Un épisode de grêle vient de traverser votre région et vous regardez vos panneaux solaires depuis le jardin. Aucun verre brisé visible, tout semble intact — mais êtes-vous vraiment hors de danger ? En Suisse, les cellules photovoltaïques peuvent subir des microfissures internes totalement invisibles lors d'un impact de grêlon de plus de 25 mm, réduisant silencieusement leur rendement de 20 à 40 %. Avec plus de 160 000 installations photovoltaïques raccordées en Suisse en 2025, la question de la couverture assurantielle devient centrale chaque été.
Ce que le grêlon fait réellement à vos cellules photovoltaïques
Les panneaux photovoltaïques sont testés selon la norme internationale IEC 61215, qui exige qu'ils résistent à des grêlons de 25 mm de diamètre projetés à 83 km/h. Dans les faits, les épisodes orageux sur le Plateau suisse et dans les Préalpes produisent régulièrement des grêlons de 30 à 50 mm, bien au-delà de ce seuil de certification.
Les dommages se manifestent en trois niveaux distincts.
Le premier est le plus visible : la fissure ou le bris du verre de protection. L'eau s'infiltre dans le module, court-circuite les cellules et accélère leur corrosion. Un module fissuré doit être remplacé en urgence pour éviter un risque d'incendie électrique dans le câblage.
Le deuxième est le plus insidieux : les microfissures internes. Les cellules en silicium se fracturent à l'intérieur sans que l'enveloppe extérieure soit touchée. Ces fissures microscopiques passent inaperçues à l'œil nu mais réduisent la surface active des cellules. Selon l'Association suisse pour l'énergie solaire (Swissolar), une grêle sévère peut provoquer une perte de rendement de 15 à 35 % sur des modules apparemment intacts.
Le troisième touche la structure mécanique : le cadre en aluminium se déforme, compromettant l'étanchéité à long terme et fragilisant la fixation des panneaux sur la toiture.
Le danger des microfissures réside dans leur caractère progressif. Une fissure de 1 mm en août peut mesurer 4 mm en décembre après les premiers cycles gel-dégel. Ce qui représentait une perte de rendement de 10 % en été peut atteindre 35 à 40 % à l'automne. En Suisse, où l'autoconsommation et la revente sur le réseau sont désormais rentabilisées grâce aux tarifs de rachat OFEN, cette dégradation silencieuse représente un manque à gagner réel sur votre facture énergétique.
La question que tout propriétaire suisse se pose après une grêle
Votre assurance couvre-t-elle réellement votre installation ? La réponse dépend de deux facteurs : la nature de votre installation et le canton où vous habitez.
Pour une installation fixe — intégrée ou posée sur la toiture de votre bien immobilier — c'est l'assurance bâtiment qui prend en charge les dégâts de grêle, à condition qu'elle inclue une couverture dommages naturels. Dans 19 cantons suisses, les bâtiments sont assurés par un établissement cantonal d'assurance (ECA) qui couvre automatiquement les éléments solidaires de la toiture, panneaux solaires inclus. Dans les cantons de Genève, Valais, Appenzell Rhodes-Intérieures, Obwald, Nidwald et Uri, vous passez par un assureur privé.
Pour une installation sur balcon ou mobile — les mini-panneaux en plein essor depuis 2024 — la couverture relève de l'assurance ménage (Hausratversicherung), sous réserve que votre contrat inclue le risque grêle.
Dans les deux cas, un délai de déclaration s'applique : la quasi-totalité des assureurs suisses imposent une annonce dans les 5 jours ouvrés suivant le sinistre. Passé ce délai, l'assureur peut légalement refuser ou réduire l'indemnisation.
Assurance bâtiment ou ménage ? Démêler les deux interlocuteurs
La distinction est capitale avant d'appeler le bon interlocuteur.
| Type d'installation | Assurance compétente | Franchise habituelle |
|---|---|---|
| Panneaux fixés en toiture (propriétaire) | Assurance bâtiment / ECA | CHF 200–500 |
| Panneaux en toiture (locataire) | Contrat spécifique à négocier | Variable |
| Balcony solar / mini-panneaux mobiles | Assurance ménage | CHF 200–400 |
Attention : de nombreuses polices d'assurance ménage fixent un plafond d'indemnisation pour les appareils électroniques à CHF 3 000 ou CHF 5 000, ce qui peut s'avérer insuffisant pour couvrir 10 panneaux à CHF 250–350 pièce plus la main-d'œuvre. Vérifiez le plafond de votre contrat avant un épisode de grêle, pas après.
Un point souvent négligé : l'assurance couvre le remplacement du matériel endommagé, mais généralement pas le diagnostic préalable de microfissures. Si votre technicien facture CHF 300 à CHF 500 pour un test électroluminescent, ce coût est en principe à votre charge — sauf si vous avez souscrit une assurance complémentaire dédiée aux installations photovoltaïques, de plus en plus proposée par les assureurs suisses depuis 2025. Vérifiez les conditions spécifiques de votre police auprès de votre assureur.
