Depuis janvier 2026, de nouvelles restrictions draconiennes régissent l'exportation de veaux vers les Pays-Bas dans le cadre du plan "Veal Forward" adopté par la Chambre des représentants néerlandaise. Ces normes, qui exigent une alimentation obligatoire toutes les quatorze heures maximum pendant le transport et des camions ventilés mécaniquement dès 2030, illustrent l'évolution rapide des standards de bien-être animal en Europe. Pour les éleveurs suisses et les professionnels de la filière laitière, ces changements soulignent l'importance croissante d'un suivi vétérinaire rigoureux dès la naissance du veau.
Le plan Veal Forward et ses implications pour l'élevage européen
Le plan néerlandais, présenté au gouvernement en 2024 et entré en vigueur au 1er janvier 2026, conditionne désormais toute importation de veaux à quatre critères stricts. Premièrement, le pays d'origine doit prouver que les niveaux d'énergie des veaux sont maintenus durant tout le trajet, quelle que soit la distance. Deuxièmement, les animaux doivent être nourris deux fois par période de 24 heures, avec un intervalle maximal de 14 heures entre les repas. Troisièmement, à partir de 2030, le transport s'effectuera exclusivement dans des camions fermés équipés d'une ventilation mécanique. Quatrièmement, les exigences sanitaires liées à la rhinotrachéite infectieuse bovine (IBR) doivent être respectées.
Ces mesures visent à réduire le stress des animaux durant le transport et à améliorer leur santé dès les premières semaines de vie. Pour les éleveurs irlandais et d'autres pays exportateurs, elles représentent un défi logistique majeur : nourrir les veaux à bord des ferries, par exemple, exige des infrastructures adaptées que de nombreuses exploitations ne possèdent pas encore. La Suisse, bien que non membre de l'Union européenne, observe attentivement ces évolutions car ses propres normes de protection animale sont déjà parmi les plus strictes du continent.
Les soins vétérinaires critiques durant les premières semaines de vie
Un veau né en bonne santé et correctement suivi par un vétérinaire constitue la base d'un élevage rentable et conforme aux normes de bien-être animal. Les statistiques de 2026 montrent que la mortalité néonatale des veaux reste le principal facteur de perte financière dans les élevages laitiers européens. Un vétérinaire spécialisé en élevage bovin peut réduire significativement ce taux de mortalité en mettant en place un protocole sanitaire dès le jour de la naissance.
Celui-ci comprend quatre étapes essentielles. La première consiste à garantir l'ingestion du colostrum dans les deux premières heures suivant la naissance, période où l'intestin du veau absorbe encore les anticorps maternels. La deuxième étape implique le contrôle du nombril par désinfection systématique pour prévenir les infections omphalophlébites. La troisième concerne la vaccination précoce contre les maladies respiratoires comme l'IBR et la virose bovine, selon le contexte sanitaire de l'exploitation. La quatrième étape, souvent négligée, est le suivi de la courbe de croissance : un veau doit doubler son poids de naissance à l'âge du sevrage, soit environ huit semaines.
L'alimentation du veau : entre science et rentabilité
Les recherches récentes menées aux Pays-Bas sur 136 veaux pré-sevrés ont démontré l'impact décisif de la formulation des laits de substitution. Les veaux nourris avec un lait contenant 17 % de matières grasses et 23 % de protéines ont consommé 10,4 kg d'aliments de démarrage supplémentaires sur une période de 12 semaines comparés à ceux recevant une formule plus riche en lipides. Ce résultat s'explique par la meilleure stimulation de l'appétence pour les solides, facteur clé du développement du rumen avant le sevrage.
Un vétérinaire spécialisé en élevage peut adapter ces protocoles nutritionnels aux conditions spécifiques de chaque ferme suisse. Il évalue la qualité du colostrum, calcule les apports énergétiques nécessaires en fonction de la température ambiante — un veau né en hiver dans les Alpes nécessite jusqu'à 50 % d'énergie supplémentaire — et surveille la transition vers l'alimentation solide. Cette expertise technique se traduit directement par une réduction des coûts de production : chaque kilogramme de gain de poids obtenu efficacement coûte moins cher en lait de substitution qu'en soins vétérinaires curatifs.
La réglementation suisse et le rôle du vétérinaire
En Suisse, l'ordonnance sur la protection des animaux (OPAn) encadre strictement les conditions d'élevage des veaux. Le Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires supervise l'application de ces normes, qui incluent des exigences en matière d'espace disponible, d'accès à la lumière naturelle et de possibilité de contact social entre animaux. Les éleveurs suisses doivent tenir un registre sanitaire où sont consignées toutes les interventions vétérinaires, les traitements antibiotiques et les vaccinations.
Cette traçabilité sanitaire, bien que contraignante, constitue un atout commercial majeur. Les consommateurs européens et suisses demandent une transparence croissante sur les conditions d'élevage. Un veau élevé sous supervision vétérinaire régulière, avec un carnet de santé complet, atteint un prix de vente supérieur sur les marchés spécialisés. Le vétérinaire n'est donc plus seulement un intervenant curatif : il est devenu un conseiller stratégique de la gestion d'exploitation.
Quand consulter un vétérinaire pour vos veaux ?
Tout éleveur, qu'il gère trois vaches laitières ou une centaine de têtes, devrait faire examiner systématiquement ses veaux par un vétérinaire au moins trois fois durant la période critique des huit premières semaines. La première visite intervient dans les 24 heures suivant la naissance pour vérifier le transfert d'immunité via le colostrum. La deuxième visite a lieu vers l'âge de trois semaines pour dépister précocement les infections respiratoires et digestives. La troisième visite précède le sevrage pour évaluer la maturité ruminaire et ajuster le protocole de transition alimentaire.
Les nouvelles règles européennes de 2026 montrent que l'élevage de veaux s'inscrit dans un cadre réglementaire de plus en plus exigeant. Anticiper ces normes grâce à un suivi vétérinaire professionnel permet non seulement de respecter la législation mais aussi d'améliorer la rentabilité de l'exploitation. Prendre rendez-vous avec un expert en élevage bovin avant la prochaine saison de naissances est le meilleur investissement pour sécuriser la santé de votre cheptel.

Laura Magnin