En juillet 2026, la Suisse entre dans le cœur de la saison de fenaison. Des milliers de propriétaires de chevaux remplissent leurs granges de nouvelles bottes, convaincus que "du foin, c'est du foin". Or, la qualité du fourrage distribué en été conditionne directement la santé équine pour les mois à venir — et une erreur de jugement peut mener à des urgences vétérinaires coûteuses, voire fatales.
La fenaison suisse en juillet : une période charnière
La période de fenaison s'étend, selon les conditions climatiques, de la mi-mai à la fin juillet en Suisse. Les deuxièmes et troisièmes coupes de juillet présentent des caractéristiques nutritionnelles très différentes de la première coupe de printemps. Selon les données de l'Union suisse des paysans (USP), les prix du foin restent stables en 2026, avec une bonne pluviométrie printanière qui a favorisé des rendements corrects dans la plupart des régions.
Mais stabilité des prix ne signifie pas uniformité de la qualité. Entre un foin de prairie naturelle bien séché et un foin récupéré après un épisode pluvieux, les différences sont considérables — et potentiellement dangereuses pour vos équidés.
Reconnaître un foin de qualité : les critères essentiels
Un bon foin pour chevaux présente plusieurs caractéristiques visuelles et olfactives distinctes. Il doit être d'une couleur verte à dorée homogène, sans taches brunes ou noires. À l'ouverture d'une botte, il dégage une odeur fraîche, légèrement sucrée et herbacée. Tout foin qui sent le moisi, l'aigre ou le brûlé doit être écarté immédiatement.
La teneur en matière sèche est également déterminante : un foin de qualité supérieure dépasse les 85 % de matière sèche. En dessous de ce seuil, le risque de développement de moisissures et de mycotoxines augmente significativement. Ces champignons microscopiques, invisibles à l'œil nu, peuvent provoquer des troubles respiratoires, digestifs et immunitaires chez le cheval.
En Suisse, l'institut fédéral de recherche agronomique Agroscope a établi des protocoles d'analyse fourragère permettant de mesurer avec précision les teneurs en énergie, protéines, fibres et sucres du foin. Ces analyses de laboratoire sont accessibles à tous les éleveurs et propriétaires — et leur coût reste modeste comparé au prix d'une hospitalisation équine.
Coliques : le foin en cause dans la moitié des urgences équines
Les coliques constituent la première cause de mortalité chez le cheval, devant les maladies infectieuses. En Suisse, elles représentent l'urgence la plus fréquente en médecine vétérinaire équine. Le lien entre qualité du foin et risque de colique est directement établi par les spécialistes.
Un foin trop sec distribué sans abreuvement suffisant peut provoquer une colique d'obstruction — un bouchon de foin compacté dans le côlon. Un foin fermenté ou mal conservé peut déclencher des fermentations intestinales, entraînant des douleurs abdominales intenses. Enfin, un changement brutal de fournisseur perturbe la flore intestinale et constitue un facteur de risque reconnu.
Les symptômes d'alerte sont bien identifiables : le cheval se gratte les flancs, se couche et se relève fréquemment, refuse de manger, regarde vers son ventre ou transpire sans raison apparente. Face à l'un de ces signes, chaque minute compte. Appelez immédiatement un vétérinaire équin — ne tentez pas d'administrer vous-même un antidouleur qui masquerait l'évolution de la situation.
Fourbure estivale : quand le foin contient trop de sucres
La fourbure est une inflammation aiguë des lames sensitives du sabot, extrêmement douloureuse et potentiellement invalidante à long terme. Si on l'associe souvent à l'herbe grasse du printemps, elle peut tout autant être déclenchée par un foin d'été riche en sucres et en légumineuses.
Le seuil critique se situe autour de 10 à 12 % de sucres et d'amidon combinés dans la matière sèche. Un foin de première coupe de juillet, récolté à un stade végétatif précoce, peut largement dépasser ce taux. Les chevaux dits "à risque" — poneys, chevaux obèses, insulino-résistants ou souffrant du syndrome métabolique équin (EMS) — sont particulièrement vulnérables.
La solution la plus simple pour réduire la teneur en sucres d'un foin problématique est le trempage : immerger les portions de foin pendant 8 à 16 heures réduit les glucides solubles de 30 à 40 %. Mais cette technique ne corrige pas l'ensemble des problèmes nutritionnels et ne remplace pas un conseil vétérinaire personnalisé.
Si votre cheval boite soudainement, que ses sabots dégagent une chaleur anormale ou qu'il reporte son poids sur les antérieurs, consultez sans attendre un expert en médecine équine. La prise en charge dans les 48 premières heures détermine souvent le pronostic à long terme.
Changer de foin en été : les précautions indispensables
La saison estivale coïncide souvent avec un changement de lot de foin, parfois de fournisseur. Cette transition doit toujours être progressive, sur une période de 10 à 14 jours minimum. Introduisez le nouveau foin en mélangeant d'abord 20 % de nouveauté pour 80 % de l'ancien, puis augmentez progressivement le ratio.
Les propriétaires qui changent brusquement de source fourragère sans transition observent fréquemment des perturbations digestives dans les 72 heures : bouses molles, flatulences excessives, refus alimentaires. Ces signes annoncent une dysbiose intestinale qui fragilise l'animal pour les semaines suivantes.
Conservez également vos bottes dans un endroit sec, aéré et surélevé par rapport au sol. Une grange humide ou mal ventilée peut transformer un foin de bonne qualité en fourrage à risque en quelques semaines.
Les 5 signaux d'alerte qui justifient un appel vétérinaire immédiat
Ne sous-estimez pas ces signes ; chacun peut annoncer une urgence équine liée à l'alimentation :
- Douleurs abdominales visibles (gratter les flancs, se coucher, se rouler) : possible colique
- Boiterie soudaine ou chaleur excessive des sabots : possible fourbure
- Refus alimentaire persistant associé à une perte de poids rapide
- Toux chronique ou jetage nasal après changement de foin : possible allergie aux spores de moisissures
- Changement brutal de comportement (abattement, agressivité inhabituelle)
En Suisse, les consultations vétérinaires équines à domicile sont accessibles partout, y compris dans les cantons ruraux. Une visite préventive en début de saison pour évaluer la qualité de votre foin, adapter la ration et contrôler l'état corporel de vos chevaux représente un investissement nettement inférieur à une hospitalisation d'urgence.
Le bon réflexe ce mois de juillet : faites analyser votre foin dès la livraison, gérez les transitions alimentaires avec rigueur et sollicitez l'avis d'un professionnel dès que quelque chose vous semble anormal. La santé de vos chevaux en dépend.

Laura Magnin