de signer quoi que ce soit : une heure de consultation peut valoir CHF 6 000
La fermeture de Pauli Papeterie und Spielwaren AG est le symbole d'une mutation qui touche des dizaines de commerces suisses chaque année. Pour les salariés, l'enjeu n'est pas seulement émotionnel — il est financier et juridique. Une convention de départ signée trop vite, des vacances non réclamées, une inscription chômage tardive : ces erreurs, faciles à éviter, peuvent coûter plusieurs milliers de francs.
Une consultation d'une heure avec un avocat spécialisé en droit du travail suffit généralement pour faire l'inventaire complet de vos droits : délai de congé, vacances, indemnité de départ, démarches auprès de l'ORP. ExpertZoom met en relation des salariés romands et alémaniques avec des juristes du travail disponibles rapidement et en ligne — avant de signer la moindre convention.
Avertissement : cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Chaque situation est unique ; consultez un professionnel du droit pour une analyse personnalisée de votre cas.

Sophie Magnin