Depuis début juillet 2026, "bergsteigen" — l'alpinisme et la randonnée en haute montagne — figure parmi les termes les plus recherchés en Suisse sur Google. Ce regain d'intérêt estival pousse des milliers de propriétaires à emmener leur chien sur les sentiers alpins. Problème : sans consultation vétérinaire préalable, une sortie en montagne peut rapidement virer à l'urgence chirurgicale. Cinq risques concentrent la majorité des consultations post-randonnée dans les cantons alpins — et les vétérinaires alertent.
La montagne, nouvelle passion canine suisse — et ses pièges méconnus
Les randonnées avec son chien sont en plein essor en Suisse. Le Club Alpin Suisse (CAS) l'observe depuis plusieurs saisons : une proportion croissante de sorties en montagne inclut un compagnon à quatre pattes, phénomène accentué par les tendances estivales de 2026. Les réseaux sociaux regorgent de photos de Labradors au sommet du Niesen ou de Bergers australiens sur la Grosse Scheidegg.
Ce que ces publications ne montrent pas : les passages aux urgences vétérinaires qui suivent parfois le retour à la maison. L'altitude, la chaleur intense de juillet, les terrains techniques et la faune locale créent un environnement radicalement différent des promenades urbaines ou périurbaines auxquelles la plupart des chiens sont habitués.
Un paramètre moins connu aggrave le risque : la limite d'altitude des tiques (Ixodes ricinus) a progressivement remonté en Suisse avec le réchauffement climatique. Ces ectoparasites sont désormais présents jusqu'à 1 500 à 1 800 mètres, voire au-delà selon les conditions locales. Une randonnée modérée dans les Préalpes bernoise ou vaudoises peut donc exposer votre chien à un risque parasitaire significatif, même à des altitudes autrefois considérées comme sûres.
À cela s'ajoute une règle réglementaire souvent ignorée : en Suisse, la laisse est obligatoire dans les forêts et les pâturages jusqu'au 31 juillet 2026. Un chien en liberté dans une zone de pâturage peut croiser un chien de protection de troupeau — patou, berger des Pyrénées ou anatolien — entraîné à défendre activement les moutons contre tout intrus. Les morsures de patou constituent une part non négligeable des urgences vétérinaires dans les cantons alpins.
Ce que les vétérinaires voient le plus après une randonnée en montagne
Les professionnels actifs dans les cantons de Valais, Berne, Vaud et Grisons identifient cinq grandes familles de pathologies post-randonnée.
1. Épillets : l'ennemi invisible des mois de juillet et août
Ces graminées sauvages à pointe effilée et rétro-accrochante sont la première cause de consultation vétérinaire estivale chez le chien randonneur en Suisse. Ils se glissent entre les coussinets plantaires, dans le conduit auriculaire, les naseaux ou les aisselles, et migrent rapidement sous la peau une fois introduits. Lorsqu'un épillet est détecté et retiré manuellement dans les heures suivant la randonnée, le coût est nul. Si une chirurgie sous anesthésie générale devient nécessaire — parce que l'épillet a migré en profondeur —, la facture peut atteindre 400 à 700 CHF dans les cliniques de Suisse romande.
2. Coup de chaleur et déshydratation
Dès 25 °C et un dénivelé supérieur à 500 mètres, un chien non hydraté régulièrement se place en zone de risque thermique. L'air en altitude est plus sec que dans les vallées, et le vent accentue la déshydratation sans que l'animal en manifeste des signes immédiats. Les races brachycéphales — Bouledogue français, Carlin, Shih Tzu — présentent un risque décuplé : leur anatomie respiratoire limite leur capacité à réguler la chaleur par le halètement, et une sortie à plus de 1 000 mètres d'altitude peut déclencher une détresse respiratoire sévère.
3. Tiques et maladies vectorielles
Piroplasmose, borréliose (maladie de Lyme canine), anaplasmose : ces pathologies à transmission vectorielle ne sont plus l'apanage des zones de plaine. L'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV/BLV) recommande un traitement antiparasitaire adapté avant toute sortie en zone boisée ou herbacée de montagne. Or, beaucoup de propriétaires ne savent pas que certains antiparasitaires classiques ne couvrent pas la piroplasmose, qui peut être fatale si elle n'est pas traitée dans les 48 heures.
4. Traumatismes articulaires et coussinets blessés
Les descentes sur terrain pierreux, éboulis ou neige verglacée sollicitent intensément les articulations, notamment le grasset (équivalent du genou humain chez le chien). Les entorses et ruptures ligamentaires surviennent fréquemment chez des animaux peu préparés à l'effort montagnard. Les coussinets plantaires, non adaptés aux roches tranchantes, peuvent se déchirer dès la première randonnée technique.
