Feux d'artifice du 1er août 2026 : Bâle maintient le spectacle, le reste de la Suisse risque gros

Feux d'artifice tirés depuis des bateaux sur le Rhin à Bâle lors de la Fête nationale suisse

Photo : Sandro Koechli / Wikimedia

7 min de lecture 30 juillet 2026

Demain, le 1er août 2026, la Suisse célèbre sa Fête nationale dans un contexte inédit : Bâle maintient ses feux d'artifice officiels sur le Rhin et le Bruderholz, tandis que la quasi-totalité des cantons romands ont interdit les engins pyrotechniques privés. Le danger d'incendie de forêt est classé au niveau 4 sur une échelle de 5, sur fond de canicule et de sécheresse persistante. Ceux qui passeront outre s'exposent à des amendes — et, en cas de sinistre, à la pleine responsabilité civile et pénale.

Bâle fait exception : deux soirées de spectacles officiels

Le canton de Bâle-Ville maintient son programme complet pour la Fête nationale 2026. Le 31 juillet au soir, les deux rives du Rhin s'animent jusqu'à 02h00, avec un grand feu d'artifice tiré depuis des bateaux à 23h00. Le 1er août, c'est le Bruderholz qui accueille cortège aux lanternes, animations musicales et feu d'artifice final à 22h30. Ces spectacles sont organisés par les autorités cantonales et encadrés par des artificiers professionnels titulaires d'une autorisation spécifique délivrée par la préfecture.

Ce détail est juridiquement décisif. Il existe une différence fondamentale entre un feu d'artifice professionnel — autorisé, assuré, supervisé par un expert certifié — et un engin pyrotechnique tiré par un particulier depuis son jardin ou son balcon. Dans la quasi-totalité des cantons romands, c'est précisément cette deuxième catégorie qui est formellement interdite depuis la fin du mois de juillet 2026. Même dans les cantons alémaniques, de nombreuses communes ont émis des restrictions similaires. Bâle-Ville est une exception, et non la règle.

L'interdiction dans le reste de la Suisse : ce que dit la loi

Selon les informations publiées par 20 minutes et Blick, tous les cantons romands ont adopté une interdiction des feux d'artifice privés pour le 1er août 2026. La sécheresse et les températures exceptionnelles ont fait grimper le risque d'incendie de forêt au niveau 4 sur 5, le seuil qui déclenche traditionnellement les restrictions préventives dans les régions boisées.

Sur le plan fédéral, l'Ordonnance sur les articles pyrotechniques (OPyr) prévoit explicitement que les autorités cantonales peuvent restreindre ou interdire l'usage de tout article pyrotechnique lorsque les conditions météorologiques ou de sécurité le justifient. Un simple arrêté cantonal suffit à transformer une activité normalement légale en infraction passible de sanctions. En 2026, cet arrêté a été activé dans la totalité des cantons romands avant même le 28 juillet.

Les conséquences d'une violation varient selon les cantons, mais le cadre est clair :

  • Amende d'ordre : entre CHF 100 et plusieurs milliers de francs selon la gravité et le canton
  • Poursuites pénales : si l'infraction cause un dommage (incendie, blessures), les articles 237 (mise en danger de la sécurité publique) et 125 (lésions corporelles par négligence) du Code pénal suisse peuvent s'appliquer
  • Responsabilité civile intégrale : tout dommage causé à un tiers reste à votre charge, que l'assurance intervienne ou non

Contrairement à ce que croient beaucoup de particuliers, l'ignorance de l'interdiction n'est pas une défense valable. Les arrêtés cantonaux sont publiés au Journal officiel et souvent relayés par les communes. Dès lors que l'interdiction est officiellement prononcée, la loi présume que vous en êtes informé.

Qui est responsable si vos feux déclenchent un incendie ?

C'est la question que chaque juriste redoute de recevoir le 2 août — et qui revient chaque été depuis les grandes canicules. Selon l'article 41 du Code des obligations suisse (CO), toute personne qui cause un dommage à autrui par négligence est tenue de le réparer intégralement. Allumer des feux d'artifice pendant un épisode de sécheresse classé en danger 4 sur 5, après un arrêté cantonal explicite, constitue une faute caractérisée aux yeux d'un juge.

Dans ce cas, c'est vous — et non le fabricant de l'engin — qui supportez les conséquences :

  1. Les dommages matériels causés à votre voisin (toiture, véhicule, jardin)
  2. Les frais d'extinction d'un incendie de forêt, qui peuvent dépasser CHF 500 000 selon l'étendue du sinistre
  3. Les frais médicaux et l'indemnisation si une personne est blessée
  4. Le remboursement à l'État des coûts d'intervention des pompiers, souvent réclamé rétroactivement

L'assurance responsabilité civile privée (RC privée) est supposée couvrir ce type de dommage. Mais la couverture n'est pas automatique. Si l'assureur peut démontrer que vous avez commis une faute grave en ignorant délibérément un arrêté d'interdiction, il peut invoquer une clause d'exclusion ou exercer une action récursoire contre vous — c'est-à-dire récupérer auprès de vous tout ce qu'il aura versé au tiers lésé.

