La vingtième saison de Die Höhle der Löwen a démarré le 7 septembre 2026 sur VOX avec deux nouveaux investisseurs — Andreas Werner Herb (MBG Group) et Johannes Kliesch (Snocks GmbH) — relançant la fièvre entrepreneuriale en Suisse alémanique et romande. Des milliers de porteurs de projets rêvent de reproduire ce moment télévisé : la poignée de main, les larmes, le chèque symbolique brandi devant les caméras. Mais selon les praticiens du droit des affaires, plus de 60 % de ces deals conclus à l'antenne ne se transforment jamais en contrat définitif et exécutoire.
Ce que la télé ne montre pas : la due diligence post-caméras
Le deal conclu sur le plateau de la Höhle der Löwen n'est pas un contrat. C'est une déclaration d'intention verbale — une Absichtserklärung en droit allemand, un protocole d'accord non contraignant en droit suisse. La caméra s'éteint, et c'est là que le vrai processus commence.
Après chaque épisode, les investisseurs déclenchent une phase de due diligence qui peut durer de quatre à douze semaines. Comptables, avocats spécialisés, experts sectoriels passent au crible les comptes de la startup, ses brevets, ses contrats en cours, sa structure capitalistique. Selon les données compilées par startupvalley.news, seuls 35 à 40 % des accords télévisés aboutissent à un investissement effectif lors de la saison allemande 2026. Les raisons d'échec les plus fréquentes : des valorisations surestimées par le fondateur, des passifs cachés, des contrats fournisseurs déséquilibrés ou une propriété intellectuelle mal protégée.
Pour l'édition suisse diffusée sur 3+, la proportion est comparable : des neuf startups ayant conclu un deal lors de la dernière saison enregistrée, quatre seulement avaient effectivement reçu les fonds promis six mois plus tard, selon startupticker.ch.
Le piège de la valorisation : quand les chiffres annoncés à l'antenne ne tiennent pas
L'un des moments les plus tendus de la Höhle der Löwen est la négociation de la part de capital cédée en échange de l'investissement. Un entrepreneur propose 10 % pour 200 000 CHF, impliquant une valorisation post-money de 2 millions de CHF. L'investisseur contre-propose 25 % pour le même montant.
Ce marchandage visible à l'écran dissimule une complexité juridique que beaucoup de fondateurs ignorent : la dilution future. Dès que l'entreprise procède à un nouveau tour de financement — ce qui arrive dans 78 % des startups ayant obtenu un premier investisseur externe, selon le Swiss Startup Monitor 2026 — les fondateurs voient leurs parts réduites d'autant. Sans clause anti-dilution négociée dès le premier contrat, un fondateur qui détenait 75 % de sa société peut se retrouver minoritaire en moins de trois ans.
Les accords d'investissement signés dans le sillage d'une émission comme la Höhle der Löwen comportent par ailleurs fréquemment des clauses de drag-along (droit de cession forcée) et de liquidation preference (priorité de remboursement à l'investisseur en cas de cession). Ces mécanismes, standards dans le capital-risque, peuvent être catastrophiques pour un fondateur qui les signe sans les comprendre.
Cas concret : 150 000 CHF investis, 0 CHF récupérés
Prenons le cas d'une entrepreneuse genevoise — appelons-la Laure — qui a développé un dispositif médical connecté et a obtenu un deal de 150 000 CHF pour 18 % de ses parts lors d'un pitch télévisé en 2024. Le contrat définitif signé six semaines plus tard incluait une liquidation preference de 2×, c'est-à-dire que l'investisseur récupère deux fois sa mise avant que Laure ne touche quoi que ce soit en cas de vente de la société.
Dix-huit mois plus tard, une entreprise médicale rachète la startup de Laure pour 600 000 CHF. Le calcul : l'investisseur récupère en priorité 300 000 CHF (2 × 150 000 CHF), puis les 300 000 CHF restants sont répartis proportionnellement — soit 54 000 CHF pour l'investisseur (18 %) et 246 000 CHF pour Laure (82 %). Au total, l'investisseur repart avec 354 000 CHF pour un investissement de 150 000 CHF, soit un rendement de 136 %. Laure, fondatrice, récupère 246 000 CHF pour cinq années de travail.
Si la clause de liquidation preference avait été négociée à 1× (standard plus équitable), Laure aurait récupéré 354 000 CHF. La différence : 108 000 CHF — effacée faute d'avoir consulté un avocat spécialisé avant la signature. Si la vente avait atteint 450 000 CHF — un scénario tout à fait plausible — la liquidation preference 2× aurait pu laisser Laure avec moins de 50 000 CHF.
