Incendie Motorex Langenthal : qui est responsable quand des artisans causent un sinistre ?

Bâtiment principal de Motorex AG à Langenthal, Suisse

Photo : MOTOREX-OilOfSwitzerland / Wikimedia

Sophie Sophie FavreJuridique
6 min de lecture 28 juillet 2026

Un incendie spectaculaire a éclaté le 28 juillet 2026 sur le site industriel de Motorex à Langenthal (BE), causé par des artisans en train de souder une étanchéité de toiture. Le feu a rapidement touché une bonbonne de gaz, générant une épaisse colonne de fumée noire visible à plus de cinq kilomètres, jusqu'à Schwarzhäusern. Alertswiss a immédiatement diffusé une alerte aux riverains. Cette catastrophe industrielle soulève une question centrale : qui est responsable — et qui paie — quand des travaux de construction déclenchent un sinistre de cette ampleur ?

Ce qui s'est passé sur le site Motorex

Motorex AG, fabricant de lubrifiants haut de gamme basé à Langenthal depuis 1920, mène depuis début 2026 un projet d'agrandissement de ses installations. Un nouveau bâtiment de stockage, destiné notamment à améliorer la collecte et le recyclage des huiles usagées, est en cours de construction.

Le 28 juillet 2026, des artisans travaillent sur la toiture. Lors d'opérations de soudage d'une membrane d'étanchéité — procédure courante dans la pose de toits plats — un point chaud atteint une bonbonne de gaz à proximité. L'explosion qui s'ensuit déclenche un incendie de grande envergure. Le PDG de Motorex, Edi Fischer, précise que les pompiers sont intervenus rapidement et que l'incendie est maîtrisé en soirée. Bonne nouvelle : aucun blessé n'est à déplorer, et aucun produit chimique n'a brûlé selon la direction.

Alertswiss, la plateforme officielle de la Confédération suisse pour les alertes de sécurité civile, diffuse un message d'alerte aux habitants du périmètre : fermeture des fenêtres et portes, arrêt de la ventilation et des systèmes de climatisation. Les odeurs nauséabondes signalées dans un rayon de plusieurs kilomètres perturbent l'activité économique locale pendant plusieurs heures.

Qui est légalement responsable selon le droit suisse ?

En Suisse, la responsabilité civile en cas de sinistre causé par des artisans repose sur plusieurs bases légales du Code des obligations (CO) — en particulier les articles 41, 55 et 58, dont l'articulation peut sembler complexe mais détermine précisément qui devra indemniser les victimes.

L'article 41 CO pose le principe de la responsabilité délictuelle : toute personne qui cause un dommage à autrui par acte illicite, intentionnel ou fautif, est tenue de le réparer. Si les artisans ont commis une négligence — ne pas avoir éloigné la bonbonne de gaz de la zone de soudage, absence de protection ignifuge, non-respect des règles de sécurité — leur responsabilité personnelle est engagée.

L'article 55 CO est central dans ce cas. Il établit la responsabilité de l'employeur pour le dommage causé par ses travailleurs dans l'exercice de leurs fonctions. Motorex, en tant que maître d'ouvrage ayant mandaté les artisans, peut voir sa responsabilité engagée si elle n'a pas suffisamment contrôlé la conformité des travaux aux règles de sécurité. Toutefois, Motorex peut s'exonérer si elle prouve qu'elle a exercé "toute la diligence que les circonstances commandaient."

L'article 58 CO concerne la responsabilité du propriétaire d'un ouvrage : si la toiture elle-même présentait un défaut de construction ou de conception ayant contribué à la propagation du sinistre, le propriétaire — ici Motorex — engage sa responsabilité même sans faute prouvée.

En pratique, les victimes disposent donc de plusieurs interlocuteurs potentiels : la société d'artisans mandatée pour les travaux de toiture, l'assureur responsabilité civile de celle-ci, et potentiellement Motorex AG en sa qualité de donneur d'ordre. La complexité de ce type de sinistre industriel plaide pour une intervention juridique rapide.

Cas concret : le restaurant de Lena K., forcé de fermer pour la journée

Pour saisir concrètement ce que ce sinistre implique pour les tiers concernés, prenons le cas de Lena K., qui exploite un restaurant de 45 couverts à 200 mètres du site Motorex, à Langenthal.

