AVS 2030 : la réforme qui redéfinit les règles pour les retraités actifs en Suisse

Retraité suisse consultant des documents de réforme AVS 2030 à son bureau
Laurent Laurent RousseauGestion de Patrimoine
7 min de lecture 1 septembre 2026

Le Conseil fédéral a ouvert, le 20 mai 2026, la procédure de consultation sur la réforme dite AVS 2030. Les réponses doivent parvenir avant le 11 septembre 2026 — soit dans quelques jours. Ce projet d'envergure vise à encourager les travailleurs suisses à rester actifs après 65 ans, sans toucher à l'âge légal de la retraite. Pour des dizaines de milliers de retraités qui combinent actuellement rente et activité professionnelle, les changements proposés peuvent représenter plusieurs centaines, voire milliers de francs de gain net par an.

Pourquoi l'AVS est sous pression démographique

La Suisse comptera, d'ici 2040, environ 2,5 millions de personnes de plus de 65 ans, soit quelque 26 % de la population. L'AVS est aujourd'hui financée à plus de 80 % par les cotisations des actifs. Ce déséquilibre structurel s'aggrave chaque année : les générations du baby-boom arrivent massivement à la retraite, tandis que la natalité reste basse.

Le Conseil fédéral avait déjà tenté de corriger la trajectoire financière de l'AVS via la réforme AVS 21, adoptée en 2022, qui a notamment harmonisé l'âge de référence des femmes à 65 ans. Relever cet âge à 66 ou 67 ans reste politiquement très délicat, comme l'ont montré les débats parlementaires de ces dernières années. La réforme AVS 2030, présentée en novembre 2025 et mise en consultation à partir du 20 mai 2026, opte donc pour une voie différente : des incitations financières pour ceux qui souhaitent rester actifs, sans contrainte supplémentaire.

Ce que la réforme AVS 2030 propose concrètement

Trois modifications majeures sont au cœur du projet soumis à la consultation publique du Conseil fédéral.

Une franchise de cotisation relevée de 35 %. Aujourd'hui, un retraité qui travaille ne paie des cotisations AVS que sur les revenus dépassant 16 800 francs par an (soit 1 400 CHF par mois). La réforme propose de porter cette franchise à 22 680 francs par an, soit une hausse de 5 880 francs. Résultat : une part plus importante du revenu reste exonérée de cotisations sociales, ce qui améliore mécaniquement le salaire net réel du travailleur en âge de retraite.

La suppression de la limite d'âge à 70 ans. Actuellement, les cotisations versées après 65 ans n'améliorent la rente AVS qu'jusqu'à l'âge maximum de 70 ans. Au-delà, les versements ne servent plus à rien pour le calcul de la rente. La réforme prévoit de supprimer cette barrière : toute cotisation versée après l'âge de référence, quel que soit l'âge, pourrait alimenter un recalcul de la rente de vieillesse, sans plafond temporel.

Un meilleur prise en compte des revenus post-retraite. Les revenus d'activité exercés après 65 ans seraient davantage intégrés dans le calcul de la rente lors d'un recalcul volontaire. Ce mécanisme existe déjà, mais son impact est limité. La réforme renforcerait son effet pour les personnes qui ont cotisé un nombre d'années supplémentaires conséquent après l'âge de référence.

Le problème côté employeurs : seuls 30 % jouent le jeu

Le projet du Conseil fédéral est ambitieux sur le papier. Mais la réalité du marché du travail suisse révèle un écart préoccupant entre intention politique et pratique des entreprises. Selon une analyse publiée en août 2026 par le magazine Blick, seulement 30 % des entreprises encouragent activement leurs collaborateurs à prolonger leur activité au-delà de 65 ans. Les deux tiers des employeurs ne proposent ni aménagement de poste adapté, ni réduction progressive du taux d'occupation, ni politique formelle de transition vers la retraite.

La Fédération des entreprises suisses (Economiesuisse) a souligné, dans sa réponse à la consultation, que des incitations complémentaires à destination des employeurs seraient nécessaires pour que la réforme produise ses effets. Une franchise plus généreuse n'a d'impact que si le retraité de 66 ans trouve un employeur prêt à l'accueillir — ou à le garder dans son poste actuel avec un temps réduit.

Ce fossé entre discours politique et pratique RH représente le principal risque structurel de la réforme, selon plusieurs économistes spécialisés en prévoyance sociale. La bonification proposée reste asymétrique : elle avantage ceux qui ont déjà un emploi, mais ne crée aucune obligation pour les entreprises de proposer des contrats aux plus de 65 ans.

