Le personnel navigant d'easyJet en Italie est en grève nationale ce vendredi 16 octobre 2026, de 0h00 à 23h59, à l'appel du syndicat USB Lavoro Privato. Des vols à destination ou au départ de la péninsule peuvent être annulés ou retardés, y compris depuis Genève, Zurich ou Bâle.
La question que se posent les voyageurs : « Ai-je droit à une indemnité ? »
Depuis l'annonce du mouvement, publiée le 13 octobre 2026 par SicurAuto, la même interrogation revient chez les passagers suisses : une grève dégage-t-elle la compagnie de toute responsabilité ? La réponse courte est non, pas automatiquement. Tout dépend de qui fait grève et de ce que la compagnie vous a proposé.
Cette page répond point par point, avec les règles qui s'appliquent aux vols reliant la Suisse à l'Italie.
Ce que l'on sait de la grève du 16 octobre 2026
Selon SicurAuto, le préavis couvre le personnel navigant de la compagnie easyJet pour vingt-quatre heures complètes. D'autres arrêts de travail figurent au calendrier du jour : le personnel technique de navigation d'Air Cargo, un dépôt de bus d'Arriva Italia à Bergame, qui peut perturber la liaison entre l'aéroport d'Orio al Serio et la ville, ainsi que des transports locaux dans la région de Pescara.
Les fameuses plages horaires garanties s'appliquent en Italie. Les vols programmés entre 7h00 et 10h00 puis entre 18h00 et 21h00 doivent en principe être assurés. Le reste de la journée est exposé, de même que les rotations qui se répercutent sur les vols suivants.
Le calendrier officiel des grèves peut évoluer : un préavis peut être retiré ou modifié au dernier moment. Le plus fiable reste de vérifier votre numéro de vol dans l'application de la compagnie et sur le site de l'autorité italienne de l'aviation civile, l'ENAC.
Pourquoi la nature de la grève change tout
Le règlement européen 261/2004 sur les droits des passagers aériens s'applique aux vols au départ de Suisse, en vertu de l'accord bilatéral sur le transport aérien. Il prévoit une indemnité forfaitaire en cas d'annulation, sauf si la compagnie prouve des « circonstances extraordinaires ».
La jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne distingue deux situations. Une grève du personnel d'une autre entité, par exemple le contrôle aérien ou la sécurité d'un aéroport, relève souvent de circonstances extraordinaires. Une grève des propres salariés de la compagnie, liée à des conditions de travail, est en revanche considérée comme faisant partie de l'activité normale de l'entreprise.
Dans le cas présent, ce sont les équipages d'easyJet qui s'arrêtent. Cette configuration est plutôt favorable aux passagers, même si chaque dossier reste à examiner individuellement. La compagnie peut aussi s'exonérer si elle vous a informé suffisamment tôt, avec une solution de réacheminement acceptable.
Nous avions déjà détaillé ces mécanismes lors d'un mouvement social chez un autre transporteur : Grève Lufthansa : vos droits de passager en Suisse.
Un cas concret : une famille de Carouge, Genève–Rome, un vol annulé
Prenons une famille de trois personnes domiciliée à Carouge. Elle a réservé en août 2026 un vol easyJet Genève–Rome pour le 16 octobre, à 79 francs par personne, soit 237 francs au total. Le vol, d'environ 900 kilomètres, est annulé la veille à 20h.
Si la compagnie propose un autre vol le même jour, dans un délai raisonnable et prévenue assez tôt, la famille n'a en principe pas droit à l'indemnité, mais garde son droit à l'assistance. En revanche, si la solution de remplacement part le lendemain, la situation change.
Pour un trajet inférieur à 1500 kilomètres, l'indemnité forfaitaire est de 250 euros par passager. Pour trois personnes, cela représente 750 euros, soit plus de trois fois le prix des billets. À cela s'ajoute le remboursement des billets sous sept jours si la famille renonce au voyage.
