Le 5 septembre 2026, lors de l'Athens Flying Week, le salon aérien annuel organisé sur la base de Tanagra à une soixantaine de kilomètres au nord d'Athènes, un avion de chasse F-4 Phantom de l'armée de l'air grecque s'est écrasé en plein vol. Les deux pilotes à bord ont perdu la vie au cours d'une manœuvre à basse altitude devant des milliers de spectateurs, selon les autorités grecques. Un incendie s'est déclenché ; 85 pompiers et 11 aéronefs ont été mobilisés pour le maîtriser. Le premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a réagi publiquement, et l'armée de l'air grecque a décrété trois jours de deuil national.
Ces images dramatiques ont réveillé une question que beaucoup de Suisses remettent à plus tard : en cas de décès accidentel — ici ou à l'étranger —, vos proches savent-ils exactement ce qu'ils peuvent réclamer, à qui, et dans quels délais ?
Pourquoi cet accident relance le débat sur la couverture en cas de mort violente
Les accidents d'exhibition aérienne sont rares, mais les décès accidentels ne le sont pas. En Suisse, plusieurs centaines de personnes décèdent chaque année des suites d'un accident non professionnel, selon les statistiques de la SUVA. Ce qui frappe dans le crash du F-4 à Tanagra, c'est la soudaineté : deux pilotes partis travailler le matin, et leurs familles confrontées du jour au lendemain à une succession, des dossiers d'assurance et des délais impératifs.
Trois couches de protection coexistent en droit suisse pour les familles de victimes d'accidents mortels. Encore faut-il savoir les activer — et éviter les pièges qui font perdre des dizaines, voire des centaines de milliers de francs.
Première question : l'AVS verse-t-elle quelque chose en cas de décès accidentel ?
Oui, automatiquement, pour toute personne assurée à l'AVS en Suisse (salarié, indépendant, personne sans activité lucrative). La rente de survivants AVS est versée au conjoint ou partenaire enregistré survivant dès lors qu'il remplit l'une des conditions suivantes : avoir eu des enfants à charge avec le défunt, ou avoir 45 ans révolus et être marié depuis au moins cinq ans.
Le montant est calculé sur la base des revenus cotisés du défunt. En 2026, la rente de veuve ou de veuf AVS s'échelonne entre CHF 935 et CHF 1 870 par mois pour une rente complète. Chaque enfant orphelin perçoit une rente distincte représentant 40 % de la rente de vieillesse théorique du parent décédé, versée jusqu'à 18 ans (ou 25 ans en cas de formation).
La déclaration doit être faite auprès de la caisse de compensation AVS du canton de résidence. Le versement rétroactif est limité à cinq ans — autant ne pas attendre.
Deuxième question : et la caisse de pension (LPP) ?
Le deuxième étage est la prévoyance professionnelle. Lorsqu'un assuré actif décède, sa caisse de pension verse une rente de conjoint survivant. Selon la loi fédérale sur la prévoyance professionnelle (LPP), cette rente représente au minimum 60 % de la rente d'invalidité à laquelle l'assuré aurait eu droit. Dans la pratique, de nombreuses caisses octroient des prestations supérieures au minimum légal.
Si le défunt n'avait pas de conjoint, un capital-décès peut être versé aux bénéficiaires désignés dans le règlement de la caisse — enfants, partenaire de vie, proches aidants. Un point souvent ignoré : les assurés peuvent influencer l'ordre des bénéficiaires via une déclaration de désignation écrite. Sans cette désignation, la caisse applique l'ordre légal par défaut, qui peut exclure un partenaire non marié.
Attention au délai : la plupart des règlements de caisses exigent que la demande soit déposée dans les trois mois suivant le décès. Passé ce délai, certaines caisses refusent le versement rétroactif. Un spécialiste en gestion de patrimoine peut aider à reconstituer le dossier rapidement.
Troisième question : l'assurance-vie privée est-elle toujours valable en cas d'accident ?