Ce que ça change pour vous : l'exemple de Martin, 66 ans

Prenons le cas concret de Martin, comptable indépendant vaudois de 66 ans. Il perçoit une rente AVS de 2 100 francs par mois — légèrement en dessous du maximum actuel de 2 450 CHF — et continue à exercer une activité partielle pour un revenu annuel brut de 28 000 francs.

Avec les règles actuelles : la franchise est de 16 800 CHF par an. Martin cotise donc sur 28 000 − 16 800 = 11 200 francs. Au taux salarié de 8,7 % (AVS + AI + APG), il verse environ 975 francs de cotisations sociales par an. Comme il a déjà atteint ses 44 années de cotisation complètes et demandé un recalcul de sa rente à 68 ans, ces versements n'améliorent plus rien — ils sont, pour ainsi dire, perdus.

Avec la réforme AVS 2030 : la franchise passerait à 22 680 CHF. Martin ne cotiserait plus que sur 28 000 − 22 680 = 5 320 francs, soit environ 463 francs par an. Économie nette : 512 francs par an, sans aucune démarche de sa part. De plus, grâce à la suppression de la limite d'âge à 70 ans, ses cotisations futures pourraient alimenter un nouveau recalcul de rente même à 71 ou 73 ans — ce qui est impossible dans le système actuel.

Si Martin gagnait en revanche 20 000 francs par an — en dessous de la nouvelle franchise —, il ne paierait aucune cotisation AVS, contre environ 285 francs annuels sous les règles en vigueur. L'économie est immédiate.

Pour un indépendant qui gère lui-même ses cotisations à la caisse de compensation, l'impact peut être encore plus marqué : la franchise s'applique aux revenus d'activité indépendante, et des déductions via le pilier 3a peuvent s'y combiner avantageusement. Un calcul personnalisé s'impose avant de prendre toute décision.

La consultation ferme le 11 septembre — voici ce qui se passe ensuite

La procédure de consultation se termine le 11 septembre 2026. Passé cette date, le Conseil fédéral compilera les avis des cantons, associations patronales, partenaires sociaux et particuliers avant de présenter un message au Parlement, vraisemblablement en 2027. L'entrée en vigueur de la réforme n'est pas attendue avant 2029 au plus tôt.

Les règles actuelles resteront donc en place encore deux à trois ans. Mais ce délai n'est pas une raison d'attendre : les décisions prises aujourd'hui — anticiper ou différer sa rente, ajuster son taux d'activité, alimenter le pilier 3a — auront des effets financiers durables, que la réforme soit adoptée dans sa forme actuelle ou amendée.

Plusieurs questions méritent une analyse personnalisée dès maintenant :

  • Vaut-il mieux anticiper sa rente AVS pour réduire progressivement son activité, ou la différer pour maximiser la rente mensuelle ?
  • Faut-il demander un recalcul de sa rente si des cotisations ont été versées après 65 ans ?
  • La suppression de la limite d'âge change-t-elle la stratégie pour les indépendants actifs au-delà de 70 ans ?
  • Comment articuler rente AVS, prévoyance professionnelle (LPP) et pilier 3a dans un plan de retraite optimisé selon le canton de résidence ?

Ces arbitrages sont complexes. Selon le canton, la fiscalité sur les revenus du travail en phase de retraite peut varier considérablement, ce qui modifie le calcul net réel de la poursuite d'une activité.

Avertissement : les informations de cet article sont d'ordre général et ne constituent pas un conseil personnalisé en matière de prévoyance ou de droit. Les règles de l'AVS dépendent de votre situation individuelle (statut, canton, années de cotisation). Consultez un spécialiste avant toute décision financière.

Anticiper avec un expert en gestion de patrimoine

La réforme AVS 2030 ouvre de nouvelles perspectives pour les retraités actifs, mais introduit aussi une complexité accrue dans les arbitrages de fin de carrière. Entre franchise de cotisation, recalcul de rente, déductions LPP, optimisation fiscale cantonale et gestion du pilier 3a, les variables sont nombreuses — et leurs interactions difficiles à modéliser sans accompagnement professionnel.

Un conseiller en gestion de patrimoine spécialisé dans la prévoyance suisse peut vous aider à construire une stratégie claire : combien gagner pour que le travail reste net d'avantages, quand demander le recalcul de rente, et comment préparer la transition vers une retraite complète sur un horizon de deux à cinq ans. Sur Expert Zoom, des experts en prévoyance et gestion de patrimoine sont disponibles en consultation en ligne — pour répondre à ces questions précisément, avant que les règles de l'AVS ne changent à nouveau.

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