5. Rencontres avec les chiens de troupeau
Selon les recommandations de l'OSAV, contourner un troupeau gardé par un patou en maintenant son chien en laisse est impératif. Un chien libéré dans une zone de pâturage peut déclencher une réaction défensive du chien de protection. Les morsures provoquées peuvent nécessiter des soins d'urgence de 300 à 800 CHF selon la sévérité des plaies.
Pour en savoir plus sur les effets de la chaleur sur vos animaux, consultez notre article sur les coups de chaleur chez le chien et le chat en Suisse.
Nala sur 900 m de dénivelé : le scénario que tout vétérinaire redoute en juillet 2026
Voici un cas concret représentatif de ce que les vétérinaires voient régulièrement en consultation d'urgence estivale.
Nala est une Golden Retriever de 4 ans, en bonne santé générale, habituée à des promenades urbaines de 45 à 60 minutes par jour à Lausanne. Ses propriétaires, conquis par la vague "bergsteigen" de l'été 2026, décident de l'emmener au départ de Grindelwald : 12 km aller-retour, 900 mètres de dénivelé positif, départ à 9h un jour de juillet.
Si aucune précaution n'est prise :
À 800 mètres d'altitude, après 2h15 de montée par 29 °C, Nala ralentit. Sa fréquence respiratoire atteint 45 cycles par minute au repos (seuil d'alarme : > 40). Ses propriétaires avaient oublié son eau, consommée dès la première heure. Lors de la descente sur terrain caillouteux, elle boite légèrement du membre antérieur gauche. Un épillet s'est infiltré entre le 2e et 3e doigt.
Trois jours après le retour, une tuméfaction douloureuse se développe sur la patte. Diagnostic vétérinaire : l'épillet a migré de 3 cm sous la peau et nécessite une extraction chirurgicale sous anesthésie générale. Facture totale : 590 CHF (consultation + anesthésie + chirurgie + suivi post-opératoire). Si Nala avait croisé un patou sans laisse dans une zone de pâturage, les soins d'urgence pour morsure auraient ajouté 350 à 600 CHF supplémentaires.
Si la consultation vétérinaire préventive avait eu lieu 7 jours avant :
Coût de la consultation préalable : 45-60 CHF. Pour ce montant, le vétérinaire aurait prescrit un antiparasitaire couvrant la piroplasmose, conseillé l'hydratation toutes les 45 minutes, recommandé de limiter la première sortie à 5-6 km et 400 m de dénivelé pour accoutumer progressivement l'animal, et remis une liste d'inspection des pattes à appliquer au retour.
L'équation est nette : 50-60 CHF préventifs contre 590 CHF curatifs. La consultation vétérinaire avant une randonnée en montagne n'est pas un luxe — c'est une assurance sur les pattes de votre chien.
Ce que vous devez faire si une randonnée est prévue avant fin août 2026
Avant le départ (minimum J-7) :
Prenez rendez-vous pour un bilan général, la vérification de la couverture vaccinale et la prescription d'un antiparasitaire adapté à la montagne. Préparez une trousse d'urgence : pince à épillets, antiseptique, compresses stériles, pince à tiques. Notez l'adresse et le numéro de téléphone de la clinique vétérinaire la plus proche de votre destination — le réseau mobile est souvent absent en zone alpine.
Pendant la randonnée :
Hydratez votre chien toutes les 45 minutes, même s'il n'en semble pas avoir besoin. Évitez les heures les plus chaudes, de 12h00 à 16h00. Maintenez la laisse dans les forêts et les pâturages, en particulier jusqu'au 31 juillet. Faites une pause à l'ombre toutes les 90 minutes pour permettre une récupération musculaire et thermique.
Au retour :
Inspectez systématiquement les pattes (entre chaque doigt et sous chaque coussinet), les oreilles, les aisselles et l'aine à la recherche d'épillets ou de tiques. Retirez les tiques dans les 12 heures suivant l'exposition. Si votre chien boite, présente un gonflement ou refuse de poser une patte dans les 48h, consultez sans attendre.
Des vétérinaires qualifiés disponibles 7j/7, sans déplacement, peuvent répondre à vos questions avant ou après une randonnée : retrouvez-les sur Expert Zoom Vétérinaires.
Note : les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne remplacent pas un avis vétérinaire personnalisé. En cas de doute sur l'état de santé de votre animal, consultez un professionnel qualifié.

Nadine Keller