Le 16 février 2026, à 6h47 du matin, un Regioexpress de la BLS a percuté une avalanche en plein Valais, à hauteur de Goppenstein, avant de dérailler sur la voie. Vingt-neuf passagers se sont retrouvés bloqués dans le froid alpin, certains blessés, tous désorientés. Cinq personnes ont été blessées — dont une transportée à l'hôpital de Sion. La ligne entre Goppenstein et Brigue est restée fermée jusqu'au lendemain. Une nouvelle qui a fait la une des médias suisses, mais qui a laissé dans l'ombre une question essentielle pour les voyageurs : que pouvez-vous réellement réclamer, et à qui, quand votre train déraille ?
Ce que la loi suisse garantit automatiquement
La Suisse dispose d'un cadre légal solide pour les passagers des transports publics. La Loi fédérale sur le transport de voyageurs (LTV) et son ordonnance d'exécution obligent toutes les entreprises ferroviaires — CFF, BLS, SOB, Rhätische Bahn — à indemniser leurs voyageurs en cas de retard significatif ou de suppression de course, selon un barème publié par l'Office fédéral des transports (OFT).
Pour les détenteurs d'un billet aller simple ou d'une carte journalière :
- Retard de 60 à 119 minutes à l'arrivée : remboursement de 25 % du prix du billet
- Retard de 120 minutes ou plus : remboursement de 50 % du prix du billet
Pour les détenteurs d'un abonnement général (AG) ou d'un demi-tarif avec billet :
- Remboursement équivalant à la valeur journalière de l'abonnement, avec un minimum garanti de 5 CHF
Ces remboursements sont accessibles directement sur le portail SwissPass (swisspass.ch/droits-des-voyageurs), sans démarche complexe ni intervention d'un tiers. La demande peut être soumise dans un délai de trois ans à compter du trajet concerné.
Mais voici ce que la plupart des passagers ignorent : ce barème légal n'est qu'un plancher, pas un plafond.
Quand le déraillement va bien au-delà du simple retard
Un déraillement, contrairement à un retard ordinaire lié à un problème technique mineur, génère des conséquences en cascade que le remboursement automatique ne couvre pas nécessairement. Selon l'OFT, les entreprises ferroviaires ont également l'obligation légale de prendre en charge plusieurs postes souvent ignorés des voyageurs.
L'hébergement d'urgence : si vous ne pouvez pas rentrer chez vous le soir même faute de trains de substitution disponibles, l'entreprise doit vous proposer ou financer une solution d'hébergement. Cette obligation est souvent méconnue, car les compagnies ne la communiquent pas spontanément.
Les transports de substitution : bus de remplacement, taxi collectif, ou véhicule de location selon la situation. Ces solutions doivent être proposées dans un délai raisonnable — et si elles ne l'ont pas été, leurs coûts sont remboursables sur justificatifs.
La restauration : en cas d'attente de plus de trois heures, des bons repas ou des rafraîchissements doivent être fournis. Là encore, si vous avez dû avancer ces frais de votre poche, conservez absolument vos reçus.
Au-delà de ces obligations directes, les frais consécutifs — rendez-vous manqués, garde d'enfants imprévue, nuit d'hôtel non remboursée par la compagnie — restent du ressort du droit civil suisse. C'est précisément dans cette zone que l'accompagnement d'un spécialiste juridique peut transformer une indemnisation partielle en réparation complète.
Cas concret : Nadège B., bloquée à Goppenstein ce 16 février 2026
Prenons le cas de Nadège, 41 ans, indépendante dans la communication, résidant à Lausanne. Elle avait pris le train BLS de 6h12 depuis Spiez en direction de Viège pour un rendez-vous client stratégique prévu à 9h00. Son billet aller-retour : 96 CHF au tarif plein.
Après le déraillement, Nadège est restée bloquée sur place jusqu'à 14h30, quand un bus de substitution a enfin pu rejoindre Goppenstein par un itinéraire détourné. Son client, impossible à joindre à temps, avait entre-temps annulé la réunion et repoussé la décision de collaboration de trois semaines.
Voici ce à quoi Nadège avait droit automatiquement, sans aucune démarche complexe :
- Remboursement de 50 % du billet aller (retard supérieur à 120 minutes) : 24 CHF
- Prise en charge du repas de midi sur justificatif (attente supérieure à 3 heures) : 18 CHF selon ticket de caisse
Si/alors : Si votre retard dépasse 120 minutes suite à un déraillement et que vous avez dépensé pour des repas ou transports alternatifs, vous pouvez cumuler le remboursement réglementaire de 50 % plus les frais documentés. Pour Nadège, le total sans avocat atteignait environ 42 CHF récupérés sur 96 CHF de billet.
