Le 9 septembre 2026, à 9h30 du matin, une explosion violente a ravagé l'ancienne centrale hydroélectrique Ritom à Piotta, dans la commune de Quinto (canton du Tessin). Deux ouvriers ont perdu la vie — un homme de 55 ans originaire de la région de Lugano et un jeune homme de 18 ans — et deux autres ont été grièvement blessés. Une partie du bâtiment s'est effondrée. Au-delà du deuil et de la stupeur, les familles et les survivants font face dès les premiers jours à des démarches juridiques urgentes qu'elles ne connaissent souvent pas.
Ce qui s'est passé à Piotta ce matin-là
Les premières informations recueillies par la police cantonale tessinoise indiquent qu'un problème électrique survenu lors d'un test de démarrage d'un transformateur serait à l'origine de l'explosion. L'incident a déclenché un incendie important et provoqué l'effondrement partiel d'un secteur de la centrale. Les services d'urgence dépêchés sur place — pompiers de Biasca, Alta Leventina et Bellinzone, Tre Valli Soccorso et la Rega — ont mobilisé des moyens considérables pour sécuriser la zone et évacuer les blessés.
La centrale Ritom est une installation historique construite en 1920, propriété de Ritom SA (filiale des CFF et d'Aziende Industriali di Lugano). Elle alimente en électricité l'axe ferroviaire du Gothard, l'un des plus chargés d'Europe. Sa mise hors service partielle consécutive à l'explosion a des répercussions immédiates sur le réseau ferroviaire suisse. Les causes exactes de la catastrophe font l'objet d'une enquête ouverte par le Ministère public du canton du Tessin, en coordination avec l'Inspection fédérale des installations à courant fort (Esti).
La réaction des experts juridiques : ce que dit la LAA
Pour les proches des victimes et les survivants grièvement blessés, le drame de Piotta est avant tout une urgence humaine. Mais dès les premières heures suivant un accident mortel du travail en Suisse, des droits très précis s'activent — et beaucoup de familles ne les connaissent pas ou tardent à les faire valoir, parfois au détriment de leur situation financière.
La Loi fédérale sur l'assurance-accidents (LAA) oblige tout employeur en Suisse à assurer ses salariés auprès de la SUVA ou d'un assureur LAA agréé contre les accidents professionnels. En cas de décès, les ayants droit — conjoint survivant, enfants, et dans certains cas d'autres proches économiquement dépendants — ont droit à des rentes et indemnités calculées sur la base du gain assuré du défunt.
Mais la LAA n'est pas le seul pilier disponible. Selon le Code des obligations (CO), si l'accident résulte d'une faute de l'employeur — défaut de maintenance documenté, procédure de test non conforme aux normes en vigueur, formation insuffisante du personnel pour les travaux à haute tension — les familles peuvent intenter une action en responsabilité civile complémentaire aux prestations SUVA. Ces deux voies sont cumulables sous conditions strictes. C'est précisément dans ces situations qu'un avocat spécialisé en droit des accidents du travail peut changer le montant final de la réparation.
Cas concret : la famille du technicien de 55 ans
Prenons la situation de l'une des victimes décédées : un homme de 55 ans, résident de la région de Lugano, employé comme technicien d'entretien par Ritom SA ou par une entreprise sous-traitante mandatée pour les tests. Ce cas illustre concrètement les sommes et les droits en jeu.
Scénario A — conjoint survivant avec deux enfants à charge :
Si sa partenaire n'exerce pas d'activité lucrative à temps plein et élève deux enfants de 12 et 16 ans, les droits SUVA s'activent comme suit. Le gain annuel assuré maximal en 2026 est fixé à CHF 148 200. La SUVA versera alors :
- Une rente de veuve : 40 % du gain assuré, soit jusqu'à CHF 59 280 par an, versée à vie
- Une rente d'orphelin : 15 % du gain assuré par enfant jusqu'à 18 ans (ou 25 ans si en formation), soit CHF 22 230 par enfant et par an
- Une indemnité pour frais funéraires : au moins CHF 4 000
Total annuel pour la famille : jusqu'à CHF 103 740 dans ce scénario. Ce montant est versé automatiquement si la déclaration SUVA a été faite dans les délais — mais de nombreuses familles ignorent que c'est à l'employeur de la faire dans les 3 jours, et que la famille peut exiger une confirmation écrite.