À 14h30, Alertswiss lui envoie l'alerte. Conformément aux recommandations, elle ferme son établissement : fenêtres closes, climatisation coupée, service interrompu. Elle renvoie ses 8 clients déjà attablés et annule les réservations du soir — soit un total de 67 couverts non servis. En calculant un ticket moyen de 45 CHF et en ajoutant les marchandises périssables non utilisables (pertes estimées à 340 CHF), le préjudice direct s'élève à environ 3 360 CHF pour cette seule journée.

Si Lena K. dispose d'une assurance perte d'exploitation (qui couvre les interruptions forcées d'activité), son assureur prend en charge le sinistre dans un premier temps — à condition que la police inclue une clause "fermeture administrative ou civile sur alerte des autorités." Cette couverture n'est pas automatique dans tous les contrats PME suisses : il faut l'avoir explicitement souscrite.

Si la police ne couvre pas ce cas, ou si la franchise est élevée, Lena K. peut se retourner directement contre la société d'artisans ayant causé l'incendie, sur la base de l'article 41 CO. Elle dispose alors de trois ans à compter du jour où elle a eu connaissance du dommage et de l'identité du responsable (art. 60 CO) pour agir en justice — mais il est conseillé de constituer le dossier de preuve sans attendre.

Ce qu'elle doit faire dès maintenant : conserver tous les justificatifs (réservations annulées, tickets de caisse, alertswiss screenshot, photos de l'établissement fermé, relevés bancaires du jour), demander une copie du rapport d'intervention des pompiers (accessible via la commune), et consulter un avocat spécialisé en responsabilité civile pour évaluer si une mise en demeure doit être adressée à l'artisan ou à son assureur RC.

Ce que révèle cet incident sur la gestion des risques en construction

L'incendie de Motorex n'est pas un cas isolé. En Suisse, selon les données de l'Association des établissements cantonaux d'assurance incendie (AEAI), les travaux de toiture avec chalumeau ou torche à souder représentent l'une des causes principales d'incendies accidentels dans le secteur industriel. Le risque est connu, réglementé, et pourtant fréquemment sous-estimé.

Plusieurs règles de prévention s'imposent aux artisans travaillant sur des toitures avec des sources de chaleur : obtention d'un permis de feu auprès de l'assureur cantonal, présence d'un extincteur sur le chantier, surveillance obligatoire pendant une heure après la fin des travaux pour détecter les points chauds résiduels. Le non-respect de l'une de ces mesures constitue une faute susceptible d'engager la responsabilité civile — et pénale si le dommage est grave.

Pour les entreprises qui mandatent des artisans pour des travaux impliquant des risques d'incendie, une vérification préalable s'impose : l'artisan est-il couvert par une assurance RC professionnelle suffisante ? A-t-il fourni une attestation d'assurance valide ? En cas de sinistre, l'absence de cette vérification peut être retenue contre le donneur d'ordre.

Que faire si vous êtes riverain ou entreprise voisine ?

Selon le type de préjudice subi, les démarches diffèrent :

Particuliers riverains (odeurs, impossibilité de travailler à domicile, frais médicaux liés à l'inhalation) : documenter tous les frais engagés, conserver l'alerte Alertswiss comme preuve de l'événement officiel, et se rapprocher d'un avocat pour évaluer un recours collectif si plusieurs voisins sont concernés — ce qui réduit les frais juridiques individuels.

Commerçants et PME touchés par une interruption d'activité : vérifier en urgence les clauses de la police d'assurance perte d'exploitation, contacter l'assureur dans les 48 heures (délai de notification souvent contractuellement imposé), et conserver toutes les preuves de perte de chiffre d'affaires.

Motorex AG devra de son côté coordonner les déclarations à son assureur construction tous risques (CTR) et s'assurer que les artisans mandatés fournissent bien leurs attestations d'assurance RC — car si leur assureur est mis en cause, cela déterminera largement la rapidité de l'indemnisation des tiers.

Des situations similaires impliquant des incendies d'origine artisanale ont récemment été traitées par des juristes suisses, comme le montrent l'affaire de l'incendie à Bärau dans l'Emmental et l'incendie de Gerlafingen ayant touché des locaux commerciaux — deux cas où l'intervention rapide d'un juriste a permis aux victimes d'obtenir des indemnisations dans des délais raisonnables.

Avertissement : cet article est informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Les circonstances de chaque sinistre sont différentes ; consultez un avocat spécialisé en responsabilité civile pour évaluer votre situation précise.

En cas de doute sur vos droits après un sinistre industriel ou un incident de chantier, un avocat spécialisé peut analyser votre situation et vous orienter vers la bonne procédure — qu'il s'agisse d'une réclamation auprès d'un assureur ou d'une action civile contre le responsable.

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