Mais avec l'appui d'un avocat spécialisé en droit des transports, la situation évolue considérablement. L'avocat a identifié que la BLS n'avait pas proposé de solution d'hébergement d'urgence pour les passagers qui n'avaient pas pu rejoindre leur domicile ce soir-là (Nadège avait finalement dû prendre un taxi jusqu'à Brigue et loger à l'hôtel : 160 CHF). Ces frais ont été remboursés intégralement sur présentation de justificatifs, portant l'indemnisation totale à 202 CHF — soit cinq fois le remboursement automatique initial.
Le seuil à retenir : si vos frais supplémentaires dépassent 50 CHF au-delà du remboursement billet, une consultation juridique d'une demi-heure peut s'avérer très rentable.
Le rapport d'accident, votre allié méconnu
Dans tout déraillement, l'entreprise ferroviaire est légalement tenue de signaler l'incident au Service suisse d'enquête de sécurité (SESE), qui conduit une investigation indépendante. Ce rapport devient public après l'enquête et documente les causes exactes — dans le cas de Goppenstein, le choc avec une avalanche sur un tronçon classé à risque par les autorités fédérales.
Pourquoi est-ce crucial pour votre dossier ? Parce que si le rapport révèle une négligence dans la signalisation du danger, un défaut de maintenance de la signalisation d'avalanche, ou une insuffisance des mesures préventives, cela ouvre la voie à une action en responsabilité civile nettement plus ambitieuse que le simple barème réglementaire.
Selon le Code des obligations suisse (CO art. 41), si le transporteur a commis une faute — manquement à ses obligations de sécurité ou à son devoir de diligence — tout passager ayant subi un préjudice concret peut réclamer des dommages et intérêts dépassant le cadre de la LTV. Cette démarche ne se justifie pas pour un retard standard de deux heures. En revanche, si vous avez été blessé, si vous avez subi un préjudice professionnel documenté et sérieux, ou si vous êtes le proche d'une victime hospitalisée, le rapport SESE constitue la pièce maîtresse de votre dossier.
Le rapport sur l'incident de Goppenstein est attendu dans les 12 à 18 mois suivant l'accident. C'est exactement le délai pendant lequel vous devez conserver toutes vos preuves.
Les délais que vous ne devez pas manquer
Pour les remboursements standard (25 ou 50 %), le délai de prescription est de trois ans à partir du trajet. Aucune urgence immédiate — mais mieux vaut ne pas attendre.
Pour les indemnités complémentaires liées à un incident, en revanche, les preuves s'effacent vite. Rapports de police, témoignages d'autres passagers, captures d'écran des messages de retard des compagnies, justificatifs de frais — tout cela doit être archivé et présenté dans les 12 mois pour rester exploitable dans une procédure formelle.
Conservez systématiquement : votre billet ou confirmation d'achat numérique, les communications de la compagnie (SMS, email, notifications d'application), les reçus de tous frais engagés (repas, taxi, hôtel), et toute preuve de rendez-vous manqués ou de préjudice professionnel (échanges email avec le client, devis non signé, confirmation annulée).
Ce qu'un spécialiste peut faire que vous ne pouvez pas faire seul
Le portail SwissPass est bien conçu pour les remboursements simples. Mais dès que votre préjudice dépasse le barème automatique, la complexité juridique s'accroît rapidement : quel article du CO invoquer ? Le règlement européen sur les droits des passagers ferroviaires (Règlement CE n°1371/2007) s'applique-t-il à votre trajet transfrontalier ? Faut-il déposer une plainte formelle auprès de l'Autorité de conciliation transport (ACT) avant d'envisager une voie judiciaire ?
Un avocat spécialisé en droit des transports peut analyser votre dossier en trente minutes et vous indiquer si une démarche formelle vaut la peine — ou si le remboursement automatique est la voie la plus efficace dans votre cas. Sur Expert Zoom, des juristes suisses spécialisés en droit du transport et responsabilité civile sont disponibles pour une première consultation afin de clarifier vos droits exacts selon votre situation personnelle.
Comme dans d'autres accidents touchant des infrastructures publiques suisses — à l'image de la fuite d'ammoniaque à Stabio au Tessin, où des victimes ignoraient leurs droits à indemnisation — un déraillement de train peut engendrer un préjudice réel bien au-delà du billet non remboursé. La loi suisse vous donne les outils pour le faire reconnaître. Encore faut-il savoir les utiliser.
Avertissement : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil juridique. Chaque situation étant unique, consultez un avocat ou un spécialiste qualifié pour obtenir des conseils adaptés à votre cas.

Marc Clément