C'est là que les mauvaises surprises surviennent le plus souvent. Les assurances-vie privées de risque pur ou mixtes couvrent en principe le décès quelle qu'en soit la cause — maladie, accident, accident à l'étranger. Cependant, la quasi-totalité des contrats comportent des exclusions explicites. Parmi les plus fréquentes en Suisse :
- Activités à risque élevé (parachutisme, pilotage d'aéronefs privés, sports de combat professionnels)
- Participation à des opérations militaires ou à des conflits armés
- État d'ivresse ou influence de stupéfiants au moment de l'accident
La FINMA, l'Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers, recommande aux assurés de vérifier régulièrement les conditions générales de leur assurance-vie, notamment les clauses d'exclusion. Un pilote amateur qui souscrit une assurance-vie sans déclarer sa pratique aéronautique prend le risque de voir la prestation refusée.
À l'inverse, pour un Suisse ordinaire qui décède dans un accident de la route, une chute ou même comme spectateur lors d'un événement — y compris à l'étranger comme à Athènes —, l'assurance-vie privée est en principe intégralement due.
Ce que la famille de Marc reçoit concrètement : un scénario chiffré
Prenons le cas de Marc, 46 ans, cadre dans une PME bernoise, marié depuis quinze ans, deux enfants (13 et 16 ans), décédé brutalement dans un accident lors d'un déplacement professionnel à l'étranger. Son salaire annuel brut : CHF 120 000.
AVS — rente de survivants : Sur la base d'un revenu déterminant moyen de CHF 85 000 et d'une carrière complète, sa femme perçoit environ CHF 1 640/mois. Chaque enfant reçoit environ CHF 890/mois jusqu'à la fin de sa formation. Total annuel pour la famille : environ CHF 41 040, versés automatiquement dès la déclaration.
LPP — capital ou rente de conjoint : Marc avait un avoir LPP de CHF 320 000 au moment du décès. Selon le règlement de sa caisse, sa femme perçoit une rente de conjoint d'environ CHF 22 400/an — ou un capital unique, selon l'option prévue. S'il avait désigné sa femme par écrit, cette prestation est garantie même si le couple traversait une période difficile.
Assurance-vie privée : Marc avait souscrit une assurance-vie temporaire pour CHF 400 000 de capital-décès à 45 ans, pour un déplacement professionnel ordinaire sans clause d'exclusion applicable. Ce montant est versé en une seule fois à sa femme, bénéficiaire désignée.
Si Marc n'avait pas vérifié ses exclusions et pratiquait un sport à risque non déclaré, ou s'il n'avait tout simplement pas souscrit de police privée, la différence est de CHF 400 000 nets pour sa famille. C'est exactement l'écart qu'un conseiller en gestion de patrimoine peut aider à combler — avant que l'accident ne survienne.
Voir aussi : comment les familles affrontent-elles le choc financier après un accident mortel ?
Trois actions prioritaires pour ne pas laisser vos proches sans protection
1. Relire les clauses d'exclusion de votre assurance-vie. Si vous pratiquez un sport à risque, pilotez, ou voyagez fréquemment dans des zones à risque, vérifiez que votre assureur en est informé et que la couverture reste valable.
2. Désigner explicitement vos bénéficiaires LPP. Une déclaration écrite et signée auprès de votre caisse de pension garantit que le capital-décès ira aux personnes que vous avez choisies — et non à l'ordre légal par défaut, qui peut exclure un partenaire non marié ou des proches aidants.
3. Agir vite après un décès. En cas de perte dans votre entourage, ouvrez les dossiers AVS, LPP et assurance-vie dans les quatre premières semaines. Passé certains délais, des droits peuvent être perdus définitivement. Un conseiller en gestion de patrimoine peut coordonner toutes ces démarches simultanément.
Le crash de Tanagra est un rappel brutal que l'imprévu ne prévient pas. Consulter un spécialiste en gestion de patrimoine via ExpertZoom vous permet de vérifier en une heure si votre protection est réellement adaptée à votre situation — et d'agir avant que vos proches n'aient à le faire à votre place.
Disclaimer YMYL : Les informations contenues dans cet article sont à caractère informatif général et ne constituent pas un conseil personnalisé en matière d'assurance ou de planification financière. Pour toute décision concernant votre couverture, consultez un professionnel qualifié.

Antoine Favre