L'Erlebnisland Grizzlybär, parc animalier et d'aventure emblématique situé au bord du lac Dittligsee près de Thun, fermera définitivement ses portes à la fin de l'année 2026. Après près de 50 ans d'activité et plus d'une décennie de déficits annuels importants, le groupe Hauenstein a confirmé mettre fin à l'exploitation de ce lieu de mémoire qui accueille aujourd'hui plus de 100 animaux répartis en une dizaine d'espèces.
Cinquante ans d'histoire familiale qui tirent à leur fin
Depuis sa création, l'Erlebnisland Grizzlybär était bien plus qu'un parc animalier ordinaire. Situé dans le Naturpark Gantrisch au bord du Dittligsee, à une quinzaine de minutes de Thun, le site combinait hôtel, restaurant, minigolf et un parc animalier où les familles suisses venaient rencontrer alpagas, lamas, cochons laineux, chèvres naines, lapins, oies et canards dans un cadre naturel d'exception.
La pandémie de Covid-19 a aggravé une situation financière déjà précaire : le groupe Hauenstein reconnaît des pertes annuelles considérables depuis plus de dix ans. À cela s'ajoutent des investissements immobiliers importants qui auraient été nécessaires pour maintenir l'exploitation. La décision a été prise en 2026, avec une mise en vente du site estimée à environ 2,5 millions de francs suisses.
Vingt-sept collaborateurs, soit 17 postes équivalents temps plein, sont concernés par cette fermeture. Le groupe affirme soutenir activement chaque employé, « de préférence au sein des Hauenstein Hotels, mais aussi auprès d'autres entreprises de la région ».
Que deviennent les 100 animaux du parc ?
C'est la question qui préoccupe le plus les familles suisses qui ont grandi avec ce lieu. Le groupe Hauenstein a déclaré que « la responsabilité envers les animaux vivant sur le site reste totale » et que des soins professionnels seront assurés jusqu'à ce qu'un habitat adapté soit trouvé pour chaque individu.
En pratique, la fermeture d'un parc animalier déclenche une procédure encadrée par la Loi fédérale sur la protection des animaux (LPA) et l'Ordonnance sur la protection des animaux (OPAn). Chaque animal doit être placé dans une structure — zoo, ferme pédagogique ou particulier — capable de répondre à ses besoins comportementaux, nutritionnels et sanitaires spécifiques.
Pour des espèces grégaires comme l'alpaga ou le lama, la loi est claire : ces animaux ne peuvent pas être détenus seuls. Tout adoptant doit pouvoir accueillir au minimum deux individus de la même espèce, disposer d'une surface herbacée suffisante et d'un abri adapté aux hivers suisses.
Parmi les candidatures d'adoption qui vont inévitablement affluer dans les prochains mois, toutes ne seront pas préparées à cette réalité. C'est là que l'expertise vétérinaire devient indispensable — avant, et non après, l'arrivée de l'animal.
Sophie veut adopter deux alpagas : ce qui peut tout changer
Sophie, 38 ans, habitante de la région de Berne et fan de longue date du Grizzlybär, envisage d'adopter deux alpagas pour sa propriété rurale de 2 500 m², dont 1 200 m² de pâturage clôturé. Elle a l'espace, la bonne volonté et l'amour des animaux. Mais est-elle vraiment prête ?
Scénario A — sans consultation vétérinaire préalable :
Sophie ne vérifie pas les exigences de l'OPAn avant d'accueillir les animaux. Elle découvre après coup que sa clôture de jardin n'est pas adaptée (les alpagas peuvent franchir des obstacles de moins de 1,20 m), qu'elle n't pas prévu d'abri aux normes (sol non glissant, protection contre le vent et la pluie exigés), et que la densité de son pâturage est insuffisante pour deux adultes. Le Service vétérinaire cantonal peut refuser l'autorisation d'accueil, voire imposer une amende allant de CHF 500 à CHF 5 000 selon la gravité du manquement. Dans le pire des cas, les animaux doivent être restitués ou replacés en urgence — un traumatisme supplémentaire pour des animaux déjà fragilisés par leur premier déplacement.