Cas concret : une installation à Berne après un épisode de grêle de 38 mm
Prenons le cas d'une propriétaire bernoise disposant d'une installation de 12 panneaux de 420 Wc chacun — soit 5,04 kWc au total — posée en 2022 sur son bien. Le 22 juillet 2026, une cellule orageuse traverse le Mittelland avec des grêlons mesurés à 38 mm : soit 52 % au-dessus du seuil de résistance IEC 61215 de 25 mm.
Visuellement, 2 panneaux présentent des fissures de verre. Les 10 autres semblent parfaitement intacts.
Scénario A — appel à l'assureur uniquement : l'ECA Berne mandate un expert qui constate les 2 modules fissurés et indemnise leur remplacement (2 × CHF 280 de matériel + CHF 400 de main-d'œuvre = CHF 960 brut, moins la franchise de CHF 300). Versement net : CHF 660. Les 10 modules avec microfissures continuent à fonctionner en mode dégradé. La propriétaire ne le découvre qu'en novembre, quand sa production mensuelle chute de 31 %.
Scénario B — diagnostic technicien avant déclaration : un test électroluminescent réalisé 48 heures après l'épisode (CHF 380) révèle que 6 des 10 modules apparemment intacts présentent des microfissures avec une perte de rendement estimée entre 18 et 28 %. Ces 6 modules sont documentés et inclus dans le dossier sinistre remis à l'ECA. L'assureur indemnise 8 modules au total (2 fissurés + 6 microfissurés documentés) : CHF 2 240 de matériel + CHF 1 200 de main-d'œuvre = CHF 3 440 brut, moins la franchise de CHF 300. Versement net : CHF 3 140.
La différence entre les deux scénarios atteint CHF 2 480 en faveur de la propriétaire qui a mandaté un technicien. Le coût du diagnostic (CHF 380) a été amorti plus de 6 fois.
Règle pratique : si votre installation est couverte par l'ECA cantonale et que le grêlon mesuré dépasse 30 mm selon les relevés Météosuisse, il est rentable de commander un diagnostic électroluminescent même en l'absence de dégât visible.
Les outils qu'utilise le technicien pour détecter l'invisible
Deux techniques permettent de constituer une preuve valable pour l'assureur.
Le test d'électroluminescence : le panneau est alimenté en courant électrique inversé et émet une lumière infrarouge que seule une caméra spécialisée peut capter. Les zones mortes apparaissent en noir sur le cliché. C'est la méthode la plus fiable pour détecter les microfissures précoces. Comptez CHF 30 à CHF 50 par module, ou CHF 300 à CHF 500 pour une installation complète de 10 à 15 panneaux.
La thermographie infrarouge réalisée par drone ou à la main : elle détecte les zones de surchauffe causées par des cellules défectueuses. Moins précise que l'électroluminescence pour les fissures débutantes, elle est particulièrement adaptée aux grandes installations sur toitures industrielles.
Le technicien vérifie également les connecteurs MC4, les câbles de jonction et l'onduleur. Un connecteur mal serré suite à un choc peut générer un arc électrique — risque d'incendie distinct de la perte de rendement, et pouvant invalider une clause de votre assurance incendie si la maintenance préventive n'a pas été réalisée.
Les 5 étapes à suivre dans les 5 jours après un épisode de grêle
Le délai de 5 jours ouvrés est impératif. Voici la séquence optimale pour maximiser votre indemnisation.
Dans les 24 heures : photographiez l'ensemble de votre installation avec horodatage. Consultez les relevés Météosuisse pour obtenir la mesure officielle des grêlons dans votre commune — ce document renforce considérablement votre dossier en objectivant la sévérité de l'épisode.
Dans les 48 heures : contactez un technicien spécialisé en photovoltaïque pour planifier un diagnostic. Après une tempête régionale, les agendas des installateurs se remplissent en 24 à 48 heures — ne tardez pas.
Dans les 72 heures : ouvrez le dossier sinistre auprès de votre ECA ou assureur privé. Joignez le rapport photographique et le relevé Météosuisse dès que disponible.
Avant la fin des 5 jours ouvrés : remettez le rapport du technicien (test électroluminescent ou thermographie) à l'assureur. Ce document est la pièce maîtresse de votre indemnisation.
À ne pas faire : réparer ou remplacer des modules avant l'inspection de l'assureur, sauf danger immédiat avéré — au risque d'invalider votre sinistre.
Si l'évaluation de votre assureur vous semble insuffisante ou si vous faites face à un refus de prise en charge, un technicien spécialisé en expertise de sinistres climatiques peut vous accompagner dans la constitution d'un dossier de recours et la négociation d'une indemnisation plus juste.

Sébastien Graf