Ce que doit négocier tout fondateur avant de signer
Un avocat spécialisé en droit des sociétés et en capital-risque peut faire une différence de plusieurs centaines de milliers de francs sur la durée d'un investissement. Voici les cinq clauses à examiner impérativement avant toute signature :
1. La valorisation pre-money vs post-money. La négociation télévisée porte souvent sur la valorisation post-money (après l'investissement). Une clarification d'avocat évite les malentendus qui ont conduit à de nombreux litiges post-émission.
2. La liquidation preference. Opter pour 1× non participatif — soit le standard recommandé par l'Association Suisse des Capital-Investisseurs (SECA) — protège le fondateur sans décourager l'investisseur.
3. Les clauses anti-dilution. Une clause broad-based weighted average est généralement plus équitable qu'une clause full ratchet qui pénalise fortement le fondateur lors des tours suivants.
4. Le drag-along et le tag-along. Ces droits respectifs — forcer la cession ou y participer aux mêmes conditions — doivent être clairement définis pour éviter des blocages lors d'une acquisition.
5. Le pacte d'actionnaires (shareholders' agreement). Distinct des statuts, il régit les droits de vote, les droits de sortie et les obligations de non-concurrence. En droit suisse, il est régi par le Code des obligations (art. 620 ss) et doit être rédigé avec précision pour être opposable.
Pour tout entrepreneur inspiré par la Höhle der Löwen — qu'il vise l'émission ou qu'il cherche simplement un investisseur privé — la consultation d'un expert juridique spécialisé en droit des startups sur Expert Zoom peut représenter l'investissement le plus rentable avant tout deal.
Le moment où la due diligence révèle l'impréparation
La saison 20 de la Höhle der Löwen a déjà mis en lumière plusieurs situations où des fondateurs, enthousiastes après leur succès télévisé, se sont retrouvés dans une impasse lors de la phase de due diligence. Les investisseurs ont identifié dans au moins deux cas des droits sur la propriété intellectuelle mal sécurisés — notamment des logiciels développés par des prestataires externes sans cession explicite des droits d'auteur.
En droit suisse, le simple fait de payer un développeur ne transfère pas automatiquement les droits sur le code produit. Sans contrat de cession de droits (art. 380 ss CO), le prestataire reste co-titulaire de la propriété intellectuelle — ce qui peut bloquer un investissement ou une acquisition pendant des mois et engendrer des coûts de régularisation élevés.
Un audit juridique préventif — généralement entre 1 500 et 4 000 CHF selon la complexité de la structure — permet d'identifier ces zones de fragilité avant de se retrouver sous la pression d'une due diligence imposée par un investisseur. Les fondateurs qui arrivent à la table de négociation avec un data room complet et une structure juridique claire obtiennent en moyenne des valorisations 15 à 25 % supérieures à celles qui improvisent, selon les observations de praticiens du capital-risque suisse.
Comment se préparer avant de chercher un investisseur
L'engouement autour de la Höhle der Löwen 2026 rappelle chaque automne que la passion entrepreneuriale ne suffit pas face à des investisseurs professionnels aguerris. Que vous visiez l'émission ou que vous approchiez directement des business angels, plusieurs étapes concrètes s'imposent :
Constituez votre structure juridique avec soin. Une SA ou une Sàrl en Suisse offrent des protections différentes selon le stade de votre développement et la nature de votre activité. L'encadrement par un conseil juridique dès la constitution évite de devoir restructurer plus tard à des coûts bien plus élevés.
Protégez votre propriété intellectuelle en amont. Dépôt de marque à l'Institut Fédéral de la Propriété Intellectuelle (IPI), contrats de cession de droits avec vos prestataires, accords de confidentialité avec vos futurs partenaires — autant d'éléments qui renforcent votre dossier lors d'une due diligence.
Faites relire votre term sheet par un avocat spécialisé avant toute signature. Le term sheet est non contraignant, mais il fixe les grandes lignes du contrat définitif : si vous acceptez des termes défavorables à ce stade, il sera difficile de les renégocier ensuite.
La Höhle der Löwen est avant tout un programme de divertissement. Les deals qui y naissent peuvent être transformateurs — mais seulement pour les fondateurs qui abordent la négociation post-caméras avec le même niveau de préparation que les professionnels qu'ils ont en face d'eux. Pour identifier un avocat spécialisé en droit des startups et en capital-risque disponible rapidement, consultez également notre article sur les droits des artistes dans les contrats audiovisuels — les principes contractuels partagent de nombreux points communs. Expert Zoom met en relation des entrepreneurs suisses avec des juristes expérimentés, disponibles pour une première consultation en ligne dès 48 heures.
Avertissement YMYL : Cet article est fourni à titre informatif général et ne constitue pas un conseil juridique. Consultez un avocat qualifié pour toute situation spécifique concernant votre structure d'entreprise ou vos contrats d'investissement.

Camille Favre