Damir Kocan disparu depuis 2023 : les recours juridiques que les familles suisses ignorent

Avocat suisse examinant un dossier de personne disparue dans un bureau à Zurich
7 min de lecture 8 octobre 2026

Le 7 octobre 2026, l'émission germano-suisse Aktenzeichen XY International a diffusé un appel à témoins concernant Damir Kocan, ressortissant suisse de 46 ans au moment de sa disparition. Le 27 juillet 2023, il a été vu pour la dernière fois montant dans un BMW gris foncé devant le bar «Neugasshof», dans le quartier Langstrasse de Zurich, vers 17h30. La police cantonale zurichoise, qui offre une récompense de 10 000 francs suisses, estime que Kocan est probablement victime d'un crime violent. Plus de trois ans se sont écoulés. Sa famille, comme des milliers de familles suisses dans des situations similaires, se trouve face à un vide juridique que peu d'avocats expliquent spontanément.

Trois ans de silence : ce que révèle l'affaire Kocan

Damir Kocan a quitté le bar «Neugasshof» le 27 juillet 2023 en compagnie d'une connaissance. Selon la reconstruction effectuée par la police zurichoise, le BMW gris foncé s'est probablement dirigé vers Olten en empruntant l'autoroute A1. Depuis, aucune trace de la personne ni du véhicule.

La police cantonale de Zurich précise qu'il n'existe aucun indice de départ volontaire. En revanche, l'enquête a établi que Kocan évoluait dans un environnement criminalisé — il avait été condamné à cinq ans d'emprisonnement pour violation de la loi sur les stupéfiants. C'est précisément ce contexte qui a conduit les investigateurs à conclure, trois ans plus tard, qu'un acte de violence est l'hypothèse la plus probable.

Ce dossier illustre une réalité méconnue : lorsqu'une disparition survient dans un cadre potentiellement criminel, la famille est non seulement privée de nouvelles, mais aussi systématiquement tenue à l'écart de l'enquête pénale. Elle ignore souvent qu'elle dispose de droits précis pour y remédier — et que l'inaction juridique, même bien intentionnée, peut coûter des dizaines de milliers de francs.

Enquête pénale et famille exclue : un droit méconnu en Suisse

Quand une personne disparaît dans des circonstances suspectes, la police cantonale ouvre généralement une procédure pour disparition inexpliquée. Le problème : les proches ne sont pas automatiquement parties à cette procédure.

En droit suisse, le Code de procédure pénale (CPP) prévoit que des personnes ayant un intérêt légitime peuvent se constituer partie plaignante lorsque des indices de crime existent. Dans le cas Kocan, les enquêteurs évoquent explicitement un acte de violence — ce qui remplit cette condition. Cette constitution de partie plaignante ouvre un droit d'accès aux actes de procédure, d'information sur les résultats d'analyses forensiques, et de possibilité de formuler des demandes de preuves supplémentaires.

Sans avocat, cette démarche est techniquement accessible mais pratiquement irréalisable pour des non-juristes : les délais, les formulaires cantonaux spécifiques et la terminologie procédurale constituent des obstacles réels. Un avocat pénaliste peut déposer cette demande dans les premières semaines suivant la disparition. Concrètement, la famille peut alors être informée des images de caméras de surveillance analysées, des témoignages recueillis, ou encore des résultats d'analyses ADN réalisées sur les scènes de recherche — informations auxquelles elle n'a jamais accès autrement.

Ce droit est particulièrement précieux quand l'enquête s'étire sur des années, comme dans le cas de Damir Kocan. La diffusion sur Aktenzeichen XY International peut faire émerger de nouveaux témoins — mais la famille doit être en position juridique d'exploiter ces témoignages dans la procédure, pas seulement de les recevoir de manière informelle.

La curatelle de représentation : protéger les biens sans attendre le pire

La question que les familles posent rarement à temps : que se passe-t-il avec les obligations quotidiennes de la personne disparue pendant que l'enquête avance ?

En droit suisse, une personne disparue reste légalement en vie tant qu'un tribunal ne l'a pas déclarée absente au sens des articles 35 à 38 du Code civil (CC). Ses contrats continuent de courir : bail d'habitation, leasing automobile, abonnements professionnels, primes d'assurance. Ses créanciers peuvent agir. Ses biens peuvent se déprécier ou disparaître faute de gestion.

La déclaration d'absence formelle ne peut intervenir qu'après un délai significatif — en général au moins cinq ans, ou plus rapidement si les circonstances suggèrent un danger de mort. Pendant ce temps, une autre mesure, moins connue, peut s'appliquer : la curatelle de représentation prévue par le Code civil suisse. La Justice de paix du canton peut désigner un curateur pour gérer les affaires d'une personne dans l'incapacité de le faire elle-même — y compris en cas d'absence prolongée et inexpliquée.

