Le col de la Furka (2 429 m d'altitude) a rouvert à la circulation dès la fin avril 2026, soit trois à quatre semaines plus tôt que d'habitude. En cause : un hiver particulièrement peu enneigé en Valais et en Uri. Pour les automobilistes suisses impatients de retrouver ce col mythique — immortalisé dans le film James Bond Goldfinger en 1964 — c'est une bonne nouvelle. Mais une ouverture précoce ne signifie pas que la route est sans risque. C'est précisément dans ces semaines-là que les accidents surviennent, faute de préparation mécanique adéquate.
Le Furkapass en 2026 : des conditions inhabituelles
Le col de la Furka relie Oberwald en Valais à Realp dans le canton d'Uri. Il est normalement fermé à la circulation de novembre à fin mai, voire début juin selon l'enneigement. Cette année, grâce à un déficit de précipitations neigeuses notable depuis l'automne 2025, les équipes de dégagement ont pu ouvrir la route dès le 30 avril 2026 à 08h00.
Pendant la fermeture hivernale, les automobilistes ont la possibilité d'embarquer leur véhicule à bord du train-navette de la Furka, avec des gares de chargement à Oberwald et à Realp. Cette alternative permet de traverser toute l'année, mais à un coût non négligeable.
Selon l'état des cols suisses du TCS, plusieurs autres cols alpins ont également rouvert plus tôt que prévu cette saison. Le Grimsel et le Nufenen, qui empruntent des routes voisines, ont suivi quelques jours après.
Pourquoi une ouverture précoce augmente les risques mécaniques
Lorsqu'un col rouvre en avance, les conditions changent vite. Le revêtement peut encore présenter des zones gelées en altitude le matin, même si la neige a disparu. Les ornières creusées par les chasse-neige génèrent des chocs auxquels les pneumatiques et les amortisseurs ne sont pas préparés si le véhicule sort d'une longue période de roulage plat en ville.
Voici ce que les mécaniciens spécialisés recommandent de vérifier avant de prendre un col comme la Furka :
1. Les freins (priorité absolue) La descente du Furkapass représente 13 km de dénivelé à gérer, avec des virages en épingle. Un frein usé ou un liquide de frein dégradé (hygroscopique, il absorbe l'humidité au fil du temps) peut chauffer rapidement et perdre en efficacité. Un contrôle du niveau et de l'état du liquide de frein, ainsi que de l'épaisseur des plaquettes, est impératif.
2. Les pneumatiques En Suisse, le passage aux pneus été n'est pas imposé par une date fixe légale — seules les conditions de route comptent. Un col à 2 400 m en avril peut encore présenter des plaques verglaçantes le matin. Vérifiez la profondeur des sculptures (minimum légal : 1,6 mm, recommandé : 3 mm pour la montagne) et la pression des pneus, qui varie avec les écarts de température en altitude. Voir aussi les vérifications de pneus en mai recommandées par nos mécaniciens.
3. La direction et les amortisseurs Les routes de col, fissurées par le gel et les cycles gel-dégel, sollicitent fortement la direction et les amortisseurs. Un jeu dans la direction ou des amortisseurs usés réduisent significativement le contrôle du véhicule dans les virages. Faites tester votre véhicule sur pont si vous n'avez pas effectué de révision récente.
4. Le refroidissement du moteur En montée longue, le moteur travaille à plein régime. Vérifiez le niveau de liquide de refroidissement et l'état des durites avant le départ. Un surchauffage en altitude, loin de toute station-service, peut immobiliser le véhicule.
5. La batterie et l'électronique Les assistances électroniques (ESP, ABS, aide au freinage) doivent être totalement opérationnelles pour une conduite en haute montagne. Une batterie faible peut déclencher des alarmes intempestives ou mettre hors service certains systèmes d'aide à la conduite. Faites tester l'état de charge de votre batterie si elle a plus de trois ans.
Conduite en col alpin : les règles à connaître
Au-delà de la mécanique, quelques règles de conduite s'imposent sur le Furkapass :
- Priorité au véhicule qui monte : en cas de croisement sur un passage étroit, le véhicule qui monte est prioritaire.
- Vitesse adaptée : la limite est de 60 km/h sur la plupart des routes de col alpines en Suisse, mais la vitesse doit être adaptée aux conditions réelles de la chaussée.
- Remorques et camping-cars : certains tronçons du Furkapass sont interdits aux convois lourds ou aux véhicules dépassant une certaine largeur. Vérifiez les restrictions avant le départ.
- Météo et webcams : MeteoSchweiz et plusieurs webcams sur le col permettent de vérifier les conditions en temps réel. Une couche nuageuse basse peut réduire la visibilité à moins de 20 mètres.
Quand consulter un mécanicien avant de partir ?
Si votre véhicule n'a pas été révisé depuis plus d'un an, si vous entendez des bruits inhabituels au freinage ou si le volant vibre à haute vitesse, ne partez pas sans avoir consulté un mécanicien. Ces signes peuvent indiquer des problèmes qui se révèlent sans pitié sur les routes de col.
Un mécanicien disponible sur ExpertZoom peut effectuer un diagnostic complet ou répondre à vos questions spécifiques avant votre départ. La prise de rendez-vous en ligne permet souvent d'obtenir un créneau sous 24 à 48 heures — largement dans les temps pour préparer une escapade vers la Furka ou un autre col alpin suisse.
Un hiver peu enneigé, des questions pour l'avenir
L'ouverture précoce du Furkapass en 2026 est aussi le reflet d'un hiver alpin moins généreux en neige que la moyenne historique. Pour les exploitants de stations de ski, cette tendance pose des questions sur la viabilité à long terme de certains domaines. Pour les amateurs de cols, c'est une opportunité — à saisir en toute sécurité, avec un véhicule bien préparé.
La saison des cols suisses dure généralement jusqu'en octobre ou novembre. D'ici là, le Furkapass offrira des centaines de kilomètres de panoramas alpins exceptionnels. Autant les parcourir avec un véhicule en parfait état.

Stéphane Perret