Si la compagnie refuse en invoquant la grève, la famille peut contester ce motif en rappelant qu'il s'agit du personnel d'easyJet. Si le refus persiste après un courrier recommandé, elle peut saisir l'organisme de médiation ou un avocat spécialisé.
Vos droits immédiats, même sans indemnité
Indépendamment de l'indemnité, la compagnie doit vous offrir une prise en charge. Pour un vol de moins de 1500 kilomètres, elle commence après deux heures d'attente : repas et boissons en quantité raisonnable, deux communications téléphoniques ou messages électroniques.
Si le réacheminement implique une nuit sur place, l'hôtel et le transport entre l'aéroport et l'hébergement sont à la charge de la compagnie. Gardez toutes vos factures si vous devez avancer des frais : le remboursement n'est possible que sur justificatifs et dans des limites raisonnables.
Vous avez aussi le choix entre trois options : un remboursement du billet, un réacheminement dès que possible, ou un réacheminement à une date ultérieure qui vous convient. Cette décision vous appartient, pas à la compagnie.
Les pièges fréquents qui font perdre une indemnité
Beaucoup de passagers renoncent à leurs droits par méconnaissance. Le premier piège est d'accepter un bon d'achat proposé au comptoir : il remplace parfois le remboursement en espèces, auquel vous pouvez pourtant prétendre. Demandez toujours quel est le montant en argent et refusez un bon si vous préférez être remboursé.
Le deuxième piège concerne les délais. Les délais de prescription varient selon le pays dont le droit s'applique, et ils peuvent être courts. Envoyez votre réclamation sans attendre, de préférence dans les semaines qui suivent le vol, et demandez un accusé de réception.
Le troisième piège tient aux réservations passées par une agence en ligne. Dans ce cas, la compagnie renvoie parfois vers l'intermédiaire, qui renvoie vers la compagnie. Gardez la confirmation d'origine et adressez la demande aux deux interlocuteurs en même temps.
Enfin, un voyage à forfait, avec hôtel et vol réservés ensemble, relève d'un régime distinct : l'organisateur est alors responsable de la bonne exécution de l'ensemble du séjour, et vos recours sont plus étendus.
Ce qu'il faut faire dès maintenant
Voici les gestes utiles si votre vol vers l'Italie est concerné ce vendredi, ou dans les prochains jours.
- Contrôlez votre vol dans l'application de la compagnie et conservez toutes les notifications reçues, avec l'heure d'envoi.
- Photographiez le tableau des départs, les cartes d'embarquement et tout document remis au comptoir.
- Demandez par écrit la raison de l'annulation. La mention de « grève » doit préciser qui fait grève.
- Notez l'heure d'arrivée réelle à destination si vous êtes réacheminé : le retard final de plus de trois heures ouvre le même droit à indemnité qu'une annulation.
- Conservez les factures de repas, d'hôtel et de transport.
Pour consulter le cadre général, le portail de l'Union européenne Your Europe résume les droits des passagers aériens. Notre article sur les suppressions de vols à Bâle donne aussi des repères pratiques : EuroAirport Basel : fermeture de piste et droits des passagers.
Quand consulter un juriste
La plupart des réclamations simples aboutissent sans avocat, avec un courrier clair et les bons justificatifs. La situation se complique lorsque la compagnie conteste la qualification de la grève, lorsqu'un voyage à forfait est concerné, ou lorsque plusieurs vols successifs sont touchés.
Dans ces cas, un juriste spécialisé en droit des transports ou de la consommation peut évaluer vos chances, rédiger la mise en demeure et, si nécessaire, engager la procédure. Sur Expert Zoom, vous pouvez poser votre question à un expert juridique en quelques minutes et savoir si votre dossier mérite d'être poursuivi.
Cet article est une information générale et ne constitue pas un conseil juridique. Les règles applicables dépendent de votre situation précise ; consultez un professionnel pour votre cas.

Élise Meyer