Ce curateur peut résilier le bail dans les formes légales avant que les loyers impayés ne s'accumulent, notifier les créanciers, bloquer l'accès aux comptes bancaires pour les tiers non autorisés, gérer les actifs en attendant la suite de la procédure, et représenter la personne absente dans des litiges contractuels.

Cette mesure est distincte de la déclaration d'absence formelle. Elle est plus rapide — la Justice de paix peut statuer en quelques semaines — et elle n'implique pas de prononcer un jugement sur le sort de la personne. Pour les familles de personnes portées disparues, c'est souvent la seule mesure qui permet de limiter l'hémorragie patrimoniale sans avoir à franchir le pas symbolique de la déclaration d'absence.

Pour en savoir plus sur la déclaration d'absence et ses effets sur la succession, consultez notre dossier Personne disparue en Suisse : déclaration d'absence, succession et droits des proches.

Le cas d'Olivier : 38 500 CHF en jeu sur 18 mois

Prenons le cas d'Olivier, 52 ans, courtier à Lausanne. Son frère disparaît en décembre 2023 dans des circonstances non élucidées — une situation comparable, dans sa structure, à celle des proches de Damir Kocan. Le frère vivait seul dans un appartement de CHF 1 850 par mois à Renens, remboursait un crédit automobile de CHF 580 par mois et détenait CHF 28 000 sur un compte UBS.

Sans intervention juridique dans le premier mois :

Dès janvier 2024, les loyers restent impayés. Après 13 mois consécutifs de défaut, le bailleur obtient l'expulsion en justice : CHF 24 050 de loyers arriérés, auxquels s'ajoutent CHF 2 800 de frais de procédure. Le prêteur automobile, lui, résilie le contrat de leasing au bout de six mois de défaut de paiement, entraînant des pénalités de résiliation anticipée de CHF 3 200 — et la récupération du véhicule, d'une valeur marchande de CHF 12 000, sans aucun bénéfice pour la famille. Les CHF 28 000 restent bloqués sur le compte, inaccessibles sans déclaration d'absence, mais exposés à d'éventuelles saisies.

Si Olivier mandate un avocat au cours du premier mois :

Une demande de curatelle de représentation est déposée à la Justice de paix de Vaud dans les trois premières semaines. Le délai de traitement est de trois à six semaines ; les frais de procédure s'élèvent à CHF 400-800. Le curateur désigné résilie le bail avec un préavis légal de trois mois, économisant ainsi neuf loyers impayés — soit CHF 16 650. Le leasing est renegocié et le véhicule restitué sans pénalité de résiliation anticipée, économisant CHF 3 200. Les CHF 28 000 sont placés sous gestion sécurisée, hors de portée des créanciers non prioritaires.

Résultat net sur 18 mois : préservation de CHF 38 500 (loyers, véhicule, économies), contre une perte quasi-totale en l'absence d'action. Le coût total — honoraires d'avocat pour la procédure initiale et frais de curateur sur un an — reste inférieur à CHF 3 500. Chaque mois d'inaction réduit l'écart, mais le point de bascule ne se produit jamais tant que la curatelle est accordée dans les deux premiers mois.

Pour les familles dont un proche a disparu depuis plus d'un an sans protection juridique — comme dans l'affaire Kocan, où aucun représentant légal n'a visiblement été désigné — une consultation urgente s'impose pour évaluer ce qu'il reste à protéger.

Quatre étapes à activer dans les 30 premiers jours

Si un proche est porté disparu en Suisse, ou si la situation de Damir Kocan vous rappelle celle de votre famille, les démarches suivantes peuvent être initiées sans attendre le dénouement de l'enquête :

1. Se constituer partie plaignante auprès du ministère public cantonal, par l'intermédiaire d'un avocat, pour avoir accès au dossier d'instruction dès que des indices de crime existent.

2. Saisir la Justice de paix pour une curatelle de représentation, afin de nommer un curateur chargé de gérer les affaires courantes de la personne absente — sans préjuger de son sort.

3. Notifier les créanciers principaux par lettre recommandée : bailleur, établissements de crédit, assureur. Cette notification n'a pas de valeur légale automatique, mais elle ouvre souvent la voie à des arrangements amiables évitant les procédures coûteuses.

4. Rassembler les documents patrimoniaux : extraits de compte, contrats de bail, polices d'assurance, actes notariés. Le curateur en aura besoin pour agir rapidement — et leur absence retarde la procédure.

La déclaration d'absence formelle prévue par le Code civil suisse viendra dans un second temps, une fois les délais légaux écoulés. Mais elle ne remplace jamais la protection immédiate que seule la curatelle de représentation peut offrir dans les semaines qui suivent une disparition.

Toute information permettant de localiser Damir Kocan peut être transmise à la police cantonale zurichoise au 058 648 48 48. Une récompense de CHF 10 000 est offerte.

Cet article traite de sujets relevant du droit des personnes et du droit pénal suisse. Les règles de compétence varient selon les cantons. Une consultation auprès d'un avocat qualifié en Suisse est recommandée avant toute démarche.

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