Le 17 septembre 2026, le tribunal de district de Zurich procède à l'audition d'un étudiant chinois de 25 ans accusé d'avoir préparé pendant des semaines, avec l'aide de ChatGPT, une attaque au couteau contre des enfants en garde périscolaire. Trois fillettes ont été grièvement blessées lors de l'assaut en octobre 2024 ; l'une d'elles a frôlé la mort. Le ministère public zurichois réclame 15 ans d'emprisonnement. Cette affaire survient quelques jours après qu'un autre incident a défrayé la chronique : un Suisse de Grenchen, en vacances sur l'île de Sardaigne, a été blessé à la jambe en tentant d'empêcher un homme de menacer une restauratrice avec un couteau. Deux événements distincts, une même question que de plus en plus de résidents helvètes posent : que dit exactement la loi suisse sur le port de couteau et sur le droit de se défendre face à une agression ?
Une série d'incidents qui met la question au premier plan
Les agressions à l'arme blanche occupent une place croissante dans l'actualité suisse depuis le début de 2026. L'attaque antisémite de Zurich — un adolescent qui avait poignardé 17 fois un juif orthodoxe en mars 2024 — avait abouti à un jugement historique le 7 juillet 2026 : peine maximale pour le mineur (un an), commuée en placement thérapeutique avec obligation de soins. L'affaire des enfants de garderie planifiée par intelligence artificielle interposée représente un nouveau palier dans la nature des menaces. Et entre ces deux affaires judiciaires emblématiques, des dizaines d'incidents moins médiatisés — rixe à Winterthour, agressions nocturnes à Berne, intervention courageuse à l'étranger — font du couteau une préoccupation concrète pour beaucoup de résidents. Pour autant, les droits et obligations des uns et des autres restent mal connus. Qu'est-ce qui est légal de porter ? Jusqu'où peut-on se défendre sans risquer de devenir à son tour suspect ?
Ce que dit l'article 15 du Code pénal suisse
La légitime défense en Suisse est encadrée par l'article 15 du Code pénal (CP). Ce texte pose le principe suivant : toute personne victime d'une attaque illicite, ou menacée d'une telle attaque, est en droit de se défendre et de défendre autrui par des moyens proportionnés. Vous pouvez agir pour protéger votre vie, votre intégrité physique, vos biens, et ceux d'une tierce personne que vous voyez se faire agresser — c'est précisément ce qu'a fait le Suisse intervenu en Sardaigne le 7 septembre 2026.
L'article 15 pose deux conditions strictes.
Condition 1 — L'imminence. L'attaque doit être en cours ou sur le point de se produire. Une défense exercée après que la menace a cessé n'est plus couverte par ce texte : frapper quelqu'un pour se venger d'une agression terminée constitue une voie de fait punissable, voire une lésion corporelle simple ou grave selon les séquelles causées.
Condition 2 — La proportionnalité. Le moyen de défense utilisé ne doit pas causer un tort manifestement excessif par rapport à la menace. Selon l'arrêt du Tribunal fédéral TF 6B_276/2026, utiliser un couteau contre une personne désarmée ou répondre par des coups répétés à une insulte verbale dépasse quasi systématiquement le cadre de la légitime défense. Le cas de l'étudiant de Zurich illustre l'autre extrême : une agression planifiée avec préméditation exclut par définition toute invocation de l'article 15.
Si vous dépassez les limites de la proportionnalité ou de l'imminence, vous pouvez être poursuivi pour excès de légitime défense — une infraction qui emporte une peine réduite par rapport à un acte intentionnel, mais une condamnation malgré tout.
Port de couteau en Suisse : ce qui est interdit, ce qui est toléré
La Loi fédérale sur les armes (LArm) établit une liste d'objets tranchants prohibés sur l'ensemble du territoire suisse. Sont formellement interdits :
- Les couteaux à papillon (balisong) ;
- Les couteaux automatiques dont la lame dépasse 5 cm et la longueur totale 12 cm ;
- Les poignards à lame symétrique de 5 à 30 cm ;
- Les couteaux et étoiles de lancer.
Tout achat, importation ou port de l'un de ces objets expose à une peine privative de liberté pouvant aller jusqu'à 3 ans, ou à une peine pécuniaire. Les autorités douanières suisses signalent systématiquement les saisies au Ministère public du canton du destinataire, lequel émet une ordonnance pénale.