Si la faute patronale est établie :
Si l'enquête de l'Esti ou du Ministère public révèle qu'un rapport d'inspection interne signalait des anomalies sur le transformateur avant le test du 9 septembre, ou que les procédures de sécurité n'avaient pas été actualisées depuis la dernière révision majeure de l'installation, l'avocat mandaté par la famille peut introduire une action en responsabilité civile en vertu des articles 41 et 55 CO. Dans ce cas, le tribunal peut allouer des dommages-intérêts supplémentaires pour tort moral — typiquement entre CHF 20 000 et CHF 80 000 par proche direct — et des indemnités compensant les revenus futurs non couverts par la rente SUVA.
Si le technicien était intérimaire ou sous-traitant :
Cette configuration est fréquente lors des révisions de centrales électriques. L'employeur direct (l'entreprise de services techniques mandatée) est primo responsable LAA, mais la responsabilité civile de Ritom SA en tant que maître d'ouvrage peut être engagée si les consignes de sécurité spécifiques à l'installation n'ont pas été transmises au personnel extérieur. Un avocat analyse qui avait le contrôle effectif du transformateur au moment du test — information déterminante pour la direction de l'action civile.
Ce que les familles et les survivants doivent savoir maintenant
Délai de déclaration SUVA : 3 jours. L'employeur a l'obligation légale de signaler tout accident mortel ou grave à la SUVA dans les 3 jours ouvrables. Si vous êtes famille d'une victime et n'avez pas encore été contacté par un assureur LAA, exigez cette information immédiatement. Le défaut de déclaration de l'employeur n'éteint pas vos droits, mais retarde le versement des rentes.
Délai de prescription pour l'action civile : 3 ans. Le délai commence à courir à partir du jour où la famille a connaissance du dommage et de l'identité de la personne responsable. Ce délai peut paraître long, mais les premières semaines de deuil passent vite, et l'enquête pénale peut durer plusieurs mois. Ne pas mandater un avocat dans les 6 premiers mois risque de compromettre la collecte de preuves pertinentes.
Droit à une copie du rapport d'enquête. Via un avocat, les familles peuvent accéder aux rapports de police, aux rapports d'inspection de l'Esti et aux expertises techniques dès que l'instruction pénale le permet. Ces documents sont souvent déterminants pour établir la faute.
Soutien psychologique financé par la SUVA. La SUVA finance également un accompagnement psychologique pour les proches de victimes d'accidents professionnels graves. Ce dispositif est peu connu mais accessible sur simple demande à l'assureur LAA compétent.
Pour les deux survivants grièvement blessés, d'autres enjeux se posent en parallèle : incapacité de travail temporaire ou définitive, rente d'invalidité LAA pouvant atteindre 80 % du gain assuré en cas d'incapacité totale permanente, et droit à la réadaptation professionnelle prise en charge par la SUVA.
Que faire maintenant si vous êtes concerné
Un accident du travail mortel déclenche simultanément des enquêtes pénales, administratives (SUVA, Seco, Esti) et potentiellement civiles. Les intérêts des familles peuvent diverger de ceux de l'employeur ou de l'assureur. Les délais légaux commencent à courir immédiatement, même si l'enquête officielle n'est pas encore close.
Un avocat spécialisé en droit des accidents du travail suisse peut : vérifier que toutes les prestations LAA ont été correctement déclarées, identifier si une action civile complémentaire est fondée, et représenter la famille face à la SUVA, à l'employeur et au Ministère public.
Pour en savoir plus sur vos droits LAA, consultez le texte officiel de la loi sur fedlex.admin.ch. Expert Zoom met en contact les familles avec des avocats spécialisés en droit des accidents disponibles pour une première consultation confidentielle.
Avertissement : Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis juridique. Chaque situation est unique — consultez un avocat spécialisé pour une analyse adaptée à votre cas.

Élise Meyer