Première Française qualifiée pour le deuxième tour de Roland-Garros 2026, Elsa Jacquemot a battu la Tchèque Linda Fruhvirtova 6-4, 6-3 le 25 mai sur les courts parisiens, avant d'affronter la numéro un mondiale Aryna Sabalenka. À 23 ans, la joueuse française accède pour la troisième fois au deuxième tour parisien et a atteint en février 2026 sa meilleure place mondiale, 53e à la WTA. Pour les jeunes talents helvétiques qui suivent la même trajectoire, la question des contrats de sponsoring et de la protection juridique se pose désormais très tôt — souvent dès l'adolescence.
Le tournoi, mais aussi les contrats
Derrière chaque victoire en Grand Chelem se cache une mécanique contractuelle complexe : équipementier, raquette, sponsors privés, ATP/WTA, fédération nationale. Un joueur du top 100 mondial peut signer entre 5 et 20 contrats simultanés, dont certains s'étendent sur 5 à 10 ans. Pour les moins de 18 ans, le droit suisse encadre strictement ces engagements.
Le Code civil suisse (CC) soumet tout contrat conclu avec un mineur à l'accord du représentant légal, sauf pour les actes correspondant à son discernement et limités à des montants modestes. Un contrat de sponsoring à six chiffres dépasse largement ce seuil : il doit être co-signé par les parents ou tuteurs, faute de quoi il est attaquable en nullité.
Trois droits que les jeunes joueurs (et leurs parents) doivent connaître
1. Le droit à l'image reste personnel. Même mineur, l'athlète conserve la maîtrise de son image. Un sponsor ne peut pas l'utiliser dans une campagne publicitaire au-delà de ce que prévoit explicitement le contrat. En Suisse, l'article 28 CC protège la personnalité et permet de faire cesser toute exploitation abusive.
2. La fin du contrat se négocie à l'avance. Une carrière sportive est imprévisible : blessure, contre-performance, retraite anticipée. Les contrats sérieux prévoient des clauses de résiliation symétriques. Si seul le sponsor peut sortir librement, l'équilibre est rompu — un avocat le repérera immédiatement.
3. La rémunération doit être traçable. Pour un mineur, les revenus issus du sport doivent en principe être versés sur un compte au nom du jeune, géré par un représentant légal. Une partie importante peut être bloquée jusqu'à la majorité, sur décision de l'autorité de protection de l'enfant et de l'adulte (APEA).
Le cas suisse : Swiss Olympic et la double carrière
En Suisse, Swiss Olympic organise un cadre spécifique pour les jeunes athlètes sous Talent Card Régionale ou Nationale. Un apprentissage ou des études peuvent être adaptés au calendrier sportif via une convention individuelle signée entre l'athlète, l'entreprise formatrice et la fédération. Cette convention complète le contrat d'apprentissage et sert d'instrument d'orientation, comme le précisent les directives officielles.
Les services cantonaux de coordination sport-études assistent les familles dans la rédaction de ces conventions. Un avocat spécialisé en droit du sport peut intervenir en amont pour vérifier que le document protège réellement l'athlète et n'impose pas, par exemple, une clause d'exclusivité empêchant tout sponsoring privé.
La fiscalité : un piège fréquent
Les jeunes joueurs sous-estiment souvent la fiscalité des primes de tournoi et des bourses. En Suisse, un athlète résident est imposé sur l'ensemble de ses revenus mondiaux. Une victoire en Italie ou aux États-Unis génère des retenues à la source dans le pays organisateur, mais ces revenus doivent ensuite être déclarés au fisc cantonal pour éviter une double imposition.
Les conventions bilatérales suisses permettent généralement d'imputer l'impôt étranger sur l'impôt suisse. Mais sans déclaration correcte, l'athlète risque des rappels d'impôt majorés, parfois plusieurs années après le tournoi. Un fiscaliste connaissant la fiscalité sportive internationale devient indispensable dès les premiers prize money à cinq chiffres.
L'erreur la plus coûteuse : signer sans relire
Plusieurs procédures impliquant de jeunes sportifs en Europe ont rappelé le même schéma : un parent enthousiaste accepte les conditions proposées par un agent ou un sponsor, sans relecture juridique. Quelques années plus tard, lorsque l'athlète perce, des clauses d'agent à 20 % sur dix ans ou des exclusivités d'image perpétuelles ressurgissent.
La parade tient en trois étapes :
- Faire relire chaque contrat par un avocat spécialisé avant signature, même pour les premiers contrats à faible montant. Le coût d'une consultation (300 à 800 CHF) est dérisoire face aux risques.
- Refuser toute clause d'exclusivité supérieure à 2 ans sans clause de sortie négociée.
- Conserver tous les documents : versions successives, courriels, annexes. En cas de litige, la chronologie compte autant que le texte signé.
Ce que peut faire un avocat en droit du sport
Un avocat spécialisé intervient à plusieurs niveaux : négociation initiale, suivi des avenants, gestion des litiges avec sponsors ou fédérations, accompagnement devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) à Lausanne. Pour un jeune en pleine ascension, mettre en place une relation continue avec un conseil juridique vaut mieux que d'appeler en urgence quand le contrat dérape.
Les parents de jeunes talents peuvent aussi consulter en amont, dès la signature des premiers contrats fédératifs. Un suivi régulier coûte généralement moins cher qu'une intervention contentieuse, et permet d'anticiper les transitions critiques (passage chez les pros, premiers gros sponsors, changement d'agent).
À l'image d'autres joueuses qui ont percé jeunes à Roland-Garros, Jacquemot a construit sa progression sur plusieurs saisons, en évitant les engagements bloquants à 18 ans. Le contraste avec les fins de carrière, comme les adieux de Gaël Monfils, rappelle que la dimension contractuelle accompagne le joueur d'un bout à l'autre.
Pour les familles helvétiques qui suivent un enfant prometteur, le bon réflexe consiste à consulter dès le premier contrat sérieux. Le cadre officiel proposé par Swiss Olympic sur la formation professionnelle des jeunes sportifs donne un point de départ utile avant de s'asseoir avec un avocat.

Élise Meyer