À l'opposé, le canif de randonnée, le couteau de cuisine ou le mythique couteau suisse restent légaux à transporter, sous réserve de justifier d'un usage licite et raisonnable. Promener un couteau de chef dans votre manteau en plein centre-ville un samedi soir, sans explication plausible, peut être interprété par un agent comme un port d'arme déguisé — et entraîner une interpellation immédiate. La règle pratique à retenir est simple : si vous ne pouvez pas justifier pourquoi vous portez un couteau à cet endroit et à ce moment, vous prenez un risque juridique réel.
Vous êtes agressé à Genève à 23 h : deux scénarios, deux issues très différentes
Prenons un cas concret. Il est 23 h 00, rue de Rive à Genève. Un individu vous suit, sort brusquement un couteau à cran d'arrêt — un objet prohibé par la LArm — et vous menace verbalement en s'approchant.
Scénario A — Défense proportionnée : vous utilisez une bombe lacrymogène homologuée, vous repoussez l'assaillant et vous fuyez. L'article 15 CP vous protège entièrement. L'agresseur encourt jusqu'à 3 ans pour port d'arme prohibée, plus une peine pour menace grave (Art. 180 CP) pouvant aller jusqu'à 3 ans supplémentaires. Si le juge cumule les deux chefs d'accusation, la peine totale peut atteindre 5 à 6 ans d'emprisonnement.
Scénario B — Excès après neutralisation : l'assaillant tombe au sol après votre riposte initiale et ne se relève plus. Si vous continuez à lui porter des coups alors qu'il ne constitue plus une menace immédiate, votre action cesse d'être couverte par l'article 15. Le procureur peut retenir un excès de légitime défense à votre encontre, même si vous étiez la victime initiale. Selon la gravité des blessures infligées après cessation de la menace, la peine prononcée peut varier de quelques jours-amende à plusieurs mois de privation de liberté avec sursis — une situation qu'un avocat expérimenté peut souvent prévenir ou atténuer, à condition d'intervenir dès la première heure.
Dans l'un ou l'autre scénario, la conduite à tenir après l'incident est identique : appeler le 117 (police cantonale), porter plainte sans délai, conserver vêtements et objets pouvant constituer des preuves, et surtout ne faire aucune déclaration détaillée à la police sans l'assistance d'un conseil juridique — droit garanti par l'article 158 du Code de procédure pénale suisse.
Quand l'intervention d'un avocat pénaliste s'impose
Les règles de l'article 15 semblent lisibles sur le papier ; leur application dépend d'une analyse factuelle millimétrée. Dans le procès zurichois qui s'ouvre ce 17 septembre 2026, la défense s'appuie notamment sur la chronologie précise des événements, l'état mental de l'accusé et la séquence exacte de ses actes. Ce travail minutieux est au cœur du métier d'un avocat pénaliste.
Concrètement, un spécialiste du droit pénal suisse peut :
- Évaluer si vos actes de défense entrent dans le cadre de l'article 15 ou constituent un excès punissable ;
- Vous assister dès la première audition policière — droit trop souvent ignoré des justiciables ;
- Vous accompagner dans une demande d'indemnisation via la loi fédérale LAVI si vous avez subi un préjudice physique ou psychologique grave (voir aussi les droits des victimes et le cadre de la légitime défense en Suisse) ;
- Contester une ordonnance pénale rendue sans examen approfondi des circonstances réelles.
Les honoraires d'un avocat pénaliste varient en général entre 250 et 450 CHF de l'heure selon le canton et l'expérience du praticien. Un dossier de légitime défense mobilise souvent entre 8 et 20 heures de travail. Rapportée à une condamnation pouvant emporter une amende de plusieurs milliers de francs ou une peine inscrite au casier judiciaire, la consultation d'un spécialiste représente un investissement, pas un luxe.
Ce qu'il faut retenir
L'actualité judiciaire de septembre 2026 le rappelle avec acuité : les agressions au couteau ne sont plus des faits divers lointains. La loi suisse offre un cadre de protection clair via l'article 15 CP, mais ses limites sont précises — et leur méconnaissance peut transformer une victime en suspect. Porter un couteau interdit est une infraction en soi, quelle que soit l'intention. Face à un incident, se taire et appeler un avocat reste, en 2026 comme avant, la décision la plus protectrice.
Avertissement : cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil juridique. Pour toute situation personnelle, consultez un avocat qualifié en droit pénal suisse.

Sophie Favre