(Cet article traite de questions juridiques et d'assurance à titre informatif. Chaque situation est différente selon le canton, la police d'assurance et les faits. En cas de doute, consultez un avocat ou un juriste avant d'agir.)

Cas concret : M. Favre tire une fusée à Morges le 1er août 2026

Prenons un scénario composite, ancré dans la réalité du 1er août 2026. M. Favre habite à Morges (canton de Vaud) dans un quartier résidentiel avec jardin. Il a acheté un assortiment de fusées de catégorie F2 (autorisé à la vente aux particuliers en temps normal) pour fêter le 1er août en famille. Le soir du 1er août, vers 22h15, il tire trois fusées depuis sa terrasse, sans avoir consulté l'arrêté cantonal vaudois — dont il n'avait « pas connaissance ».

L'une des fusées dévie sous l'effet du vent et tombe sur la toiture sèche du garage de son voisin, M. Perret. L'incendie se propage en dix minutes. Les pompiers de Morges interviennent à 22h40 et maîtrisent le sinistre à minuit.

Le bilan chiffré de cette soirée :

  • Toiture du garage (60 m², tuiles, isolation, charpente) : CHF 32 000 de dommages matériels
  • Intervention des pompiers (2 h, 12 hommes, camion-citerne) : facturée par la commune à hauteur de CHF 4 200
  • Amende cantonale pour violation de l'arrêté d'interdiction : CHF 500
  • Total exposé par M. Favre : CHF 36 700, avant le verdict de son assureur RC

Si la RC de M. Favre couvre jusqu'à CHF 3 millions de dommages causés à des tiers, elle prend en principe en charge les CHF 32 000 du sinistre. Mais l'assureur mandate un expert pour établir les circonstances. La violation de l'arrêté cantonal est documentée (procès-verbal de police). L'assureur décide de verser à M. Perret, puis d'exercer une action récursoire contre M. Favre pour CHF 15 000 — un recours partiel fondé sur la faute grave.

Si M. Favre avait respecté l'interdiction : zéro amende, zéro sinistre, zéro action récursoire. Et un voisinage préservé.

Ce que votre RC couvre vraiment — et ses limites

La grande majorité des ménages suisses disposent d'une assurance RC privée. Cette police couvre, en principe, les dommages corporels et matériels causés accidentellement à des tiers, y compris ceux liés à des activités de loisir comme les feux d'artifice de catégorie F1 ou F2. Mais plusieurs clauses méritent votre attention avant le 1er août.

Les exclusions les plus fréquentes :

  • Violation d'une interdiction légale ou réglementaire en vigueur au moment du sinistre
  • Faute intentionnelle ou comportement délibérément risqué
  • Activités dans des zones ou périodes expressément prohibées par les autorités

Ce que vous devriez vérifier :

  1. Votre plafond de garantie : pour un incendie de forêt, CHF 1 million peut ne pas suffire ; visez CHF 3 à 5 millions
  2. La clause de subrogation : elle autorise votre assureur à se retourner contre vous en cas de faute grave
  3. Le délai de déclaration : la plupart des polices exigent une déclaration dans les 5 jours ouvrables suivant le sinistre

Un exemple illustre bien la complexité de ces situations : lorsqu'un incendie survient dans un lieu public à Bâle, la question de la responsabilité et des droits des personnes affectées devient rapidement multidimensionnelle — et c'est encore plus vrai quand c'est un particulier qui est à l'origine du sinistre.

Ce que vous devez faire avant — et après

Avant le 1er août :

  • Consultez l'arrêté en vigueur dans votre commune (disponible sur le site officiel de votre canton ou à la mairie)
  • Ne présumez pas que ce qui était autorisé l'an dernier l'est encore : l'interdiction 2026 est liée à la sécheresse actuelle, pas à une règle pérenne
  • Vérifiez les conditions générales de votre RC, en particulier les clauses d'exclusion liées aux interdictions réglementaires
  • Si vous organisez un barbecue ou un feu de camp, les mêmes restrictions s'appliquent dans la majorité des cantons

Si vous avez subi un dommage ou êtes mis en cause après le 1er août :

  • Prévenez votre assureur RC dans les délais contractuels (souvent 5 jours ouvrables)
  • Documentez scrupuleusement la situation : photos datées, déclaration aux autorités, liste de témoins
  • Ne reconnaissez aucune responsabilité formelle — ni par écrit, ni verbalement — avant d'avoir consulté un avocat spécialisé en droit de la responsabilité civile ou en droit des assurances

Un juriste peut faire la différence entre une prise en charge complète par votre RC et une condamnation personnelle de plusieurs dizaines de milliers de francs. Dans un contexte où les coûts liés aux incendies de forêt peuvent atteindre le million de francs, l'expertise d'un professionnel du droit n'est pas un luxe — c'est une précaution proportionnée au risque.

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