Braquage à Worb : ce que la loi suisse garantit aux employés victimes d'agression

Employée de station-service en état de choc parlant avec un policier après le braquage de Worb
7 min de lecture 24 septembre 2026

Le mercredi 24 septembre 2026, un homme masqué et armé a fait irruption dans la station-service de Worb, dans le canton de Berne, menaçant deux employés à main armée avant de prendre la fuite avec du liquide. La police cantonale bernoise a lancé une enquête et recherche activement l'auteur. Aucune blessure physique n'a été signalée, mais les deux travailleurs ont subi un choc traumatique significatif. Au-delà de l'effroi immédiat, cet incident soulève une question que des milliers de travailleurs suisses ignorent : en cas d'agression armée au travail, quels droits la loi suisse garantit-elle concrètement aux victimes ?

Ce que dit la loi suisse sur la sécurité au travail

En Suisse, la protection des travailleurs contre les risques d'agression repose sur deux piliers législatifs fondamentaux. D'une part, l'article 328 du Code des obligations (CO) impose à tout employeur de prendre « toutes les mesures commandées par l'expérience, applicables en l'état de la technique et adaptées aux conditions de l'exploitation » pour protéger la santé physique et psychique de ses employés. D'autre part, la Loi sur l'assurance-accidents (LAA), dont l'application est confiée à la SUVA, impose une couverture obligatoire de tous les accidents professionnels.

Dans les commerces de détail, les stations-service, les banques et tous les établissements à risque documenté d'agression, l'article 328 CO se traduit par des obligations concrètes pour l'employeur :

  • Installation d'un système de vidéosurveillance homologué et fonctionnel
  • Présence de coffres-forts à accès temporisé limitant les espèces disponibles en caisse
  • Procédures internes de gestion des espèces (montants plafonnés, rotations régulières)
  • Formation des employés à la gestion des situations de crise et d'agression
  • Accès garanti à une assistance psychologique immédiate après tout incident violent

En cas de manquement à l'une de ces obligations, l'employeur s'expose à une mise en cause de sa responsabilité civile, indépendamment des poursuites pénales contre l'auteur du braquage. Cette responsabilité peut être engagée même si l'agression était en théorie « imprévisible », dès lors que les mesures de prévention prescrites n'avaient pas été mises en place.

La SUVA entre en jeu dès le premier jour

Un braquage suivi d'un choc traumatique constitue juridiquement un accident professionnel au sens de la LAA, ce qui ouvre droit à une palette de prestations souvent méconnues des victimes. La couverture SUVA s'active automatiquement dès lors que l'employeur déclare l'accident — ce qu'il est tenu de faire dans les meilleurs délais :

  • Frais médicaux : prise en charge intégrale des consultations psychiatriques, séances de thérapie, médicaments et hospitalisations liés au choc traumatique ou à l'état de stress post-traumatique (SSPT)
  • Indemnités journalières : 80 % du salaire journalier en cas d'incapacité de travail attestée par un médecin
  • Rente d'invalidité : si les séquelles entraînent une incapacité de gain durable supérieure à 10 %, une rente est accordée sur la base du degré d'invalidité évalué
  • Indemnité pour atteinte à l'intégrité : si des séquelles permanentes (troubles anxieux chroniques, phobie situationnelle) sont reconnues par la SUVA, une indemnité unique est versée en fonction de leur gravité

Le Tribunal fédéral a confirmé en 2023 que le choc psychologique seul — sans aucune blessure physique — suffit à constituer un accident au sens de la LAA, dès lors qu'il est provoqué par un événement soudain et involontaire tel qu'une agression armée. Les employés de la station-service de Worb sont donc couverts, même s'ils ne présentent aucune blessure visible.

À titre d'orientation interne, la thématique de la responsabilité en cas d'incident soudain impliquant des tiers a déjà été traitée sous l'angle civil dans cet article sur la responsabilité et les accidents impliquant des associations en Suisse — une jurisprudence pertinente pour comprendre comment les tribunaux suisses articulent responsabilité de l'organisateur et couverture assurantielle.

Cas concret : que se passe-t-il réellement pour les deux employés de Worb ?

Prenons le cas d'une caissière de 34 ans, en CDI à la station-service de Worb depuis deux ans, avec un salaire mensuel brut de 4 400 CHF. Suite au braquage du 24 septembre 2026, son médecin diagnostique un syndrome de stress post-traumatique (SSPT) avec une incapacité de travail totale pendant 8 semaines.