Scénario B — avec un vétérinaire dès le départ :
La consultation préalable permet à Sophie d'identifier précisément les aménagements nécessaires : renforcement de la clôture (CHF 1 500 à 3 500 selon le périmètre), construction d'un abri conforme (CHF 800 à 2 000), et mise en place d'un plan de soins annuel. Ce plan inclut la tonte obligatoire une fois par an (CHF 80 à 120 par animal), les vaccinations et vermifugations (CHF 150 à 250 par animal et par an) ainsi que les contrôles dentaires. Le coût total de la première année se situe entre CHF 3 000 et CHF 7 000 — une somme que Sophie peut planifier sereinement plutôt que de la découvrir au fil des urgences vétérinaires.
La différence entre les deux scénarios n'est pas seulement financière. Dans le scénario B, les alpagas arrivent dans un environnement déjà préparé à leurs besoins, ce qui réduit considérablement le stress du replacement et les risques de pathologies liées au changement.
Le stress du replacement : une réalité vétérinaire souvent ignorée
Les animaux qui ont vécu dans un parc depuis leur naissance n'ont aucune expérience du monde extérieur. Ils sont habitués à des horaires de repas fixes, au contact quotidien avec le personnel soignant et à la présence d'un groupe stable de congénères et d'humains bienveillants.
Un déplacement vers un nouveau lieu de vie — même parfaitement équipé — constitue un stress physiologique et comportemental réel. Chez les camélidés (alpagas, lamas), cela peut se manifester par une perte d'appétit, des comportements d'isolement ou d'agressivité et, dans les cas sévères, une dépression immunitaire ouvrant la voie aux infections respiratoires. Les cochons laineux peuvent développer des comportements stéréotypés (morsures des barreaux, balancements) si leur nouvel environnement manque de stimulation.
Ce phénomène n'est pas propre aux parcs qui ferment. Il est bien documenté dans le cadre des sauvetages d'animaux sauvages : comme l'illustre le cas de la baleine Timmy en mer Baltique et le suivi vétérinaire qui a accompagné chaque étape de sa réhabilitation, chaque transfert d'animal demande une préparation et un accompagnement spécialisés.
Un vétérinaire spécialisé en animaux de ferme ou en camélidés peut concevoir un protocole de transition adapté : introduction progressive au nouvel environnement, ajustement de la ration alimentaire, suivi comportemental sur les premières semaines et, si nécessaire, traitement anxiolytique temporaire sous prescription.
Ce que tout candidat à l'adoption doit vérifier avant de dire oui
L'annonce de la fermeture du Grizzlybär va susciter de nombreuses candidatures — parfois sincères mais mal préparées. Avant d'envisager d'accueillir un animal issu du parc du Dittligsee, voici les points essentiels à valider avec un vétérinaire :
Conformité légale : l'OPAn fixe des normes précises par espèce en matière d'espace, d'abri, d'alimentation et de cohabitation. Un vétérinaire peut vérifier si votre propriété est déjà conforme ou quels aménagements sont nécessaires.
Budget réaliste : au-delà des frais d'installation, prévoyez un budget annuel de soins. Pour deux alpagas, comptez CHF 600 à 1 200 par an en frais vétérinaires courants, hors urgences.
Disponibilité et compétences : les animaux de parc animalier nécessitent une observation quotidienne, surtout lors des premiers mois. Reconnaître les signes de stress ou de maladie demande un minimum de formation — une visite vétérinaire post-adoption dans les 15 jours qui suivent l'arrivée est fortement recommandée.
Accès à un professionnel dans votre région : identifiez un vétérinaire spécialisé dans les animaux de ferme ou exotiques avant même d'accueillir l'animal. En cas d'urgence, le délai peut faire la différence.
La fermeture du Grizzlybär : une invitation à s'informer
La disparition de ce lieu de vie familiale à la fin de l'année 2026 marque la fin d'une époque pour des générations de Suisses et Suissesses. Mais elle ouvre aussi une réflexion concrète : donner une seconde vie à un animal de parc en fermeture est un acte généreux — à condition d'être bien accompagné.
Le parc reste ouvert jusqu'à la fin 2026, offrant quelques mois supplémentaires aux familles pour une dernière visite au Dittligsee. Pour ceux qui envisagent d'aller plus loin et d'offrir un foyer à un alpaga, un lama ou un cochon laineux, la première démarche à entreprendre est une consultation avec un vétérinaire spécialisé — avant toute autre décision.
Les informations sur les coûts et les normes légales présentées dans cet article sont données à titre indicatif. Pour toute démarche d'adoption d'un animal, consultez un vétérinaire agréé et votre Service vétérinaire cantonal.

Nadine Keller