Si l'employeur a correctement déclaré l'accident à la SUVA dans les 48 heures :

  • La SUVA verse une indemnité journalière de 117 CHF (4 400 CHF / 30 jours × 80 %)
  • Sur 56 jours (8 semaines), l'employée perçoit 6 552 CHF d'indemnités journalières
  • Les 12 séances de thérapie cognitivo-comportementale prescrites (coût moyen : 180 CHF/séance à Berne) sont remboursées intégralement — soit 2 160 CHF couverts
  • La cotisation LAA que l'employée voit prélever sur sa fiche de paie (environ 1,1 % du salaire pour les accidents non professionnels) est sans incidence : les accidents professionnels sont entièrement à la charge de l'employeur

Si l'employeur n'avait pas de coffre à accès temporisé, et que la caisse était accessible librement :

L'employée peut, avec l'assistance d'un avocat spécialisé, réclamer des dommages-intérêts complémentaires sur la base de l'article 328 CO. La jurisprudence suisse a accordé des indemnités allant de 5 000 à 30 000 CHF selon la gravité des séquelles et le degré de manquement aux obligations de sécurité de l'employeur, indépendamment des prestations SUVA.

Si le SSPT persiste au-delà de 6 mois :

La SUVA évalue alors le taux d'incapacité de gain. À partir de 10 %, une rente LAA est accordée. Pour une incapacité permanente de 25 % sur un salaire annuel de 52 800 CHF, la rente annuelle s'élèverait à environ 9 900 CHF — versée à vie jusqu'à la retraite ou jusqu'à rétablissement.

Note juridique : cet article présente des généralités sur le droit suisse à titre strictement informatif. Chaque situation est unique. En cas d'agression au travail, consultez un avocat spécialisé en droit du travail ou en droit des assurances pour évaluer précisément vos droits.

Le piège des 72 heures : ce que font (ou ne font pas) la plupart des victimes

Les études menées en Suisse sur les victimes d'agression au travail révèlent un constat préoccupant : plus de 60 % des employés victimes d'un choc traumatique lié à un braquage ne déclarent pas leur trouble psychologique à leur assurance-accidents. Les raisons avancées sont la peur d'être jugé, la méconnaissance des droits, ou une forme de pression implicite de la hiérarchie à « passer à autre chose ».

Le comportement dans les 72 heures suivant l'agression est pourtant déterminant pour la suite du dossier :

Dans les 24 heures :

  1. Porter plainte auprès de la police cantonale bernoise — le rapport de police est la pièce maîtresse de tout dossier d'assurance ou d'action civile
  2. Consulter un médecin, même en l'absence de blessures physiques — le SSPT peut mettre 48 à 72 heures à se manifester
  3. Informer l'employeur par écrit de tout symptôme ressenti, y compris insomnie, hypervigilance, flashbacks

Dans les 72 heures : 4. Vérifier que l'employeur a bien déclaré l'accident à la SUVA (il peut le faire en ligne sur suva.ch) 5. Conserver tous les justificatifs médicaux (ordonnances, certificats d'arrêt de travail, notes de consultation) 6. Ne signer aucun accord, quittance ou transaction avec l'employeur ou son assureur sans conseil juridique préalable

En cas de refus de prise en charge par la SUVA, une opposition formelle doit être déposée dans les 30 jours suivant la notification écrite du refus. Passé ce délai, les voies de recours sont considérablement réduites.

Cinq signes que vous avez besoin d'un avocat spécialisé

Tous les dossiers de braquage ne nécessitent pas l'intervention d'un avocat dès le premier jour. Mais certaines situations exigent un soutien juridique professionnel sans tarder :

  1. L'employeur minimise l'incident ou tarde à déclarer l'accident à la SUVA
  2. La SUVA refuse la prise en charge ou requalifie le trouble psychologique en « maladie » (conditions de remboursement plus restrictives)
  3. Les mesures de sécurité étaient manifestement insuffisantes : absence de vidéosurveillance, caisses non sécurisées, absence de formation du personnel
  4. Vous êtes en incapacité de travail depuis plus de 3 mois et votre dossier est toujours en instruction sans décision formelle
  5. Un accord financier vous est proposé directement par l'employeur ou son assurance responsabilité civile

Dans chacun de ces scénarios, une consultation juridique — même brève — peut faire la différence entre une indemnisation partielle et une réparation complète du préjudice subi. Sur Expert Zoom, des avocats spécialisés en droit du travail suisse et en droit des assurances sociales sont disponibles pour des consultations en ligne, disponibles sous 24 heures à des tarifs transparents, sans déplacement nécessaire.

Avantages

Des réponses rapides et précises pour toutes vos questions et demandes d'assistance dans plus de 200 catégories.

Des milliers d'utilisateurs ont obtenu une satisfaction de 4,9 sur 5 pour les conseils et recommandations prodiguées par nos assistants.